Né le 24 mai 1898 à Villiers-saint-Frambourg (Oise), assassiné par la Gestapo à Chatenay-en-France (Seine-et-Oise, Val d’Oise) le 26 août 1944 ; réfractaire au STO.

Né le 24 mai 1898 à Villiers-saint-Frambourg (Oise), réfractaire au STO ayant quitté clandestinement le chantier de l’organisation Todt sur lequel il avait été réquisitionné, Ambroise Jacquin trouva du travail chez M. Dewaele, cultivateur à Fontenay-en-Parisis, où sa femme travaillait également. Le 26 août 1944, vers 17h, deux hommes en civils, porteurs d’une carte de la police allemande de Versailles, se rendirent au domicile du maire de Fontenay-en-Parisis, Albert Browaeys, et lui demandèrent s’il y avait des communistes dans le village. Ce à quoi le maire répondit qu’il y en avait avant la guerre mais plus maintenant. Le maire fut alors invité à suivre les deux hommes jusqu’à la mairie. Sur place, ils demandèrent à la secrétaire de mairie, Marguerite Danvin, de leur fournir la liste des communistes du village et celle des éventuels résistants locaux. Celle-ci leur répondit qu’il n’y a aucune liste de cette sorte et qu’elle ne connaissait personne dans le village relevant de ces critères. L’un des deux hommes demanda alors à rester seul en présence du maire et lui présenta un carnet sur lequel étaient inscrits les noms d’Henri Maufroy et Ambroise Jacquin travaillant chez M. Dewaele, tout en lui disant « voilà des communistes ». Il ordonna alors au maire de lui indiquer la propriété de M. Dewaele, ce qui fit ce dernier. Les hommes passèrent devant la ferme mais sans s’y arrêter.
Vers 21h15, les deux hommes en civil se présentèrent chez les époux Jacquin et demandèrent à parler à Ambroise Jacquin. Ils demandèrent à voir ses papiers d’identité puis fouillèrent les lieux. Ils forcèrent ensuite Ambroise Jacquin à les suivre. Madame Jacquin resta sans nouvelles de son époux jusqu’au 21 septembre 1944, date à laquelle son cadavre fut découvert à la lisière du bois de Chatenay-en-France. Selon les constations effectuées sur place, Ambroise Jacquin a été sévèrement torturé avant d’être exécuté.
L’enquête menée par les brigades de gendarmerie de Louvre et d’Ecouen, et par la section judiciaire de Deuil, permit l’identification de l’un des deux civils s’étant présentés à Fontenay le 26 août 1944 : Paul Audebeau. Arrêté dans une petite rue proche de la place Pigalle, il était détenteur de faux-papiers d’identité au nom de Marcel Legendre. Questionné sur son activité sous l’Occupation, il prétendit qu’il avait été enrôlé de force dans la LVF en 1941 suite à une condamnation par le tribunal militaire allemand d’Amiens et qu’il avait combattu sur le front russe avec le grade de sergent-chef. Ayant eu les pieds gelés, il fut rapatrié et soigné à Suresnes. En juillet 1942, il partit travailler en Allemagne dans une firme cinématographique de Berlin. Revenu en France en janvier 1943, il aurait été affecté au service du travail allemand du Quai d’Orsay à Paris où il se serait spécialisé dans la recherche de réfractaires. En août 1944, lors de la dissolution de l’organisme, il aurait été affecté au service automobile de la Feldkommandantur de Saint-Cloud avec laquelle il aurait fait la retraite de France. Parvenu en Allemagne, il aurait travaillé dans diverses usines puis se serait fait rapatrier, en mai 1945, en qualité de déporté au titre du STO sous le faux nom de Paul Henry. Il assura en revanche aux enquêteurs n’être jamais passé à Chatenay-en-France.
Présenté à la famille Jacquin et aux habitants des villages de Fontenay-en-Parisis et Chatenay-en-France, il fut formellement reconnu par de nombreux témoins comme étant l’homme ayant procédé à l’arrestation d’Ambroise Jacquin. Menacé par l’hostilité d’une population qu’il avait terrorisée lors de son passage avec les Allemands, il finit par avouer les faits qui lui étaient reprochés. Il donna également le nom de l’homme qui l’accompagnait à ce moment, Pierre Hardouin. Il déclara spontanément qu’Ambroise Jacquin avait été dénoncé à un commandant allemand par un fermier de Mareil-en-France dans la propriété duquel cantonnaient des troupes allemandes en retraite.
Pierre Hardouin fut interpellé à la prison de Fresnes où il purgeait déjà une peine d’un an d’emprisonnement prononcée par la cour de jsutice de la Seine pour intelligence avec l’ennemi. Lors de son interrogatoire, il reconnut avoir procéder à l’arrestation d’Ambroise Jacquin à la demande de Paul Audebeau. Jacquin fut alors conduit par les deux hommes à la feldgendarmerie puis quelques temps après emmené dans le bois de Chatenay où il fut exécuté (Hardouin affirme être resté dans la voiture pendant que Jacquin était emmené dans le bois).
Poursuivant leurs investigations, les enquêteurs réussirent à retracer le parcours sanguinaire de Paul Audebeau. responsable de plusieurs exécutions dans les villages traversés lors de sa retraite vers l’Allemagne comme celles d’Auguste Dewaele d’Orry-la-Ville et d’une jeune fille inconnue dans la forêt de Chantilly. L’enquête permis aussi d’établir qu’Audebeau était responsable de l’arrestation de plusieurs Juifs et d’un sujet britannique à Maisons-Laffitte. Il a lui-même procédé à l’interrogatoire de Simone Barbau arrêtée par les Allemands pour distribution de tracts gaullistes à Saint-Germain-en-Laye. Audebeau aurait également participé aux opérations allemandes contre le maquis de Dourdan en juin 1944 selon le témoignage d’Eliane Bluteau : « Le 19 juin 1944 à 19h45 environ, ma famille a reçu la visite de la Gestapo qui était venu pour procéder à l’arrestation de mon père. Ce dernier a pu se soustraire aux recherches des Allemands, par contre deux parachutistes canadiens que nous hébergions depuis 48 heures ont été emmenés. Je reconnais formellement dans les photographies que vous me présentez et que vous me dîtes être celles des nommés Audebeau Paul, Weisgerber Christian et Laurenceau Raoul comme étant certains des individus français accompagnant les Allemands lors de l’opération précitée. » (ADY, 219W130, cour de justice de Seine-et-Oise, affaire Friedmann).
L’arrestation et l’interrogatoire de Paul Audebeau ont permis aux enquêteurs de découvrir les identités de plusieurs auxiliaires français de la Gestapo dont celle de Roger Kiledjian qui avait participé à de nombreuses arrestations dans la Seine-et-Oise et notamment à deux opérations de grande envergure contre les maquis de Dourdan et d’Orgerus.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Yvelines, 1604W12 (service de recherche des crimes de guerre, "Meurtre de Jacquin Ambroise")

Fabrice Bourrée

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