Le 27 juillet 1944, des unités de la brigade Jesser chargée de la répression des maquis limousins tentèrent d’encercler et d’anéantir sur la commune de Chard (Creuse) des maquis de l’Armée Secrète (bataillon du commandant Jack). Le combat et les exécutions de blessés et de prisonniers qui s’en suivirent firent au total 23 victimes.

Après le 6 juin 1944, se produisit une première libération de Guéret et d’Aubusson. La reprise de ces villes et une première campagne contre les forces de la Résistance par les forces allemandes soutenues par des éléments de la division Das Reich se déroula entre le 9 et le 12 juin 1944. Ensuite la présence et l’action des troupes allemandes se fit pendant près d’un mois moins intense. Les maquis renforcés après le débarquement par de nombreux volontaires se développèrent rapidement. Dans le secteur sud est de la Creuse, se constitua un vaste maquis dispersé en plusieurs unités, sous le contrôle de l’Armée Secrète et dont le commandement fut confié à Jack Brodhurst alias commandant Jack (auparavant commandant d’un maquis de l’AS en Haute-Corrèze).
A la mi-juillet, des éléments de la brigade Jesser, une formation militaire allemande, composée d’éléments disparates de la Wehrmacht, des SS et de divers services de police, entra en Creuse en provenance des départements voisins du sud et de l’est pour organiser la répression contre les forces de la Résistance. L’une des colonnes (colonne rapide du commandant Coqui, régiment de sécurité motorisé n°1000) entra dans le département le 14 juillet en venant de Murat (Cantal) et se dirigea vers le secteur d’Aubusson. Le 15 juillet lors d’une opération au nord d’Aubusson, les troupes allemandes incendièrent les villages d’Alleyrat et de La Rochette. Les jours suivants une série d’attaques contre les maquis d’Alleyrat et de Blessac contraignit les unités désorganisées à se replier et à se regrouper avec d’autres unités du bataillon Jack dans plusieurs hameaux de la commune de Chard (près de la limite du Puy-de-Dôme) autour du poste de commandement du commandant Jack. L’action des services de renseignements allemands aidés de reconnaissances aériennes permit à l’Etat-major allemand de localiser précisément les maquis et de préparer une opération d’encerclement et d’anéantissement.
A l’aube du 27 juillet commença la manœuvre d’encerclement par plusieurs colonnes allemandes. Le commandant Jack reçut de nombreux avertissements venant d’habitants des communes voisines. Il ne sut pas prendre en temps utile la mesure de la menace et ne donna pas l’ordre de repli et de dispersion pourtant prescrit par le chef départemental des FFI de la Creuse, Albert Fossey, en cas d’attaque par une force supérieure en hommes et en armes. Un seul groupe sous les ordres du capitaine Gineste, commissaire de police à Aubusson, prit à temps de sa propre initiative la décision d’un repli qui lui permit d’échapper à l’encerclement. L’attaque allemande se produisit en début d’après-midi sur trois côtés à la fois. Tandis que les résistants tentaient de s’enfuir aidés par les habitants du lieu par le massif forestier proche, quelques combats de retardement eurent lieu, faisant plusieurs morts et blessés chez les maquisards. Le ratissage des forces allemandes leur permit la capture de plus d’une vingtaine de résistants. Regroupés, ils furent transportés en camion dans deux lieux différents et fusillés sommairement, 11 sur le sentier de la Goursole et 5 au hameau de Trebeix. Un prisonnier blessé fut également fusillé après avoir été interrogé et torturé. Huit prisonniers furent épargnés sur le moment et furent ensuite déportés (quatre n’en revinrent pas).
Dans son départ précipité, le commandant Jack ne prit pas le temps de détruire ou d’emporter les archives de son poste de commandement. Leur exploitation par les services de sécurité allemands leur permit les jours suivants d’arrêter des résistants de tout le secteur d’Aubusson (ainsi Gilberte Petit secrétaire au commissariat de police d’Aubusson et les six gendarmes de la brigade de Bellegarde-en-Marche, qui tous furent déportés en Allemagne ; trois gendarmes n’en revinrent pas).
Les victimes :
- un premier groupe comprend les morts au combat ou des suites immédiates du combat (par blessure) : BENNE Ulysse, CHRISTEN Lucien, DELOS Jean, morts au combat ; BOURGERON Pierre, blessé, décédé le 31 juillet, SCHMITT Pierre, blessé, décédé le 12 août ; et une victime civile tuée en tentant de fuir le combat : BESSE Victor.
- un second groupe comprend les fusillés sommaires : COUSIGNE André blessé au combat, fait prisonnier, exécuté sommairement après avoir été interrogé et torturé ; BARLAUD Pierre, BRANDT Jacques, DUBAYLE Jean-François, EVANGELISTI Georges, FERRAND Jean-Baptiste, LE GUILLERMIC Jean, MOLES Maurice, PARIS André, PENACHE René, VIARTIEX Raymond, VOZELLE Paul exécutés sur le chemin de la Goursole ; APERCE André, DEBARBAT Maurice, HUSSER Edgar, POIGNAULT Lucien et VAN HAEZEVELDE René exécutés à Trebeix.
Après la guerre, plusieurs croix et stèles furent dressées sur les différents lieux des exécutions et un monument de granit installé à Roussines (commune de Chard) fut inauguré le 27 juillet 1947. Chaque année, une cérémonie mémorielle est organisée devant ce monument.
Sources

SOURCES : Marc Parrotin Le temps du Maquis, Histoire de la Résistance en Creuse Ed. Verso 1984 et Mémorial de la Résistance creusoise Ed. Verso 2000 — Bernard Chevalier Un épisode de la Résistance creusoise in C’était le maquis qui libéra le pays Ed. La Veytizou NPL 2007 — Articles de presse La Montagne et Le Populaire — Mémorial Genweb (commune de Chard).

Michel Thébault

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