Le lieutenant FFI Pierre Maujean, chef de la zone B3, a reconstitué les faits dans un rapport daté du 17 septembre 1944 [2] adressé à sa hiérarchie. « Le 30 août, à 11 heures, 1 de mes hommes me signale que quelques Allemands désarmés se trouvent dans un ferme isolée [sans indication géographique]. Nous décidons de capturer ces derniers. Je pars avec mon groupe. En passant sur la place de Tavaux, 3 Allemands qui fuyaient sortent d’un café. Ces derniers, en nous apercevant, ouvrent le feu sur nous. J’ai blessé grièvement un de ces derniers sur la place même. Cet Allemand S.S. âgé de 19 ans, a tiré sur moi malgré ses blessures jusqu’à la dernière cartouche de son fusil. Les 2 autres, fuyant sur la route du Montcornet sont poursuivis par mes hommes. Au moment où l’un de mes hommes allait capturer un fuyard, une voiture allemande amphibie occupée par 2 officiers S.S, survint. Ces 2 officiers firent feu sur ce patriote, sans le blesser. CE dernier, Arthur Clémensart, d’une rafale de mitraillette, tua un occupant et blessa le second qui mourut dans les champs et fut retrouvé par les Allemands ainsi que le corps du 1er. J’ai trouvé sur cet Allemand la liste complète des hommes qui attaquèrent Tavaux. J’ai donné cette liste au Chef d’escadron H. Redel […].
Pendant ce temps, j’aidais l’Allemand que j’avais blessé sur la place à regagner par des chemins détournés mon domicile pour le panser Un camion, chargé d’essence, e occupé par 3 Allemands, survint au moment précis où je traversais la route en compagnie du blessé. Celui-ci, apercevant des compatriotes, leur fit des signes d’appel pour attirer leur attention. Les 3 Allemands descendirent du camion et ouvrirent imméditement le feu sur moi. Je ripostai et ceux-ci prirent la fuite. En se sauvant, ils aperçurent un de mes hommes. Henri Mourain fut blessé […].
Le camion d’essence du emmené par un de mes hommes et vidé de son contenu. CE camion fut enlevé par les Allemands, l’après-midi, malgré que nous en ayons osusrtait quelques pièces.
Le blessé que j’avais emmené est décédé dans une prairie derrière mon habitation, et enterré à Tavaux, ainsi que deux autres Allemands que nous avions tué le matin. Je suis rentré avec mes homes dans la forêt voisine. L’après-midi, 3 chars-tigres, 2 automitrailleuses et 1 camion de troupes vinrent incendier 84 maisons et tuèrent 20 personnes. […] Le soir, à 11 heures, malgré la présence des troupes américaines à quelques kilomètres ils revinrent incendier quelques maisons. Le lendemain, ayant demandé de l’aide à mon chef de centre de Saint-Erme, Monsieur Nicolas, ainsi qu’à Monsieur Delauzanne, chef de la zone B2, ceux-ci vinrent accompagnés de 120 à 150 hommes. Nous nettoyâmes [?] sur les chars au fusil-mitrailleur, n’ayant en tout pour tout qu’un seul fusil-mitrailleur. Les Américains daignèrent enfin pénétrer dans Tavaux. Un prisonnier fut fait et livré aux Américains. Je présume que nous avons tué ou blessé des Allemands dans des voitures automobiles qui passaient au dernier moment.
J’ai commencé l’attaque des éléments allemands quand les troupes américaines se trouvaient à quelques kilomètres de chez moi, d’après la circulaire n° 10 du 20-8-44. Je possède la preuve écrite que les troupes américaines se trouvaient près de Tavaux quand j’ai déclenché l’attaque.
En résumé, nous avons tué 5 Allemands, fait 1 prisonnier, tous S.S. de la division Adolf Hitler, détruit 1 voiture amphibie, capturé 1 camion d’essence et vidé el contenu de ce dernier. […]
Les autres Allemands tués le jour de l’attaque et précédemment ont été tués par moi ».

