Né le 21 juillet 1918 à Dinard (Ille-et-Vilaine) ; exécuté sommairement le 1er septembre 1944 au camp de Natzweiller-Struthof, à Natzwiller (Bas-Rhin) ; officier de la France Libre ; résistant BCRA, réseau SR Alliance.

Philippe Koenigswerther, issu d’une famille d’origine juive, était le fils d’Albert Léopold, négociant, de nationalité belge, âgé de 39 ans et de Grace King, sans profession, âgée de 33 ans, domiciliés à Paris XVIe arr. Il était célibataire.
Philippe Koenigswerther s’engagea en juillet 1940 auprès du général de Gaulle, à Londres. Il fut intégré au Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) après sa formation en juillet 1941 et devint capitaine au 1er Régiment de Parachutistes SAS de la France libre. Volontaire, il fut parachuté plusieurs fois en France où il accomplit de nombreuses missions. En 1942, Il fut arrêté et incarcéré à la prison du fort du Hâ, à Bordeaux, d’où il parvint à s’échapper et à rejoindre à nouveau l’Angleterre. Parachuté en Dordogne le 15 septembre 1942 pour une autre mission, il ne put l’accomplir, atterrissant au mauvais endroit, et il dut abandonner son poste émetteur. Il fut recueilli à Marseille par le docteur Claude Zimmern, avec qui il avait des liens de parenté et dont la villa servait d’emplacement de poste et de lieu d’hébergement. Il fut présenté à Marie-Madeleine Bridou (Fourcade), chef du réseau de renseignements militaires "Alliance", à laquelle il proposa ses compétences pour continuer sous ses ordres la mission qui lui avait été assignée par le BCRA sur la côte Atlantique. Après s’être assurée auprès de l’Intelligence Service qu’elle pouvait lui faire confiance, elle l’envoya à Sarlat auprès du colonel Kauffmann*, accompagné de Roger Delille* "Caniche", adjoint de ce dernier. Le colonel lui fit passer la ligne de démarcation caché dans un tender de locomotive conduite par un résistant du réseau Alliance Pierre Audevie et Philippe Koenigswerther devint ainsi sous les pseudonymes "Genêt" puis "Mandrille" et le matricule N10, chef du secteur de Bordeaux-La Rochelle sur la zone "Hangar". Il effectuait le repérage des entrées et sorties de sous-marins sur la base de Bordeaux et les renseignements qu’il fournissait à Londres étaient très appréciés. Il repéra notamment des bateaux japonais qui avaient déjoué les systèmes de surveillance navale des alliés et permit ainsi à un commando anglais de venir les couler en posant des mines magnétiques sur leurs flancs. Des bâtiments allemands furent également envoyés par le fond.
Philippe Koenigswerther recruta ensuite Jean Godet, capitaine de réserve et prisonnier de guerre libéré, qui très méfiant se renseignera avant d’accepter de devenir chef du secteur rochelais avec le pseudonyme "Antilope".
Après une dernière mission en Angleterre d’où il rentra le 1er décembre par vedette rapide, Il fut arrêté à Bordeaux le 8 décembre 1943 à la suite du démantèlement du réseau Alliance par l’Abwehrstelle et emprisonné au fort du Hâ, à Bordeaux puis conduit via Strasbourg à destination du camp de Schirmeck (Bas-Rhin), où il arriva par camion le 29 avril 1944. Il fut interné au block 10 avec les autres hommes du réseau. Son dossier d’accusation d’espionnage instruit par la Gestapo de Strasbourg dans le cadre de la liste des affaires n° 189 du 3 mai 1944 concernant également André Joriot, Martin Sabarots, André Soussotte, Pierre Audevie, Charles Boileau, Maurice Duprat et Jean-Henri Durand fut transmis le 7 juillet au Tribunal de guerre du Reich qui y apposa les tampons « Geheim » ( secret) et « Haftsache » (affaire concernant des détenus) ainsi que la mention « NN » (Nacht und Nebel-Nuit et Brouillard).
Alors qu’il était remis ainsi que tous les autres accusés à disposition du SD de Strasbourg le 10 septembre, le drame s’était déjà joué car devant l’avance alliée les 106 membres du réseau Alliance détenus à Schirmeck, dont Philippe Koenigswerther, furent sur ordre du Haut commandement de la Wehrmacht (OKW) à Berlin, transférés en camionnette par fournées de 12 vers le camp de concentration du Struthof, où ils furent dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944, abattus d’une balle dans la nuque à la chambre d’exécution puis incinérés directement dans le four crématoire du camp, situé dans le même bâtiment.
Il fut homologué comme chargé de mission de 1ère classe de la DGER (Direction générale des études et recherches) avec le grade de capitaine.
Il obtint la mention "Mort pour la France" le 21 août 1946 et fut décoré à titre posthume de la Croix de guerre 1939-1945 avec Palmes, de la croix de chevalier de la Légion d’honneur et de la Médaille de la Résistance avec rosette le 13 octobre 1946.
Il existe un cénotaphe à son nom au cimetière de Passy, à Paris 16e arr. avec une plaque portant l’inscription « à la mémoire de notre bien-aimé ».
Une rue de Bordeaux porte le nom de capitaine Koenigswerther.
Son nom figure sur la plaque commémorative du réseau Alliance, à l’entrée de la base sous-marine à Bordeaux, avec une citation de Marie-Madeleine Fourcade concernant les membres bordelais du réseau : "Leur sacrifice a permis de renseigner le Commandement Allié sur les mouvements des navires militaires allemands, sous-marins et torpilleurs arrivant et partant de l’Arsenal de Bordeaux. Bientôt, on ne saura plus ce qu’ils ont fait, ni pourquoi ils l’ont fait, même si c’était nécessaire de le faire, voire on les plaindra d’être morts pour rien. Je voudrais qu’on ne les oubliât pas et que l’on comprît surtout quelle était la divine flamme qui les animait... Madame Marie-Madeleine Fourcade (Hérisson) ». Il figure aussi sur la plaque commémorative de l’école libre des Sciences politiques, à Paris 7e arr. et sur la plaque commémorative du camp de concentration du Struthof - réseau S.R. Alliance à Natzwiller (Bas-Rhin).
Sources

SOURCES : Dossier DAVCC Caen.— Marie-Madeleine Fourcade L’Arche de ¨Noé Fayard 1968. — Auguste Gerhards Tribunal de guerre du 3e Reich, Archives historiques de l’armée tchèque, à Prague, éd. le cherche midi, Paris 2014.— Les rues de Bordeaux de Roger Galy mise à jour Eric Chaplain, Éditions des régionalismes 1997/2010.— Mémorial de l’Alliance, 1948.— Mémorial GenWeb. — Site de l’association L’Alliance.— Wikipédia "Réseau Alliance" et "camp de concentration de Natzweiler-Struthof".— Sources internet diverses. — État civil.

Jean-Louis Ponnavoy

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