De mars 1942 à juillet 1944, les Allemands fusillèrent 128 condamnés et otages sur la butte de Biard, non loin de Poitiers (Vienne).

Hommage aux fusillés de Biard (Vienne)
1er novembre 1944. Premier hommage officiel aux 128 fusillés de Biard.
Hommage à trois fusillés natifs de Thouars (Deux-Sèvres)
En décembre 1944, les corps de trois fusillés de Biard furent transférés dans leur commune d’origine. La population rassemblée leur rendit hommage devant le théâtre.
Le monument à la mémoire des fusillés de Biard (Vienne)
Le monument inauguré en 1949 dans un espace aménagé en 2012.
La butte de Biard, champ de manœuvres militaires devenu lieu d’exécution
La défaite en juin 1940 provoqua l’occupation des deux tiers de la France par l’Allemagne nazie. L’État français succédait à la IIIe République. Le maréchal Pétain, doté des pleins pouvoirs le 10 juillet 1940, incarnait ce régime autoritaire, corporatiste, antisémite et anticommuniste dont les pouvoirs se limitaient à la zone non occupée et qui collabora avec l’Allemagne nazie. La démocratie fut réduite au silence.
La répression, brutalement, s’abattit sur les « ennemis désignés » pour imposer le nouvel ordre établi : les élus républicains, les partis politiques et les syndicats (en premier lieu les militants communistes), les francs-maçons, les juifs, et tous ceux qui refusaient la défaite et poursuivaient la lutte contre l’Allemagne nazie et l’État français.
Jusqu’à la Libération de la France, 3 100 condamnés à mort par un tribunal militaire allemand et 814 otages furent passés par les armes en représailles aux attentats contre les troupes allemandes. Ce régime de terreur débuta dès l’été 1940. À Paris comme en province, clairières ou sites militaires de l’armée française furent requis par les autorités occupantes. Les principaux lieux d’exécution étaient le Mont Valérien, Balard à Paris, Souge près de Bordeaux, Rouen, Dijon, Angers et Biard près de Poitiers.
Depuis la fin du XIXe siècle, le terrain militaire de l’armée française situé sur la commune de Biard était dédié aux manœuvres des soldats. Ce monticule de terre couvert de genêts, excentré de toute habitation, accessible par une seule route étroite, isolé des regards des riverains ou des promeneurs, changea tragiquement de fonction en 1942. 128 hommes, dont 9 otages, majoritairement militants du Parti communiste clandestin engagés dans la résistance communiste, furent passés par les armes des pelotons d’exécution allemands du 7 mars 1942 au 4 juillet 1944.
Si le site de la butte de Biard fut le principal lieu de répression par fusillades après condamnation à mort par un tribunal militaire allemand en région Poitou-Charentes, des condamnés furent exécutés en d’autres lieux : dans la clairière du Chizon (Deux-Sèvres), à Chef-de-Baie près de La Rochelle (Charente-Maritime), au stand de tir des Trois-Chênes à Angoulême ou dans la forêt de la Braconne (Charente).


La mémoire des fusillés à Biard
À la Libération, les hommages, clandestins pendant l’Occupation, prirent un caractère officiel. Sur le site des exécutions, principal lieu de répression en Poitou-Charentes de mars 1942 à juillet 1944, un premier hommage fut rendu le 1er novembre 1944. Les autorités politique, civile, militaire et la population commémorèrent les victimes de la répression originaires de leur commune. À Thouars, une chapelle ardente fut dressée pour que reposent les trois corps rapatriés avant leur inhumation dans le cimetière communal au terme de la cérémonie qui leur fut dédiée.
Le monument des fusillés, portant une dalle de bronze avec inscription de l’identité des 128 fusillés, fut inauguré par les autorités politique, religieuse, civile, les associations des résistants déportés et des anciens combattants et la population le 8 mai 1949. Le 24 juillet 1948, sur le site, le général de Gaulle leur rendit un hommage solennel.
Depuis, une commémoration est organisée chaque année au cours de la journée nationale du souvenir des victimes de la déportation, le dernier dimanche d’avril.
L’aménagement ferroviaire du territoire, avec le passage de la ligne à grande vitesse, a mobilisé un collectif d’associations pour que ce lieu reste un espace de recueillement à la mémoire des victimes de la répression. En 2012, le monument fut déplacé de quelques mètres et intégré dans un aménagement paysager.
Sources

SOURCES : Archives dép. Vienne. — Archives du CRRL (Thouars).

Virginie Daudin

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