Dans la nuit du 12 au 13 juin 1944, lors du bombardement aérien de la gare de Poitiers par l’aviation alliée, huit civils et un militaire, résistants du Limousin et otages de Tulle furent massacrés dans la cour de la Gestapo, 13 rue des Ecossais à Poitiers.

Le 8 juin 1944 un ordre du maréchal Von Rundstedt prescrivit à la division Das Reich de remonter vers le front de Normandie en aidant au passage à la liquidation de la résistance sur la bordure ouest du massif central. Les jours suivants des troupes mobiles de la division parcoururent le Limousin. Le 9 juin son bataillon de reconnaissance intervint à Tulle à la suite d’une libération de la ville par les FTP. En représailles, 99 otages furent pendus et un grand nombre d’autres (311 hommes) conduits à Limoges le 10 juin. A Limoges les 11 et 12 juin, un nouveau tri parmi les otages fut effectué avec l’appui de la Milice, 149 personnes furent rassemblées auxquelles on adjoignit plus de 200 prisonniers et résistants détenus à la prison de Limoges (en particulier une vingtaine de militaires de l’école de la Garde de Guéret faits prisonniers le 11 juin à Janaillat en Creuse). Ils étaient destinés à la déportation vers l’Allemagne. Un convoi de camions encadrés par des éléments de la division Das Reich gagna Poitiers à la fin de l’après-midi du 12 juin 1944.
Un rapport rédigé en janvier 1945 par le commissariat de police de Poitiers après enquête et recueil de témoignages décrit précisément la suite des évènements : « Le 12 juin 1944, en fin d’après-midi, 370 prisonniers politiques sont amenés dans les locaux de la Gestapo, rue des Ecossais. Ils venaient des prisons de Tulle et de Limoges. A leur descente de camions les prisonniers sont frappés par les Allemands qui forment une double haie au milieu de laquelle les prisonniers doivent passer. Coups de pied, de poings et de bâtons sont distribués à profusion. » Parqués dans la cour, les prisonniers, surveillés par des gardes armés reçurent l’ordre de ne faire aucun mouvement.
Dans la nuit du 12 au 13 juin, vers deux heures du matin, débuta le bombardement du secteur de la gare de Poitiers par l’aviation alliée. Nœud ferroviaire important sur les voies qui remontent du sud-ouest, la cible fut précisément choisie pour retarder la remontée de la division Das Reich et détruire la plus grande partie possible de ses matériels transportés par voie ferrée. 112 bombardiers de la Royal Air Force et de la Royal Australian Air Force déversèrent 500 tonnes de bombes sur la zone visée causant d’importants dégâts à la gare et aux quartiers environnants.
Le rapport de police décrit le massacre : « Au cours de la nuit, vers 2 heures du matin, le bombardement de Poitiers par les avions anglo-saxons commence. Le bâtiment de la Gestapo est encadré littéralement par les bombes. Les prisonniers ont reçu l’ordre de ne faire aucun mouvement. Cependant instinctivement, à chaque point de chute, les malheureux, affolés, se plaquent à terre pour se protéger tant bien que mal contre les éclats qui parviennent jusqu’à eux. A ce moment les S.D. tirent par rafales sur eux au moyen de deux fusils mitrailleurs. Ils n’ont même pas à évoquer l’excuse d’une évasion possible car la cour où sont « parqués » les détenus possède des murs de 6 m. de haut et une porte blindée. Cinq hommes sont tués sur le coup... Le 13 juin vers 13 h. les Allemands font transporter les blessés au nombre de 27 à l’hôpital. Trois décèdent le même jour ... un autre le 3 juillet. »
Liste des victimes :
BETTE Victor
BON Georges
BREDIER Jean
DAUBERNARD André
DEMATHIEU André
GAILLARD Jean
LAGNOUX Antoine
MAZELLIER Marcel
MOINET Pierre
Sources

SOURCES  : Archives du Commissariat de Poitiers AD 86. 1695 W art. 10 — Jean-Marie Augustin, et Gérard Simmat « Poitiers occupé, Poitiers bombardé » (Geste Éditions, 2013) —Wikipedia (division Das Reich ; otages de Tulle).

Michel Thébault

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