Deux jeunes Perpignanais abattus le 20 août 1944 à proximité de Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales) par des soldats allemands qui évacuaient le département de Pyrénées-Orientales

Vues du monument de Saint-Laurent-de-la-Salanque édifié sur le lieu de l’exécution de Roger Matas et François Péroneille le 20 août 1944 en bordure de la RD 11 (aujourd’hui, 2016, piste cyclable, à proximité du pont sur l’Agly)
Photographies André Balent, 9 janvier 2016
La Libération des Pyrénées-Orientales a commencé le 19 août 1944. Ce-jour-là, la plus grande partie du département a été évacuée par les forces allemandes. Après le débarquement des armées alliées en Provence le 15 août 1944, le général commandant l’Armeegruppe G (Toulouse), Johannes Blaskowitz, donna l’ordre du repli des unités qu’il avait sous ordres vers la vallée du Rhône. Déjà, le 17 août 1944, le commandant allemand de la place de Perpignan, le major Parthey, avait négocié le départ de ses hommes présents dans le chef-lieu du département avec Camille Fourquet, président du CDL. Les forces de la Résistance (AS, FTPF, AGE, tardivement et théoriquement regroupées dans les FFI des Pyrénées-Orientales entreprirent de harceler les Allemands. Des combats avaient encore lieu dans certains quartiers de Perpignan, dans la nuit du 19 au 20 août.
Une partie des Allemands, stationnés au sud de Perpignan et à Perpignan même, décidèrent de contourner le tronçon de la RN n° 9 entre le nord de l’agglomération perpignanaise et Salses, la dernière localité avant la limite avec l’Aude. La route départementale n°11 — d’Elne à Salses en passant par Canet, Torreilles et Saint-Laurent-de-la Salanque qui était alors le seul itinéraire carrossable le plus proche du littoral — fut donc empruntée par des militaires allemands. Parmi ces troupes, deux détachements en provenance de la Côte Vermeille, Port-Vendres en premier lieu dont le train avait été bloqué à Elne. Le 20 août, un premier détachement avait affronté un groupe de résistants (AS) de Salses — Voir : Lieu d’exécution de Salses, aujourd’hui Salses-le-Château (Pyrénées-Orientales) —. Normalement plus aucune colonne allemande n’aurait dû circuler sur la RD 11 dans la nuit du 20 au 21 août. La Libération de villages comme Torreilles et Saint-Laurent-de-la-Salanque semblait acquise. Le cinéma de cette dernière localité donnait une séance dans la soirée du 20 août (à noter qu’un témoignage écrit cité par Georges Sentis, op. cit. p. 27, qui n’indique pas sa source, donne 18 heures et non la nuit comme date de la rencontre inopinée entre les deux jeunes et les soldats allemands). À la sortie peu avant minuit, des spectateurs, des jeunes surtout, prirent la direction de Torreilles, situé à proximité. L’Agly, fleuve côtier sert de limite entre les deux communes. Un pont permet à la RD 11 de le franchir. Une colonne allemande retardataire précédée par des motards se dirigeait vers le nord. Les personnes qui s’apprêtaient à franchir le pont sur l’Agly ne s’attendaient pas de se trouver face à face avec des Allemands. Deux jeunes domiciliés à Perpignan (Roger Matas seize ans, François Péroneille dix-huit ans) dont on ignore les motifs de leur présence dans les villages de la plaine littorale de la Salanque prirent peur et s’enfuirent. Les Allemands réagirent en ouvrant le feu sur eux. L’un d’eux (Péroneille), le premier qui fut abattu semble avoir reçu des coups avant d’être exécuté.
Les Allemands stationnèrent à proximité du lieu de l’exécution. D’après un témoignage écrit, rapporté par Georges Sentis (op. cit. p. 27) qui n’indique pas sa source, les Allemands prirent deux otages parmi la population laurentine. Ils durent précéder la colonne pendant sa traversée de la localité en direction de Saint-Hippolyte et Salses.
D’autre part, nous disposons du témoignage d’un soldat allemand sous-officier de la Kriegsmarine, Walter Behrensmeier, qui fut en garnison au fort Béar de Port-Vendres. Ce militaire faisait partie de cette colonne. Dans un courrier adressé le 18 décembre 1997 à l’historien Christian Xanxo, il mentionna ces exécutions en donnant toutefois une date erronée. Il évoqua aussi le soir du 21 (en fait le 20) où ils "ont campé près d’un village", en fait Saint-Laurent-de-la-Salanque, où ils fusillèrent les deux jeunes garçons. Mais si l’on considère les heures approximatives où se déroulèrent ces deux massacres, la colonne qui assassina les deux jeunes Perpignanais ne peut être responsable de l’exécution de trois résistants de Salses qu’il convient d’attribuer à un autre groupe armé (Voir aussi Lieu d’exécution de Salses).
Le 21 août à 11 heures, Sébastien Carcolse, le policier municipal de Saint-Laurent-de-la-Salanque, signa les deux actes de décès de Matas et de Péroneille, dans lequel il déclarait avoir constaté leur décès sur lieux de l’exécution, route de Torreillles.
Un petit monument en pierre avec une stèle surmontée d’un crucifix a été érigé sur les lieux de leur exécution, en bordure de la RD 11 entre deux platanes. Aujourd’hui, il s’agit d’une piste cyclable, la route ayant été élargie. L’inscription suivante a été gravée :
« Aux victimes de la barbarie nazie
Roger MATAS 16 ans
François PÉRONEILLE 18 ans
Fusillés ici par les Allemands le 20 août 1944 »
MATAS Roger
PÉRONEILLE François
Sources

SOURCES : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 13 J, fonds Camille Fourquet. — Arch. com. Saint-Laurent-de-la-Salanque, état civil acte de décès de Roger Matas et mention marginale. — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane, II b, De la Résistance à la Libération, Prades, Terra nostra, 1998, p. 922. — Georges Sentis, Dictionnaire biographique des résistants et des civils des Pyrénées-Orientales tués par les Allemands et les collaborateurs, Perpignan, Éditions M/R, 2012, 28 p. — Christian Xanxo, La libération de Catalunya Nord ou le retrait allemand. Samedi 19 et dimanche 20 août 1944, Prades, Terra Nostra, 2015, 152 p ; [pp. 51-56]. — Raoul Vignettes*, Les rues qui nous interpellent, Saint-Estève, Imprimerie de la gare, 1999, 45 p. [p. 44].

André Balent

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