Né le 7 janvier 1920 à Calais (Pas-de-Calais), pendu le 3 mars 1944 au fort de Breendonk (Belgique) ; chauffeur ; résistant FTPF ; condamné à mort,

Émile Allain
Né à Calais dans une famille ouvrière, il exerça la profession de chauffeur. Requis en 1941 pour travailler en Allemagne, Émile Allain décida de ne pas répondre à la convocation. Il partage l’existence clandestine des FTP. Avant la guerre, il avait adhéré aux Jeunesses communistes, et il rejoignit le Parti communiste et son armée secrète qu’animait Auguste Langlet*. Après la mort de celui-ci, Émile Allain devint le responsable militaire du secteur côtier des FTP (Calais, Boulogne sur mer et Berck sur mer). Sous le nom de guerre de « Marcel Dupont », avec le détachement 2402 « Félix Cadras », Les Calaisiens Émile Allain et Gaston Lelong se livrèrent à une quantité invraisemblable d’actions de sabotage ,260 d’après Jean Marie Fossier. Ils opèrèrent dans la seule région de Boulogne sur Mer où ils n’étaint pas connus. Ils y retrouvent d’autres communistes résistants actifs : Rémy Pillard, Jean Rouvillois, Léon Fayolles, Charles Sauvage, Alphonse Mann, d’autres encore.
Un ancien FTP, Gaston Carpentier, qui eut la chance de revenir d’un camp de déportation après avoir vu sa peine de mort commuée en 12 ans de travaux forcés, a donné ce témoignage recueilli par Robert Chaussois sur Émile Allain :
 « il a rallié à la résistance en 1942 alors que je travaillais au secrétariat du commissariat de police de Boulogne sur mer , un emploi précieux pour détourner des cartes d’identité devant servir aux illégaux. »
« Émile Allain a recruté et entraîné à l’action de nombreux francs tireurs , sabotant avec un réel mépris du danger le matériel et combattant les soldats ennemis .Il sut se faire aimer et respecter des FTP placés sous ses ordres .Son courage et son moral n’ont jamais faibli. Lors des missions que nous avons exécutées de concert, il fut toujours le premier à s’exposer et le dernier à se retirer, afin de protéger la vie de ses hommes. La prudence était respectée. Jamais un coup de main guidé par lui n’a échoué ou n’a occasionné la perte de FTP. Chaque mission était conçue de façon à ne pas laisser accuser des innocents. Sobre et courageux, Émile Allain était digne d’être cité en exemple, et nous aimions l’aider de toutes nos forces. »
Enumérer les actions du détachement 2402 « Félix Cadras » est chose impossible. Pour d’évidentes raisons de sécurité, il n’était pas tenu d’archives. Cependant les plus importantes actions du groupe ont été relevées par la police française et la gestapo. Nous les retrouvons dans les archives du département du Pas-de-Calais à Dainville.
Le 16 juin 1943, Émile Allain a demandé à Carpentier de lui procurer des cartes d’identité en blanc, celui-ci lui a répondu que pour cela il fallait cambrioler les locaux de la sûreté. C’est Jean Barbe, ex agent de police, qui a indiqué où se trouvaient les cartes. Il est probable que le soir du vol, Barbe et un autre résistant aient accompagné Carpentier à proximité du commissariat mais ils ne prirent pas part au vol. Seul Allain pénétra dans le commissariat et provoqua un début d’incendie.
