Le 9 juin 1944, un bataillon du régiment Der Führer de la division SS Das Reich, se dirigeant vers Guéret (Creuse) exécuta 33 maquisards en plusieurs lieux à proximité du lieu-dit le Poteau de Combeauvert, sur les communes de Janaillat et de Thauron (Creuse).

Le 7 juin 1944, Albert Fossey, alias François, dirigea la première libération de Guéret à la tête des maquis de la Creuse. Guéret fut ainsi la première préfecture métropolitaine libérée de France. Pour les autorités de Vichy et l’Etat-major allemand, la situation ne pouvait être acceptée, et l’Etat-Major allemand prépara une offensive ayant pour but de rétablir la liaison stratégique Montluçon – Limoges, d’éliminer les forces de la résistance et en particulier d’anéantir les troupes de l’école de la Garde de Guéret passées à la Résistance. Le 8 juin une compagnie allemande venue de Montluçon en reconnaissance fut repoussée. Le 9 juin, une opération allemande massive fut organisée, avec l’assaut en provenance de Montluçon de troupes de la Wehrmacht appuyées par l’aviation. Au sud et à l’est des éléments blindés et motorisés de la division Das Reich furent chargées de contrôler les routes et d’empêcher le repli des résistants. En effet la prise de Guéret avait amené le commandement allemand à modifier l’ordre de marche de la division qui remontait vers la Normandie en suivant la nationale 20. Le 8 dans la journée, le 3ème bataillon du régiment Der Führer reçut l’ordre de se diriger vers Saint Léonard de Noblat (Haute-Vienne), où il parvint le 8 au soir, pour le lendemain se diriger vers Guéret afin de boucler la ville par le sud. Le 9 juin au matin, le bataillon reprit sa progression vers Guéret, arrêté par plusieurs escarmouches à Sauviat-sur-Vige, la Gasne du Clos (commune de Montboucher) et Bourganeuf (où toute une partie de la population masculine fut prise en otage). Les retards ainsi accumulés des unités de la division Das Reich permirent à la majorité des groupes de résistants et des éléments de la Garde entrés dans la résistance d’échapper à la prise en tenaille.
Cependant, en tout début d’après-midi, sur la route de Guéret, au lieu-dit Combeauvert (commune de Janaillat), les troupes SS se trouvèrent face à plusieurs convois de résistants. Le déroulement précis des faits est encore l’objet de débats entre les historiens. Les travaux les plus récents (René Castille op. cit.), sans faire l’objet de consensus, mais après utilisation des archives allemandes, montreraient l’affrontement successif des SS avec deux convois.
D’une part plusieurs camions, dont le premier conduit par deux FFI du Cher (les maquis du Cher repliés de Saint-Amand-Montrond sur Guéret le 8, suivaient ainsi le repli des résistants creusois vers le sud, leur point de repli se situant à Bosmoreau-les-Mines) transportait les militaires allemands faits prisonniers le 7 juin à Guéret. Il était suivi d’un véhicule armé transportant majoritairement des FTP en repli (mais aussi quelques résistants d’autres groupes). Après un bref mais violent combat qui dura une vingtaine de minutes et qui fit plusieurs morts, les blessés et prisonniers furent rassemblés au carrefour contre un talus et exécutés sommairement. Trois prisonniers allemands dont une auxiliaire féminine furent tués dans l’affrontement, les autres prisonniers dont le chef de la garnison de Guéret furent libérés par les SS.
D’autre part et peut-être un peu plus tard, (aidé par des reconnaissances aériennes, le bataillon de la Das Reich se serait alors établi en embuscade au carrefour de Combeauvert) un deuxième convoi transportant des résistants d’Aubusson et de Vallières fut intercepté arrivant de Pontarion alors qu’il se dirigeait vers Bellesauves (commune de Janaillat) pour rejoindre le maquis de l’AS qui y avait établi son poste de commandement. Peu armés et pris par surprise, ils ne purent se défendre, plusieurs d’entre eux furent tués dans l’embuscade, les autres, faits prisonniers, furent fusillés sommairement quelques centaines de mètres plus loin (trois fusillés blessés purent s’enfuir et être secourus, profitant du départ immédiat des Allemands).
Le bataillon SS reprit ensuite sa marche vers Guéret, dont la plus grande partie revint le soir même par le même itinéraire, pour cantonner à nouveau à Saint Léonard de Noblat (le massacre d’Oradour-sur-Glane se produisit le lendemain).
Les corps de 31 maquisards furent relevés sur les lieux autour du carrefour de Combeauvert. Transportés à l’hôpital de Bourganeuf, seuls 29 furent ensuite précisément identifiés. Il conviendrait d’y ajouter les deux résistants fusillés un peu plus loin sur la commune de Thauron au lieu-dit Sagneforêt, ce qui établit le total des victimes à 33.
Liste des victimes :
BERTRAND Marcel, BITAUD Louis, BONNET Louis, BOURDON Georges, CECCAROLI Alexandre, CHAMPION Roger, CLEMENT Marcel, DECOUDU Jacques, ENGEL François, FAUCHER Georges, FOURGEAUD Jean, GIBEZ Guy, LAGARDE Raymond, LANDON Maurice, MANGEL André, MAREIX Julien, MEAUME Auguste, MELON Louis, MEUNIER André, MOINET Adrien, MOREL Henri, PASTOR Paul, PEYLE Marcel, POULAIN Henri, RAPOPORT Maxime, RICHARD Roger, RIDOUX Henri, ROLLAND Louis, SCHIMBERG Marcel, SUZZONI Ange, TOURTAY Jules, X, X.
Dès le 31 décembre 1944, le comité de Libération de Janaillat sous l’impulsion du maire de Janaillat Prosper Coucaud, décida d’élever un monument à la mémoire des fusillés, au carrefour de Combeauvert, sur les lieux du principal massacre. Ce grand monument orné d’une sculpture de Paul Putois fut inauguré en 1947. Il comporte à sa base un ossuaire où furent déposés dès le 9 juin 1946, les corps des deux maquisards non identifiés ainsi que ceux de trois résistants morts carbonisés dans une grange à Cosnat (commune de Vidaillat) le 17 juillet 1944 lors d’une attaque de la brigade Jesser et dont les corps ne purent également être identifiés. La liste des morts comprend tous les résistants victimes de la seconde guerre mondiale du canton de Pontarion. Des cérémonies commémoratives ont toujours lieu sur ce site mémoriel.
Sources

SOURCES : René Castille Préparation et réalisation de la première libération de Guéret in La Creuse pendant la seconde guerre mondiale Ed. Le Puy Fraud 2012 — Marc Parrotin Le temps du Maquis, Histoire de la Résistance en Creuse Ed. Verso 1984 et Mémorial de la Résistance creusoise Ed. Verso 2000 — Raymond Dubreuil, Récit à partir de témoignagesJournal Le Populaire.

Michel Thébault

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