Six maquisards et civils tués ou exécutés en divers lieux entre Villecomtal (Aveyron) et Entraygues-sur-Truyère (Aveyron) lors de la tentative avortée d’une colonne allemande de franchir le Lot le 16 août 1944.

Monument commémoratif de l’exécution sommaire de trois civils à Villecomtal (Aveyron) le 16 août 1944
Photographie : André Balent, 14 août 2016
Entraygues-sur-Truyère (Aveyron). Monument à la mémoire de tois maquisards tombés le 16 août 1944 sur la route de Vilecomtal et Rodez sur le territoire des communes de Golinhac (Anquetin) et d’Entraygues (Castanié et Barascudl)
Photographie : André Balent, 14 août 2016
Le monument porte trois inscriptions dédiées à chacune des trois victimes. Celle qui perpétue la mémoire d’Albert Castanié se trouve sur la face visible depuis la route.
Entraygues-sur-Truyère (Aveyron), stèle en l’honneur des trois résistants tués le 16 août 1944
Plaque en l’honneur d’Albert Castanié
Photographie : André Balent, 14 août 2016
Entryagues-sur-Truyère (Aveyron), stèle en l’honneur des trois résistants tués le 16 août 1944
Sur une des faces de la stèle, le nom d’Anquetin [Jean-Jacques]
Photographie : André Balent, 14 août 2016
Entraygues-sur-Truyère (Aveyron), stèle en l’onneur des trois résistants tués le 16 août 1944
Sur une des faces de la stèle, inscription en l’honneur de "Vidal dit Barascut" [Barascud André].
Photographie : André Balent, 14 août 2016
Le 16 août 1944, les Allemands n’occupaient plus que quelques points d’appui urbains dans un département en grande partie contrôlé par les nombreux maquis qui avaient accru considérablement leurs effectifs depuis le mois de juin. La partie occidentale du département était virtuellement libérée.
La garnison de Rodez, sans attendre l’ordre formel du général allemand commandant le groupe d’armées G, Johannes Blaskowitz, activa ses préparatifs, afin de gagner au plus vite la vallée du Rhône ou celle de la Saône ou avec l’objectif plus limité de libérer les petites garnisons affectées à la garde des barrages hydroélectriques de Sarrans et de Rueyres sur la Truyère. Elle comprenait douze véhicules et cent hommes et essaya d’emprunter l’itinéraire principal vers l’Aubrac, le Cantal et le Puy-de-Dôme, avec franchissement du Lot à Espalion (Lot) par la RN 120 (actuelle RD 920). Elle se heurta à l’action du maquis (ORA) d’Espalion qui rendit la chaussée impraticable et attaqua la colonne qui reflua vers Rodez en menaçant la population de Bozouls — qui réussit à quitter la ville — de la prise de cinquante otages et en exigeant la réparation de la route. Le lendemain matin, d’ailleurs, la coupure d’un pont au sud de Bozouls sur le Dourdou (affluent du Lot) par le maquis empêcha définitivement le projet de franchissement du Lot.
Le 16 au petit matin, cette colonne forte maintenant de cent-cinquante hommes et de vingt-quatre véhicules emprunta un autre itinéraire vers le nord, de Rodez à Entraygues-sur-Truyère où devait être franchi le Lot par l’actuelle RD 904, via Villecomtal et Golinhac.
Comme la veille, les maquis du secteur mirent tout en œuvre pour la faire refluer vers Rodez. La route avait été obstruée par des troncs d’arbres et endommagée par des tirs de mines sur le territoire de la commune de Campuac, à proximité du hameau de Nacoulorgues. Les Allemands menacèrent de prendre et de fusilller douze otages, renoncèrent non sans avoir pillé quelques fermes. Retardée, la colonne fut attaquée un peu plus loin sur le territoire de la commune de Golinhac par un détachement du maquis Fred (Cantal) qui perdit un de ses membres, Jean-Jacques Anquetin. Les Allemands eurent des blessés. Ayant entendu depuis Entraygues les coups de feu de l’affrontement, Albert Castanié, chef