Les cartes furent ramenées chez Allain par un nommé « Paul » (Robert Delhaye)
Le 15 juillet 1943, Émile Allain, Firmin Blondeel , Gaston Carpentier , Jean Griset, René Beauvois, Jean Rouvillois, Louis Dewimille « Paul »( Robert Delhaye) « Fernand », « Maurice » attaquèrent le poste de police de Saint Martin Lez Boulogne. 17000 feuilles de rationnement furent récupérées (elles ont été déposées chez Louis Fourrier) ainsi que 500 bons d’achat de textile, 500 coupons de chaussures ; 130 cartes du STO furent détruites avec les dossiers de la mairie. Sont également saisis dix cachets de la mairie et celui du commissariat de police ainsi qu’une somme de 2000francs. Robert Delhaye se souvient qu’une machine à écrire a également été récupérée, elle a ensuite servi à la fabrication des tracts clandestins à Calais. Les feuilles de rationnement ont été transportées à Lille par Émile Allain, Auguste Langlet , René Beauvois et remises à Jean Baptiste Tailliez , responsable régional des FTP, qui à son tour les a remises à deux femmes non identifiées. Cependant, la section de police de sûreté de Roubaix arrêta, le 30 août 1943, Lucienne Delmotte. Celle-ci avoua que son ami, qu’elle connaissait sous le nom de « Jean Lesage », lui remit 800 feuilles de rationnement portant le cachet de la mairie de Saint Martin lez Boulogne
Le 27 Août 1943, pour mettre à l’épreuve Gaston Lelong. Émile Allain organisa l’attaque de la mairie de Saint-Étienne au Mont.Gaston Lelong dirigea alors cette opération avec Rémy Pillard et « Fernand » ; ils emportèrent un stock de tickets de rationnement, momentanément caché chez Louis Fourrier. Ce stock fut remis à Lille à un responsable régional des FTP par René Beauvois.
Le 31 août 1943, Émile Allain, Rémy Pillard, Gaston Lelong, Firmin Blondeel , Jean Griset, René Beauvois, Gaston Carpentier, et « Fernand », attaquèrent la perception de Saint-Martin-Lez-Boulogne, 232 000Francs furent pris et cachés chez Louis Fourrier. Ils furent transférés à Lille par René Beauvois à un responsable du Parti Communiste.
La direction des FTP, par l’intermédiaire d’Auguste Langlet, ordonna à Émile Allain, chef du groupe de FTP de la région de Boulogne-sur-Mer l’exécution de Henri Groos, apôtre de la collaboration franco-allemande, secrétaire de la rédaction du Télégramme, journal de Boulogne-sur-Mer, de M Danquin Inspecteur chef de la sûreté à Boulogne sur Mer, de Carpentier Secrétaire régional du syndicat des cheminots et Angelot, rédacteur en chef du Télégramme. L’adresse et le plan de l’habitation de Henri Gross avaient été fournis par Roger Thierry, membre des FTP, et la veille de l’exécution Allain, Lelong et Pillard se rendirent à Saint Martin pour y repérer les lieux.
Le 10 Septembre 1943, Allain, Lelong et Pillard rrrivèrent le soir chez Groos , Léon Fayolle, Alphonse Mann et Charles Sauvage étant restés à l’extérieur en protection. Allain désigna Lelong comme l’exécuteur. Après avoir attaché Groos, sa femme et sa sœur sur leurs chaises respectives, Lelong abattit Groos de deux balles dans la tête. Seul Groos fut exécuté. (Danquin, Carpentier, Angelot échappèrnt à l’exécution) .Pour se déplacer de Calais vers Boulogne pour diverses actions de résistance, Émile Allain et Gaston Lelong avaient parfois recours à un transporteur, Henri Caffier, qui refusait de travailler pour les Allemands mais n’hésitait pas à aider la Résistance. Robert Chaussois recueillit son témoignage après son retour de déportation de Brandenbourg commando extérieur à Sachsenhausen « ….il y avait plus grave. J’avais sans doute tué deux allemands, la semaine précédente. Un soir que je revenais d’un transport à l’extérieur,en compagnie d’un cheminot Raymond Mignien,, j’aperçus le long du canal près de l’usine de Laire, deux sentinelles, au milieu de la route, me faisant signe de stopper. L’heure du couvre feu était dépassée et j’avais mes raisons de ne pas rendre de comptes aux autorités d’occupation. J’appuyai à fond sur l’accélérateur. Mon camion percuta les deux militaires qui volèrent dans le canal avec leurs fusils. A la faveur de la nuit, en pleine vitesse, je disparus vers Calais.