Le capitaine Samin, ancien médecin-chef de l’hôpital complémentaire de Sissonne, qui assura la direction du service de santé des FFI de Saint-Erme et environs, a laissé un rapport de ce qu’il découvrit à Tavaux. « Le 31 août vers midi l’équipe de brancardiers de Saint-Erme était alertée et se rendait à Tavaux où des évènements d’une sauvagerie incroyable s’étaient déroulés la veille.
Il était 13 heures 30. Les maisons achevaient de brûler. Les Groupes F.F.I. traquaient les derniers Alleamnds qui ne s’étaient pas encore rendus. Les coups de Feu claquaient. Les habitants avaient fui dans les bois ou bien étaient réfugiés dans les abris aménagés dans leurs jardins.
La recherche et l’identification des victimes commençaient aussitôt. En voici la liste dans l’ordre où nous les avons relevées [voir à chaque nom ci-dessous].
Il est indispensable de préciser que cette tuerie épouvantable a été accompagnée de vols d’argent, de bijoux, et de toutes choses précieuses qu’ils pouvaient trouver. […]
Comme la nuit approchait, nous fimes sortir de leurs abris tous ces pauvres gens dont le visage réflétait encore la terreur et l’épouvante. Monsieur l’Abbé Avot, curé de Bucy-lès-Pierrepont, délégué du Secours national s’était occupé de leur faire préparer un repas. Ils n’avaient pas mangés depuis 30 heures. Pour la plupart, ils ne possédaient plus rien. Presque tout est volé ou brûlé.
Nous avons donné nos soins à deux blessés : Monsieur Van Hyst Louis, 70 ans, balles en séton, nuque et des dos. Monsieur Boulet, balle dans l’épaule droite. […] ».
Au total, vingt habitants furent massacrés en représailles et quatre-vingt-six maisons furent incendiées par des détachements de deux divisions SS, HitlerJugend et Adolf-Hitler. D’autres exactions furent commises dans d’autres villages plus au nord, notamment à Plomion et Étreux.

Un monument fut érigé en hommage aux victimes civiles et aux déportés. La commune reçut la médaille de la Résistance le 31 mars 1947.
  1. BEDOU Jeanne ;
  2. BEDOU Pierre ;
  3. CAILLOT Claire ;
  4. CARLIER Marie ;
  5. CHALMET Marcel ;
  6. CLÉMENSART Théophile ;
  7. COQUELET Azémia ;
  8. DEBOIS Alfred ;
  9. DEBRUN Zémire ;
  10. HURSON Jocelyne ;
  11. HURSON Roland ;
  12. LALIN Mathilde ;
  13. LALIN Noël ;
  14. LAMORY Clotaire ;
  15. LAMORY Frantz ;
  16. LEFÈVRE Angèle ;
  17. LEMOINE Félicien ;
  18. MAUJEAN Odette ;
  19. MENNESSON Georgette ;
  20. MILCZAREK Josepha ;
  21. MOURAIN Henri ;
  22. OUDELET Ernest ;
  23. PERBAL André ;
  24. RASSET Albert ;
  25. VIÉ Simone.

Clotaire et Frantz Lamory, Félicien Lemoine, André Perbal moururent en déportation.
En marge de ces faits, Gabriel Vasseur résistant FFI fut abattu à proximité de Tavaux, à L’Espérance.
Une stèle commémorative a été dressée à proximité de l’ancienne église de Pontséricourt.
Sources

SOURCES. Musée de la Résistance et de la déportation de Tergnier. — Site Internet : Mémorial GenWeb. — A. Nice, Tavaux. 30-31 août 1944, 2002.

Frédéric Stévenot

[1La transcription est fidèle à l’état des deux rapports utilisés.

[2La transcription est fidèle à l’état des deux rapports utilisés.

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