Né le 31 janvier 1908 à Croisilles (Pas-de-Calais), exécuté sommaire le 19 juin 1944 à Gap (Hautes-Alpes) ; Organisation de résistance de l’Armée (ORA), chef de maquis.

Pierre Poutrain était issu d’une famille de neuf enfants, appartenant à la bourgeoisie rurale, catholique et patriote du Pas-de-Calais. Son père, un important fermier, était maire du village de Croisilles (Pas-de-Calais) lorsque les Allemands avaient occupé la région en 1914 et s’était affiché comme un « résistant ». Dans le même temps, sa mère avait été expulsée de la zone et s’était réfugie à La Tronche (Isère).
Mobilisé comme sergent à la compagnie du Génie d’Arras (Pas-de-Calais) au début de la guerre, en 1939, Pierre Poutrain participa aux travaux de défense d’abord en Moselle (fin novembre 1939-début janvier 1940), puis dans le Pas-de-Calais. Envoyée en Belgique en mai 1940, sa compagnie dut se replier en France et put embarquer à Dunkerque (Nord) pour l’Angleterre le 1er juin. Elle revint en France, mais, décimée, elle fut dissoute le 16 juin. Versé dans une autre unité, Pierre Poutrain participa aux combats sur la Somme. Fait prisonnier, il fut conduit au camp d’Évreux (Eure), avant d’être envoyé au travail dans une ferme. Pour échapper au transfert en Allemagne, il s’évada avec trois camarades et grâce à l’aide de son patron en décembre 1940. Bien que marié (sa femme était opticienne), Pierre Poutrain refusa de retourner dans le Pas-de-Calais par haine des Allemands et rejoignit en janvier 1941 son frère Louis, qui était curé de Saint-Jean-Saint-Nicolas dans le Champsaur (Hautes-Alpes), avec l’intention de gagner l’Afrique du Nord pour se battre. Il serait retourné en zone occupée en 1941 pour faire évader un cousin, prisonnier de guerre. Revenu chez son frère, devenu professeur au centre rural de Prégentil (Saint-Jean-Saint-Nicolas), créant une école artisanale, il encadra la dizaine de jeunes gens du régiment de chasseurs alpins de Gap, accueillis fin novembre 1942, la plupart d’origine alsacienne. Il collabora avec le lieutenant Paul Radius, Paul Humetz, Alfred Meyer et René Mourenas.
Une stèle fut érigée à la Libération à l’entrée de la route de la Luye pour rappeler cette tragédie. Le corps de Pierre Poutrain fut transféré le 22 août 1946 au cimetière de Saint-Jean (Hautes-Alpes) à la demande de son frère Louis (son frère, l’abbé Louis Poutrain, est décédé en février 1983) ; son nom y est gravé sur le monument aux morts. Une stèle fut inaugurée le 21 août 1984 à l’entrée de la vallée de Champoléon, au pont de Corbières, à sa mémoire avec une citation du Nouveau testament : « Pour moi, je suis au milieu de vous celui qui sert. Luc XXII, 27 ».
Son nom est également inscrit dans la Somme sur les monuments aux morts de Saint-Omer et Croisilles, et dans le Nord à Lille au collège Saint-Paul.
Il obtint la mention « Mort pour la France ».
Voir Gap : 19 juin 1944.
Sources

SOURCES : Site internet Mémoire des Hommes. — site internet Mémoire du Champsaur (glaizil.over-blog.com). — Commission d’histoire de l’Occupation et de la Libération de la France, Hautes-Alpes, secteur E Lus-Devoluy. — Richard Duchamblo, Cahiers « Maquisards et Gestapo », Gap, Ribaud Frères, 19 cahiers 1945-1949, reprint 2005, Gap, Éditions des Hautes-Alpes, tome 1, 3e cahier, tome 2, 8e cahier. — Louis Poutrain (abbé), La déportation au cœur d’une vie, Paris, Cerf, 1982 (rééd. Saint-Jean-Saint-Nicolas, Association Prégentil-Montorcier, 1993). — Philippe Franceschetti, Antoine Mauduit, une vie en résistance, 1902-1945, PUG, 2017.

Jean-Marie Guillon

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