Je dois vous dire que mon camion servait aussi de moyen de transport à des patriotes. Ainsi un jour que je partais du côté d’Hardelot pour livrer de gros tuyaux en ciment, j’emmenai avec moi deux FTP calaisiens Émile Allain et Gaston Lelong. Je les ramenai le lendemain. Au cours de la nuit, ils avaient abattu le journaliste collaborateur boulonnais Henry Groos…. »
Le 17 septembre 1943, à Boulogne sur mer , le détachement 2402 dévalisa un employé des PTT escorté du gardien de la paix Félix Vincent .Dans la camionnette qui servit à cette attaque, avaient pris place Émile Allain, Roger Dubois, Rémy Pillard, Gaston Lelong, Charles Sauvage, Jean Griset, « Marcel Rougerot », « Olivier Kléber ».Sous la direction de Allain, ce sont Pillard et Lelong qui ont participé à l’attaque, ils portaient des brassards de la SNCF. Tandis que Pillard désarmait le gardien de la paix, Allain et Lelong dépouillèrent l’employé des PTT et emportèrent la somme de 587.000Francs. D’après Allain, une partie de la somme a été distribuée aux familles des FTP arrêtés par la police. Le restant, soit 264.000francs, a été confié par Allain à Sauvage qui le lui a rapporté à Lille vers la fin octobre 1943.
Le 18 septembre 1943, Émile Allain, Rémi Pillard, Gaston Lelong, Griset, Roger Dubois, Marcel Rougerot, Olivier Kléber et « Paul » participèrent à l’attaque de l’entrepôt des tabacs de Boulogne-sur-Mer. « Paul » aurait caché le tabac dans un baraquement à Outreau, rue Victor Hugo, et il y aurait entreposé une machine à ronéotyper. A l’issue de ce vol, la police de Boulogne-sur-Mer découvrit une partie du tabac volé, et elle arrêta les nommés Paul Jaguen et Alfred Bigand . Ces deux individus avaient sans doute découvert fortuitement la présence du tabac dans ce baraquement, et s’en approvisionnaient. Selon la police, ils ne devaient pas appartenir à l’organisation "terroriste".
Suite à l’exécution de Henry Gross, la brigade antiterroriste de Lille envoya à Boulogne-sur-Mer et dans la région, un commissaire et seize inspecteurs qui ratissaient le secteur. Ils recueillirent des indices qu’ils ont la maladresse d’évoquer dans le cabinet du juge d’instruction. Or le greffier Edouard Popelier, témoin de la conversation, faisait partie du Front national. Les patriotes sont aussitôt prévenus. Les policiers font chou blanc Les patriotes étaient « grillés » dans la région de Boulogne-sur-Mer. Le 10 octobre 1943, « Marcel Rougerot » et « Olivier Kléber » se réfugient dans la région parisienne, Émile Allain et d’autres résistants se réfugièrent à Lille. Gaston Lelong les rejoignit un peu plus tard.
« Paul » (Robert Delhaye) resta sur Calais où il avait un certain nombre de planques. Entre autres chez Madame Granpéra, rue du bout des digues, à Calais (cette résistante était la belle-mère de Paul Casteur abattu par la police française le 9 juin 1944 à Rosny-sous -bois). À la Libération, elle fut décorée de la médaille de la libération avec barrette. Cette décoration fut encastrée sur sa tombe au cimetière nord de Calais avec l’inscription suivante « groupe FTPF », conformément à sa dernière volonté.
Le 26 octobre 1943, Jean Griset, Charles Sauvage et Albert Nabor attaquèrent la Mairie d’Isques , ils dérobèrent des tickets de rationnement, qui furent apportés à Émile Allain à Lille par Charles Sauvage , ensuite remis à un responsable militaire de la région de Béthune.
