Des civils sont massacrés au cours de représailles par la division SS Totenkopf.

Les massacres imputables à la division Totenkopf dans le Pas-de-Calais en mai 1940 ont été étudiés de manière approfondie par l’historien Jean-Luc Leleu dans l’article et le livre mentionnés dans les sources.
Voici son récit du massacre survenu à Habarcq, commune située à cinq kilomètres environ à l’ouest d’Arras.
« A Habarcq, de nombreux effets militaires alliés abandonnés en tas devant une maison du village conduisent des hommes [du 1er bataillon du 3e Régiment SS d’Infanterie de la division Totenkopf] à conclure à la présence de soldats ennemis. Les habitants sont sommés de sortir après avoir rejeté à l’extérieur une grenade lancée par le soupirail. Première à se montrer en haut de l’escalier, la maîtresse de maison est immédiatement tuée. Deux réfugiés qui la suivaient, un père et son fils de 17 ans, sont conduits à l’extérieur et fusillés. Un quadragénaire britannique est également tué dans le village. » (Jean-Luc Leleu, art. cit.).


Si la campagne de mai-juin 1940 fut marquée par de nombreuses exactions perpétrées par des unités militaires allemandes de la Wehrmacht mais surtout par des divisions SS contre des civils et des soldats capturés, le « parcours sanglant » de la division Totenkopf, - 264 civils et 130 prisonniers abattus du 19 au 28 mai dans la région d’Arras -, retient particulièrement l’attention. Cette unité se distingue par la fréquence et la gravité des crimes commis par ses soldats.
En s’appuyant sur les travaux de Jean-Luc Leleu (voir sources), on peut tenter d’expliquer le comportement particulièrement brutal de cette division.
On avait d’abord affaire à une unité SS dans laquelle les cadres et les soldats avaient profondément intériorisé l’idéologie national-socialiste. Cela « a indubitablement prédisposé la branche armée SS à transgresser les règles établies » (Leleu), ce que l’on put constater dans les opérations conduites dans les Sudètes en 1938 et davantage encore en Pologne en septembre 1939, où les convictions racistes se traduisirent par des massacres de Slaves et de Juifs. A l’ouest, si les pulsions racistes s’exprimèrent plus rarement en raison d’une évaluation moins négative de la valeur raciale des populations, elles se manifestèrent cependant avec une brutalité récurrente envers les soldats d’origines africaine et maghrébine, victimes de plusieurs massacres.
Les convictions nazies et la propension à commettre des actes criminels envers ceux qui, à tort ou à raison, sont perçus comme des adversaires, étaient d’autant plus affirmées dans la division Totenkopf qu’un tiers des effectifs était issu des formations affectées initialement à la surveillance des camps de concentration, unités dites « à tête de mort », désignation dont a hérité la division Waffen-SS. Celle-ci était dirigée par le le SS-Gruppenführer (général de division) Theodor Eicke, fondateur et commandant du premier camp de concentration, Dachau, ouvert en 1933, qui servit de modèle à l’ensemble des camps dont Eicke devint l’inspecteur. Eicke et ses subordonnés exerçaient une telle autorité sur les soldats de la division, qu’il semble exclu que leurs actes aient été imputables à des débordements incontrôlés.
C’est donc dans le déroulement de l’offensive foudroyante à partir du 10 mai qu’il faut chercher la clé des conditions du passage à l’acte des combattants de la division Totenkopf, l’explication du « parcours sanglant » de cette unité.
Du 19 au 28 mai, dans la région d’Arras, il s’agissait pour la division de sa première vraie bataille. Si le succès de l’offensive est éclatant, les combats n’en furent pas moins rudes et les pertes sévères (1023 hommes en dix jours).
De là des « réactions d’orgueil blessé » (J-L Leleu, op. cit.), des réflexes de vengeance contre l’ennemi réel ou perçu comme tel : la chronologie et l’ampleur des massacres coïncidèrent avec celui des pertes subies par la division. Et au total, en dix jours, tandis que la division enregistrait la perte de 1023 hommes, les SS abattirent 264 civils et exécutèrent 130 prisonniers. « La volonté d’effacer un revers ou de lourdes pertes est patente » (Jean-Luc Leleu).
D’autre part, l’unité était engagée sur un théâtre où la rapidité des opérations induisait un sentiment de grande insécurité pour les soldats. Aventurés en territoire ennemi, dans un environnement hostile, à la merci d’une contre-offensive sur les flancs de la percée, d’une embuscade sur ses arrières par des groupes de soldats français ou britanniques qui n’ont pu être capturés, qui pouvaient se dissimuler chez l’habitant, ou parmi les réfugiés, les Allemands étaient sur le qui-vive. D’ailleurs « […] tous les témoignages des civils français sont concordants pour signaler que les soldats SS sont toujours à la recherche de soldats alliés lorsque se produisent les exécutions. » constate Jean-Luc Leleu. C’est le cas à Habarcq.
La peur rimait aussi avec francs-tireurs et appelait la terreur dans une situation, non de front continu et ordonné, mais de chaos, sur un territoire où des milliers de réfugiés circulaient au milieu des unités militaires. Francs-tireurs, puisqu’à l’instar de ce qui s’était produit en 1914 en Belgique et en France, les difficultés rencontrées furent imputées pour une part à d’hypothétiques civils résistants - phobie des troupes allemandes depuis 1870 - ce qui justifia la terreur, des représailles impitoyables pour annihiler toute velléité de s’opposer à la progression de l’unité.
Enfin, la division Totenkopf se trouva de facto en compétition avec les unités de la Wehrmacht, et entendit, par des succès éclatants, démontrer une valeur opérationnelle exceptionnelle, « s’affirmer en tant qu’élite militaire » (Jean-Luc Leleu). Dans ces conditions, il importait de se montrer impitoyable en terrorisant l’ennemi. Pour vaincre à tout prix, la fin justifiait les moyens. « L’action de Theodor Eicke à la tête de la SS-Totenkopf a en particulier joué un rôle considérable en amenant ses subordonnés à ne pas faire de discernement au cours des combats et à leur faire adopter des comportements criminels pour donner à la division une réputation militaire qui lui manquait. En conséquence de quoi les troupes SS ont eu tendance à voir dans la population civile un adversaire potentiel qu’il convenait d’annihiler dès que se manifestait la moindre opposition, qu’elle soit réelle ou supposée. » (Jean-Luc Leleu).
Sources

SOURCES : Hélène Guillon, Les massacrés par les Allemands en France, 1940-1945, Étude sur la répression extrajudiciaire allemande en France de l’invasion à la Libération, mémoire de Master 2 sous la direction de Michel Boivin, Université de Caen, UFR d’Histoire, 2005-2006, Annexes. — Jean-Luc Leleu, La Waffen-SS, Soldats politiques en guerre, Paris, Perrin, 2007, p. 774-779.
-  Jean-Luc Leleu, La division SS-Totenkopf face à la population civile du Nord de la France en mai 1940, Revue du Nord 4/2001 (n° 342), p. 821-840

Dominique Tantin

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