Harcelées par la Résistance, les troupes allemandes exercèrent des représailles à Montravers et Cerizay (Deux-Sèvres) du 22 au 25 août 1944. Combats, bombardement et exécutions firent au total quatorze victimes dont douze civiles.

Dans les Deux-Sèvres comme partout en France, la Résistance harcelait les Allemands depuis le débarquement du 6 juin 1944. Dans l’extrême nord-ouest des Deux-Sèvres, à la limite de la Vendée, autour de Cerizay, les opérations étaient conduites par des résistants des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) épaulés par des parachutistes du Special Air Service (SAS).
Un groupe de résistants, homologué en date du 1er mars 1944, était rassemblé autour de Jean Leclère, et rattaché à la section F.T.P. de Bressuire dirigée par Maurice Crozet. Leclère et Crozet étaient professeurs au collège Saint-Joseph de Bressuire. Les premières armes leur furent parachutées le 22 juillet, au Bois Rocard de Boismé. Une partie fut cachée à la Gondremière chez Germain Soulard, une autre dans le hangar de Joseph Bauche, une troisième à La Crépelle. Dans ce lieu-dit existait un Centre de Jeunesse créé par Vichy où s’étaient réfugiés plusieurs réfractaires au STO. Avec leur chef, Michel Hepp, ils rallièrent la Résistance et stockèrent des armes parachutées le 10 août non loin du centre.
Le 12 août, les résistants reçurent le renfort de parachutistes SAS qui intervenaient dans le cadre de l’Opération Dickens, laquelle débuta dans la nuit du 14 au 15 juillet 1944 pour s’achever le 7 octobre. Elle impliquait un détachement du 3e régiment SAS commandés par le capitaine Fournier. « Établissant dans un premier temps son poste de commandement au Bois d’Anjou, en limite des départements des Deux-Sèvres et du Maine-et-Loire, il le transfère à Amailloux (Deux-Sèvres) à la suite d’une attaque allemande. Son équipe, formée de 70 hommes et divisée en petits groupes, agit sur l’ensemble de la région Poitou-Charentes - Vendée (à l’exception de la Charente-Maritime) et sur les départements de la Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire. Dans les Deux-Sèvres, trois groupes (ou sticks) interviennent plus particulièrement dans les régions de Champdeniers et Saint-Marc-la-Lande ; sur les territoires de Bressuire et Parthenay et enfin ceux de Thouars et Montreuil-Bellay. Sa mission principale, commune aux autres missions franco-britanniques, consiste en la destruction systématique de toutes les voies ferroviaires et routières et à mener des actions de harcèlement contre l’ennemi. Rapidement, il entreprend également l’armement des maquis par l’organisation de parachutages d’armes comme ceux réalisés dans la région de Cerizay en août 1944. » (CRRL, cf. sources). Les premiers parachutistes qui rejoignirent les résistants du Bocage sont commandés par le sergent-chef Michel Gervais, appartenant à la 3ème Compagnie du 3ème SAS. « Très spontanément, écrit Jean Leclère (cf. sources), nous avions mis toutes nos ressources, en hommes et en armement, à la disposition du capitaine Fournier. Et notre Centre de Résistance fut ouvert aux groupes des communes voisines, La Forêt-sur-Sèvre, Le Pin, Chatillon-sur-Sèvre, Bressuire, qui venaient s’y ravitailler en armes, s’y instruire dans leur maniement, avant de repartir sous la conduite de l’un ou l’autre parachutiste. Se multiplièrent alors les coupures de lignes téléphoniques, les sabotages de voies ferrées, les embuscades. » Seize opérations furent menées entre le 12 et le 22 août, dont la dernière, au Vigneau, couta aux Allemands plusieurs morts dont un gradé. Au cours de ce combat, dans la matinée du 22, entre Cirières et Cerizay, périt aussi un parachutiste, Joseph Hadje (ou Hadj), d’origine libanaise.
Devant la menace de représailles sur la population de Cerizay et des environs, le capitaine Fournier prit la décision de replier une partie de ses hommes vers Cholet. Mais les Allemands avaient arrêté leur décision, et du 22 au 25 août, ils menèrent des opérations punitives à Cerizay et aux alentours. Les 22 et 23 août, ils traversèrent l’agglomération de Cerizay en mitraillant la population. Deux civils trouvèrent la mort, Gustave Guédon le 22, et Florence Carpentier le lendemain. Pierre Guibert, blessé à l’épaule et au genou, fut amputé d’une jambe.
Après une journée de répit, le 25 août, les Allemands soumirent Cerizay à un bombardement d’artillerie. Deux canons de 150 mm tirèrent plusieurs salves d’obus, tuant trois femmes, Marie Émilienne Mougel, sa fille Marie Boisumeau et Marie Angéline Temperault, cette dernière décédant de ses blessures en novembre. Ils allumèrent des incendies dans l’après-midi et le soir 172 maisons étaient endommagées dont 104 totalement détruites, 664 habitants se retrouvant sans abri.