Le groupe Allain s’éloigna de Boulogne ; avant son installation à Lille, il se réfugia à la ferme Brasseur, hameau de Jumel à Beaurainville , dans l’arrondissement de Montreuil-sur-mer . Là se trouvait le capitaine Pichonnier qui leur signala une action intéressante. Le 3 novembre 1943, à Campagne-les -Hesdin Émile Allain, Roger Dubois, Albert Nabor attaquèrent André Cuvelier, 20 ans convoyeur postal, il revenait à bicyclette avec des sacs dans une remorque. Les résistants s’emparent de 485 000 Francs, cet argent servit à acheter des armes en Belgique, ce témoignage de Roger Dubois recueilli par Robert Chaussois : « L’argent volé, compté et noté sur un bordereau, était destiné aux illégaux
du Pas-de-Calais, privés de moyens de subsistance , et à des achats d’armes. »(Calais au pied du mur,page 190) fut confirmée par Lucien Destailleur et Raymond Demeulemeester, FTP survivants habitant Tourcoing, lors du procès de « la petite chaumière » (pièces 180 et 178). Ils donnèrent aussi les informations suivantes : ils appartenaient, avec Alphonse Mann et Jean Guelton, à un groupe de résistants dont le chef était Charles Sauvage, « En faisait également partie le docteur Croquelois de Boulogne - sur-mer qui correspondait avec nous et faisait des transports avec son automobile. Au mois de septembre 1943 Sauvage nous a mis en rapport avec un autre groupe de résistants venant de la côte où ils étaient m’a –ton dit brûlés….
C’est ainsi que j’ai connu sous leurs pseudonymes Allain, Pillard, Lelong Nabor… tout ce groupe s’occupait à Lille de passage d’armes à la frontière. »
Le docteur Croquelois en effectuait le transport dans son automobile.
(Pièce 178)
Dans le boulonnais, il restait Gaston Lelong, Charles Sauvage, Albert Nabor , Léon Fayolle, Alphonse Mann,et une nouvelle recrue Clément Debremme. Ils n’ont pas tardé à rejoindre Lille, car selon le témoignage de Henri Hurault
(Pièce 174) gérant du café « la petite chaumière » : Au mois d’octobre 1943, le patron du « Mikado » m’a envoyé pour les loger plusieurs jeunes gens de la côte, j’ai accepté. Ils disaient qu’ils se livraient au marché noir.
En fait le détachement « Félix Cadras 2402 était composé de plusieurs groupes.
Après l’arrestation de Albert Nabor par la police française, les résistants ne fréquentent plus la « petite chaumière » . Gaston Lelong s’était rendu sur la côte à Calais et Boulogne. Émile Allain et Rémy Pillard sont allés en Belgique et ils ne sont rentrés que la veille de Noël. ( Pièce 158).Roger Dubois alias Roger Lebrun rejoint un groupe de FTP de la région minière. Il fut arrêté le premier mars 1944 dans la région parisienne, à Levallois – Perret, transféré à la prison de la Santé, puis à Boulogne et enfin à la prison de Cuincy près de Douai. Condamné à 15 ans de prison le 20 juillet 1944,il fut libéré le premier septembre par l’armée anglaise.
Le 29 décembre 1943 au matin, d’après Jean Marie Fossier, sur ordre du Front National, pour assurer le ravitaillement des illégaux et donc se procurer des fonds, Émile Allain, Rémi Pillard, Jean Guelton attaquèrent la perception de Phalempin,.Ils y dérobent 69 000 Francs.
Les jeunes résistants ne logeaient pas tous à la « petite chaumière », ils avaient différents points de chute, et ils ne dormaient pas toujours aux mêmes endroits.
