De 1942 à 1944, les Allemands fusillèrent neuf personnes au stand de tir à Chizon de Sainte-Pezenne (Deux-Sèvres).

Localisation du lieu-dit Chizon de Sainte-Pezenne et de l’exécution du 19 août 1944.
A. Peloton
B. Fosses
Exhumation de trois des corps le 21 septembre 1944.
Archives privées Jean-Marie Pouplain
Honneurs militaires aux dépouilles de René Goguelat, Raymond Kopp et Charles Lainé.
Archives privées Jean-Marie Pouplain.
Sainte-Pezenne est une ancienne commune rattachée à Niort le 16 avril 1965 et constituant aujourd’hui le quartier nord de l’agglomération. Le lieu-dit Chizon de Sainte-Pezenne est une vallée sèche à laquelle on accède par un chemin qui s’ouvre sur la droite de la route départementale 743 en se dirigeant vers Parthenay. Au sud, une ferme domine la vallée. Les coordonnées GPS du lieu sont les suivantes : Latitude : 46.3557 | Longitude : -0.4375.
Le stand de tir fut "crée en 1942 dans une petite vallée légérement boisée. Cet endroit aménagé spécialement en vue des exécutions se compose : d’un stand de tir recouvert et d’une butte de tir au centre de laquelle a été placé un poteau. Plusieurs tonnes de terre ont été apportées en vue de constituer cette butte qui a 4 mètres de hauteur sur 10 mètres de longueur. La distance de tir entre le stand et la butte est de 25 mètres." (rapport du Commissaire principal des Renseignements généraux de Niort en date du 4 novembre 1945 ).
Les Allemands y fusillèrent neuf personnes, cinq après condamnation en 1942 et 1943 et quatre autres exécutées sommairement le 19 août 1944.


Les cinq premiers fusillés furent successivement :
-  Gendrot Henri, Raymond, né le 22 avril 1900 à Vire (Calvados), fusillé le 28 septembre 1942 ; mécanicien, brocanteur ; condamné pour détention d’armes.
-  Girault Louis, Victor, né le 1er juillet 1879 à Saint-Sauveur-de-Givre-en-Mai (Deux-Sèvres), fusillé le 12 décembre 1942 ; propriétaire cultivateur ; condamné pour détention d’armes ; reconnu résistant FTPF selon des attestations d’après-guerre.
-  Jean Léon, Auguste dit Jean-Jean, né le 29 janvier 1889 à Damvix (Vendée), fusillé le 20 mars 1943 ; journalier, pêcheur ; militant communiste ; résistant FTPF.
- Schutee-Schwarze Julien, fusillé le 7 avril 1943 ; soldat autrichien de la Wehrmacht ; condamné pour désertion.
-  Brun Lucien, né 15 mai 1908 à Paris (XVIIe arr.), fusillé le 16 avril 1943 ; ouvrier ; militant communiste d’Aubervilliers (Seine, Seine-Saint-Denis) ; cadre de la résistant communiste.


Quatre résistants de l’Armée secrète furent exécutés ensemble le 19 août 1944 à 21h30 et enterrés sur place :
-  Goguelat René, né le 20 février 1912 à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise, Val-de-Marne) ; employé de banque ; résistant.
-  Gratien Camille, Eugène, Joseph, né le 14 septembre 1904 à Châtellerault (Vienne) ; mécanicien ; résistant.
-  Lainé Charles, Auguste, Frédéric, né le 30 mai 1904 à Paris (XIIe arr.) ; commis principal des services financiers de l’Afrique occidentale française (AOF) ; résistant.
-  Kopp Raymond [Kopp Marie, Joseph, Raymond] [Pseudonymes : Aubry, puis Parouty], né le 20 juin 1914 à Hoff, (Moselle, alors en territoire allemand ; la commune de Hoff a été rattachée à celle de Sarrebourg en 1953) ; militaire de carrière ; résistant.


Pierre Naudin, présent sur les lieux en août 1944, a livré son témoignage en septembre 2015.
« En août 1944, la veille de l’exécution de trois résistants, « les Fridolins » (Allemands) se présentent à la ferme de Chizon. Les Allemands demandent aux occupants des lieux de ne pas sortir de leur maison, le lendemain entre 5 et 7 heures. Le lendemain matin les véhicules allemands arrivent dans la vallée de Chizon. Des soldats allemands font alors le guet devant la ferme. M. Simonnet, propriétaire en ce temps de la ferme de Chizon, est intrigué par tous ces mouvements. Il va essayer d’observer le déroulement des macabres opérations. M. Simonnet, pour ne pas être repéré par l’ennemi, se réfugie dans la partie haute d’un bâtiment. D’une petite fenêtre, il observe parfaitement les faits tragiques qui se déroulent. Trois malheureux individus équipés de pelles vont se livrer à une tâche ignoble. Ils doivent creuser leur propre sépulture en ce lieu de la vallée de Chizon. Ces trois résistants se nommaient : Raymond Kopp, René Goguelat, Charles Lainé. En cette fin d’été 1944, M. Pierre Naudin et deux autres militaires vont être missionnés pour récupérer les trois corps ensevelis. M. Simonnet qui avait pu observer ce qui s’était passé, désigne exactement l’endroit où doit se situer les cadavres. L’exhumation doit pouvoir d’identifier les malheureuses victimes. Un seul des cadavres, marié, possédait une alliance il s’agissait de M. René Goguelat. Cette alliance était gravée aux initiales des époux Goguelat et la date de leur mariage. »

Les dépouilles de Kopp, Goguelat et Lainé, exhumées le 21 septembre 1944, furent transférées au cimetière de Lussais-Chef-Boutonne (Deux-Sèvres). Celle de Gratien, qui semble avoir été découverte postérieurement, fut inhumée à Leignet-sur-Usseau dans la Vienne.


Jusqu’à présent (avril 2016), ce lieu d’exécution reste un « trou de mémoire » dans le Niortais. Aucune stèle ne commémore le souvenir de ces victimes de la répression allemande à l’endroit où ils tombèrent sous les balles des pelotons de la Wehrmacht. Seul Gendrot était niortais. Et lorsque dans les années 1990 il fut question d’ériger un monument, il semble que le projet fut abandonné au prétexte qu’au même endroit furent exécutés deux collaborateurs condamnés à mort pour trahison par la Cour de justice des Deux-Sèvres. Il s’agit de Raoul Alfred Cunaud fusillé le 28 février 1945 et de Julien Furst exécuté le 14 mars 1945.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Deux-Sèvres, 158W221 et 158W224. — Arch. Privées Jean-Marie Pouplain. — Michel Chaumet et Jean-Marie Pouplain, La Résistance en Deux-Sèvres, 1940-1944, La Crèche, Geste Éd., 1993. — wiki-Niort.

Dominique Tantin

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