À Montravers, tôt le matin du 25, en venant prendre position près du château de la Louisière, ils croisèrent le véhicule d’un groupe de résistants. Aussitôt, ils tuèrent trois femmes d’une même famille qui s’enfuyaient à leur arrivée, Alice Billy et sa fille Madeleine, ainsi que sa nièce Odile Billy. Faute de trouver des « terroristes », ils prirent quinze otages dans la population civile et les enfermèrent dans les communs du château. Dans l’après-midi un groupe de parachutistes et de résistants en voiture se heurta aux troupes allemandes. Les résistants parvinrent à s’échapper mais laissèrent un mort sur le terrain, un parachutiste, André Schmidt, d’origine lorraine, blessé, puis achevé. Quatre otages furent exécutés le soir à 19 h, Séraphin Vion, Joseph Gautier, Charles et Théodore Bobin. Des stèles à la mémoire des victimes ont été érigées dans les deux communes.
Cet épisode illustre la radicalisation de la répression sur le territoire français en 1944. Les directives du haut-commandement de la Wehrmacht incitèrent les chefs d’unité à se montrer impitoyables. Selon l’ordonnance du maréchal Hugo Sperrle, adjoint du haut commandant de l’Ouest, promulguée le 12 février 1944, « en cas d’attaque “ terroriste ”, la troupe était tenue de répliquer tout de suite en ouvrant le feu. Si des civils innocents étaient malencontreusement touchés, c’était regrettable, mais la responsabilité en incombait exclusivement aux “ terroristes ”. Les maisons qui avaient abrité les partisans devaient être incendiées. Sur ces points, l’ordonnance de Sperrle restait probablement compatible avec les lois internationales de la guerre. Le passage critique de cette ordonnance était le suivant : “ Il ne faut punir que le chef manquant de fermeté et de résolution car il menace la sécurité des troupes qui lui sont subordonnées et l’autorité de la Wehrmacht allemande. Face à la situation actuelle, des mesures trop sévères ne peuvent entraîner de punition pour leurs auteurs. ” La troupe avait désormais le champ libre quant au choix des moyens de combats contre la Résistance. Un chef radical pouvait ainsi facilement abuser de cette liberté. L’ordonnance Sperrle fut complétée le 4 mars par un ordre du maréchal Wilhelm Keitel selon lequel les francs-tireurs capturés avec une arme à la main devaient être fusillés et non plus livrés aux tribunaux militaires. » (Peter Lieb, in Gaël Eismann et Stefan Martens, (dir.), op. cit., p. 176-177).
Enfin, André Schmidt, parachutiste des SAS, fut achevé en application de l’ « ordre commando » d’Hitler, directive datée du 18 octobre 1942, dans laquelle il ordonnait « qu’à l’avenir, tout ennemi livré aux troupes allemandes, provenant des soi-disant raids de commandos en Europe ou en Afrique, même s’il s’agit apparemment de soldats en uniforme ou de saboteurs avec ou sans armes, au combat ou en fuite, soit abattu jusqu’au dernier homme. Il est entendu qu’il en est de même pour ceux amenés par bateaux, par avions ou parachutés pour entrer en action. Même si ces sujets lors de leur découverte semblaient s’apprêter à se rendre, tout pardon est à refuser, pour ne pas déroger à ces principes. »
Ces crimes de guerre – à l’instar des massacres de Tulle (9 juin 1944) et d’Oradour-sur-Glane (10 juin 1944), ou de Maillé (Indre-et-Loire) le même jour qu’à Montravers –, illustrent la brutalisation de la guerre à l’Ouest lors des combats de la Libération, et l’importation par la Wehrmacht et les SS de méthodes de guerre habituelles sur le front russe depuis 1941, a fortiori lorsque des unités engagées à l’Est furent transférées vers l’ouest pour faire face au débarquement. De surcroît, dans un large quart sud-ouest de la France – y compris les Deux-Sèvres – les Allemands n’affrontaient pas d’unités régulières mais des groupes de maquisards qui menaient une guerre de guérilla face à laquelle, depuis 1870 et 1914, les troupes d’outre-Rhin avaient coutume de réagir en terrorisant la population civile par d’impitoyables représailles.
Sources

SOURCES :
-  Centre Régional Résistance et Liberté de Thouars (Deux-Sèvres)
-  Memorial genweb : Cerizay, Montravers
-  Un épisode de la Résistance dans les Deux-Sèvres, par Jean LECLÈRE, ancien FFI, in Bulletin de la délégation AFMD 49. N° 34. Décembre 2010
-  Bilan de l’action des parachutistes français
- Comité du souvenir du 25 août 1944, Cerizay-Montravers, Le drame du 25 août 1944, Témoignages recueillis par Constant Vaillant, Maulévrier, Hérault-Éditions, 1989.
-  Peter Lieb, Répression et massacres. L’occupant allemand face à la Résistance française, 1943-1944, in Gaël Eismann et Stefan Martens, (dir.), Occupation et répression militaire allemande, 1939-1945, la politique de maintien de l’ordre en Europe occupée, Paris, Éditions Autrement-Institut historique allemand, 2007, p. 169-185.
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Dominique Tantin

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