Émile Allain avait une chambre sise au-dessus du café « double book » 13 place de la nouvelle aventure. Les groupes depuis quelque temps étaient infiltrés par un agent de L’Abwehr Robert Picquot (voir Gaston Lelong)
La gestapo avait appris en interrogeant Annie Laroche épouse Repedto, et maîtresse de Gaston Lelong, lors de leur arrestation à Saint-Omer le 29
décembre 1943 au matin que son amant devait rencontrer Émile Allain le jour même à 18 heures à Lille dans un café 152 Rue de Paris. C’est Kohlz, chef de la gestapo lilloise qui se présenta à la place de Gaston Lelong. Émile Allain fut fouillé au corps, il fut trouvé porteur d’un pistolet et d’une forte somme d’argent. Il fut emmené à sa chambre au café du « double book » où consommait Rémi Pillard ; il était avec son amie Denise Dubus, dont voici le témoignage (pièce 149). Le 29 décembre 1943, je me trouvais avec Rémy Pillard au café du « double book ». Il est arrivé là, quatre Allemands en civil qui accompagnaient Émile Allain, il avait les menottes. Deux Allemands sont montés à l’étage avec Émile Allain. Pendant ce temps Kohlz était resté dans le café et a demandé à tous les consommateurs leur carte d’identité .Voyant que Pillard avait une carte de Boulogne sur Mer au nom de Georges Pelain, il est monté avec lui retrouver les autres. J’étais restée dans le café…..une bagarre éclata à l’étage , plusieurs coups de feu furent tirés. Pillard est descendu par l’escalier, il était blessé au ventre, et s’est enfui dans la direction de la rue Colbert, où il a été arrêté. Allain s’est sauvé par les toits, blessé lui aussi et a été pris dans l’ambulance qui l’emmenait à l’hôpital.
Je n’ai pas été appelée a la gestapo, seul Kohlz savait que j’étais l’amie de Rémi Pillard, Kohlz étant mort, il ne pouvait plus me dénoncer.
Le rapport de l’inspecteur de police de sûreté Girard Henri, (Archives de Dainville) nous décrit en détail ce qui s’est passé à l’étage :
Trois des policiers entrèrent dans le débit précité, le quatrième restant au volant de la voiture qui les avait amenés. Kohlz pria Pillard de l’accompagner jusqu’à la chambre d’Allain. KOHLZ eut l’imprudence de monter le premier. Pillard le suivit sans mot dire, mais arrivé dans la chambre, il sortit de sa poche un révolver et il fit feu dans la direction des policiers. L’un deux monsieur Kohlz s’écroule, mortellement atteint. Alors une bagarre générale s’ensuivit au cours de laquelle de nombreux coups de feu furent tirés. Allain Émile lui-même, bien qu’enchaîné, intervint pour soutenir son camarade qui était engagé dans un corps à corps terrible avec les deux Allemands et se servit d’une potiche pour assommer l’un des policiers. Et ne trouvant plus d’objet à .projeter, il frappe avec ses menottes. Sous le choc, celles-ci se brisèrent. Les deux terroristes profitèrent du désarroi des Allemands pour s’enfuir. Tous deux étaient blessés assez grièvement .Allain Émile réussit à sauter par la fenêtre, son camarade descendit par l’escalier en se tenant le ventre.
Allain Émile se réfugie au n° 16 rue Saint-Pierre-Saint-Paul où se jugeant mortellement atteint, il demande d’urgence son transfert à l’hôpital. Les Allemands qui avaient cerné le quartier l’arrêtèrent au moment où on le montait dans une ambulance.
Quant au deuxième individu Rémy Pillard, il alla s’affaisser dans le couloir du 28 Bis rue Colbert. Où deux gardiens de la paix le retrouvèrent.
Les deux blessés furent transportés par les autorités allemandes à l’Hôpital Calmette à Lille, où malgré leurs blessures graves ils furent sauvés.
Après l’arrestation d’Émile Allain, les Allemands perquisitionnèrent également la chambre de sa maîtresse qui était la serveuse du Mikado, ils y trouvèrent des armes. Cette information provient de Henri Hurault, arrêté ainsi que les résistants pour recel de terroristes (voir Gaston Lelong). Lors du procès des 12 inculpés, il put discrètement parler avec Émile Allain dans le box des accusés. Ce dernier confirma également que la Gestapo savait que les résistants inculpés avaient des cartes d’identité de Boulogne-sur-mer (pièce 174).