de la Résistance de ce bourg, décida d’effectuer une reconnaissance. Il prit, avec trois FFI de la localité, la direction de Villecomtal dans une automobile. Les éléments avancés de la colonne allemande tirèrent sur le véhicule de Castanié qui fut incendié. Castanié fut criblé de balles. Ces tirs atteignirent également un sidecar avec deux résistants d’Entraygues. Vidal (« Barascut ») fut tué d’une balle dans la tête. Le survivant, Cassan, alerta les résistants du bourg qui coupèrent la route en la faisant sauter sur une longueur de trente mètres environ. La colonne allemande rebroussa chemin vers Rodez. Elle fut alors attaquée par le maquis FTPF des Bessades du capitaine Joseph Mach qui lui infligea des pertes sévères. Ayant dû prendre un itinéraire détourné par Mouret, elle s’empara de trois civils qu’elle fusilla sommairement. Avant d’arriver à Rodez, elle fut encore attaquée par un groupe de guérilléros de l’AGE de Firmi (bassin houiller de Decazeville).
L’ordre de repli du général Blaskowitz fut transmis le 17 août. Il eut lieu le lendemain matin et rassembla des effectifs plus importants que ceux des colonnes des 15 et 16 août. Il s’effectua en direction du sud-est, vers Millau et le Languedoc méditerranéen et, au-delà, vers la vallée du Rhône : repli d’une colonne harcelée sans cesse par les maquis.
Au total, il y eut, le 16 août 1944, pour cette tentative avortée de franchissement du Lot six victimes des troupes d’occupation : trois maquisards et trois civils massacrés en quatre points différents. Selon diverses estimations à vérifier auprès, en particulier, de sources allemandes, les pertes allemandes seraient comprises entre sept et dix-huit soldats.
Maquisards tués :
À Golinhac : ANQUETIN Jean-Jacques, du Cantal
À Entraygues-sur-Truyère, en amont, à sept kilomètres de la localité, dans la descente de la route provenant de Rodez : CASTANIÉ Albert
À Entraygues-sur-Truyère, à peu de distance de l’agglomération : BARASCUD André, 27 ans nommé aussi "VIDAL, alias BARASCUT"
Les trois noms sont regroupés sur le monument portant l’hommage au seul Albert CASTANIÉ dans un tournant de la RD 904, en surplomb panoramique sur Entraygues en contrebas. Plus en amont, sur cette même route ont été édifiés deux autres monuments à l’endroit où périrent Castanié et Vidal.
Civils massacrés :
À Mouret, au lieu La Raullade (ou Rouillade) :
René DELRIEU, 18 ans
Pierre VIGOUROUX, 58 ans
Michel BATTEDOU, 63 ans
Ces trois noms figurent sur un monument commémoratif érigé à l’entrée nord-ouest de Villecomtal à proximité de la RD 904. Ce monument a été réalisé par J. Périé, de la commune voisine de Campuac (Aveyron).
Tous ces noms, sauf celui de Jean-Jacques Anquetin sont aussi gravés sur le monument-mémorial de Sainte-Radegonde (Aveyron)
Voir Lieu d’exécution de Sainte-Radegonde (Aveyron) champ de tir
Sources

SOURCES : Christian Font, Henri Moizet, Construire l’histoire de la Résistance. Aveyron 1944, Rodez & Toulouse, CDDP Rodez, CDHIP Rodez, CRDP Midi-Pyrénées, 1997, 343 p. [p. 120]. — Christian Font, « Juillet-août 1944 en Aveyron, une situation contrastée », in Laurent Roubertier, Sylvain Diet, Christian Font, Henri Moizet (dir.), De la libération de l’Aveyron à la Libération de la France, Actes du colloque de Millau, jeudi 8, vendredi 9 et samedi 10 octobre 1998, Rodez, CDDP, 1998, 155 p., pp. 49-58 [Plus particulièrement, pp. 55-56]. — Christian Font, Henri Moizet, Maquis et combats en Aveyron, Chronologie 1936-1945, Rodez & Toulouse, ONAC Aveyron, ANACR Aveyron, CRDP Midi-Pyrénées, 2e édition, 2001, 412 p. [pp. 357-358]. — Site MemorialGenWeb consulté les 7 et 29 mars 2016.

André Balent

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