Le 14 février 1944, le tribunal militaire de l’Oberfeldkommandantur 670 le condamne à mort ainsi que huit de ses camarades, trois autres inculpés seront déportés en Allemagne (pièce 160)]. Même la mort parait une chose trop douce aux yeux de leurs tortionnaires .Le résistant Pierre Gérard, de Lille, adjoint du Capitaine Michel chef du réseau Sylvestre- Farmer , du WO, a fait au Capitaine Rémy le récit suivant, rapporté dans un de ces ouvrages de la série « la ligne de démarcation ».
« J’étais à la GFP , boulevard de la Liberté , à Lille, dans la brasserie Motte-Cordonnier où la Geheimefeldpolizei avait installé ses bureaux. Il m’ont ramené à la cellule 21, où il n’y avait rien, ni lit, ni couverture. C’était au mois de février 1944- j’avais été arrêté le 5-il faisait très froid et j’étais là, sur le ciment sans paillasse, rien.
Pour voisin de cellule, j’avais Émile Allain, le chef des FTPF formation combattante du Front National, à prédominance communiste de Calais. Il était condamné à mort et par le petit trou que j’avais fait dans ma porte avec une épingle j’ai vu qu’on le traînait par sa jambe, blessée d’une balle et pas soignée, ce qui faisait une double phlébite qui l’empêchait de marcher. C’est par cette jambe que les Allemands l’ont tiré sur le dos dans le couloir .Le pauvre gars ! Il devait souffrir le martyr mais ça ne l’a pas empêché d’entonner l’Internationale qui a été reprise en pleine nuit par ses camarades et nous avons ensuite chanté la Marseillaise. Quand je suis sorti de prison, j’ai écrit à sa femme pour lui dire qu’il était mort en héros et qu’il m’avait demandé qu’elle prenne bien soin de ses enfants, en se remariant avec un honnête homme, un bon ouvrier qui nourrirait ses gosses. »
Jusqu’au dernier moment, les FTP s’attendirent à être fusillés. Émile Allain, a diverses reprises a confié à des camarades de cellule : « je vais mourir en soldat français, face à l’ennemi. Quel honneur ! » L’ennemi préféra aux fusils une fin plus atroce. Six résistants seront pendus (Émile Allain, Rémy Pillard , GastonLelong ,Albert Nabor, Clément Debremme , Jean Guelton ) ) le 3 mars 1944 au fort de Breendonk en Belgique. Trois autres furent fusillés au fort de Bondues le 25 février 1944 (Charles Sauvage, Léon Fayolles , Alphonse Mann ) et trois autres inculpés furent déportés en Allemagne,notamment Henri Hurault (pièce 174) , gérant de la « petite chaumière » condamné à 7 ans de travaux forcés pour recel de terroristes (pièce 174)
Tous Les corps furent inhumés au cimetière de Schaarbeek. Les corps d’Émile Allain et de Gaston Lelong furent ramenés à Calais et des obsèques solennelles eurent lieu le 22 octobre 1949 en présence d’une foule que la pluie diluvienne n’avait pas rebutée. La population défila longuement devant Les cercueils exposés dans une chapelle ardente au Palais de Justice. . Des discours furent prononcés par Robert Delhaye au nom du Parti communiste, Jacques Vendroux député, et Gaston Berthe maire. Émile Allain sera décoré de la légion d’honneur à titre posthume, le grade de lieutenant lui fut décerné.
Sources

SOURCES : DAVCC Caen. Archives départementales du Pas de Calais à Dainville (31w12). —Robert Chaussois, Calais au pied du mur Mars 1943 à Janvier 1944, Calais au bout du tunnel Février Août 1944, SA imprimerie centrale de l’ouest, la Roche sur Yon. Jean-Marie fossier, Zone interdite Nord Pas-de-Calais imprimé à Lens (62) dans les ateliers d’I.P.C pour le compte de la F.N.D.I.R.P. Archives Départementales de Lille (9w1075) Procès de la « petite Chaumière ». — Les pièces citées en référence sont extraites du procès de « la petite chaumière ». — État civil.

René Vandenkoornhuyse

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