Le 3 juillet 1944, les Allemands fusillèrent sept maquisards FFI à La Couarde, commune de Verrières (Vienne). Un lieutenant anglais fut achevé sur place. Trois prisonniers britanniques furent emmenés et leurs corps ne furent jamais retrouvés. Trente SAS et un pilote américain prisonniers furent abattus dans le bois de Guron, en forêt de Saint-Sauvant (Vienne). A la Libération, ils furent inhumés dans le cimetière de Rom (Deux-Sèvres).

Obsèques des SAS britanniques et du pilote américain, forêt de Saint-Sauvant ou cimetière de Rom, décembre 1944.
Sources : archives privées Jean-Marie Pouplain.
Les unités d’élites du Special Air Service (SAS) furent créées par le capitaine écossais David Stirling en 1941 afin d’attaquer les arrières de l’ennemi, seules ou en soutien de la guérilla organisée par la Résistance. « Au début 1944, les S.A.S. se composent de deux régiments britanniques, les 1er et 2ème régiments S.A.S., de deux bataillons français, les 3ème et 4ème bataillons d’Infanterie de l’air qui deviendront les 2ème et 3ème Régiments de chasseurs parachutistes et d’une compagnie belge. » (Source : Vrid). Ces unités parachutistes apportèrent une aide précieuse aux maquisards lors des opérations de harcèlement qui accompagnèrent le débarquement en Normandie et la retraite des troupes allemandes.
« En juin 1944, le capitaine Tonkin du 1er régiment S.A.S. britannique fut chargé de l’opération « Bulbasket » qui avait pour mission de :
- retarder par tous les moyens l’envoi d’unités allemandes vers la Normandie
- localiser et détruire les dépôts d’essence et de munitions de l’ennemi
L’opération confiée au capitaine Tonkin s’étendait sur une vaste région comprise entre les voies ferrées Limoges-Vierzon et Bordeaux-Tours. » (Vrid)
Tonkin fut parachuté dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, accompagné du lieutenant Crisp et de deux radios, à 5 km au nord-ouest de Saint-Gaultier à proximité de Le Blanc et d’Argenton-sur-Creuse dans l’Indre. Au cours des semaines suivantes, SAS et FFI multiplièrent les attaques des convois allemands et des voies de communications. Le 25 juin, le commando Tonkin prit position dans la forêt de Verrières.
Le 27 dans la soirée, le sergent Ecclet et le caporal Bateman partirent à bord d’une jeep en mission d’observation au tunnel de Saint-Benoît. Faits prisonniers le 29, ils furent interrogés par la Sipo-SD de Poitiers et ils ne parlèrent que le 3e jour, pensant que leur unité avait eu le temps de changer de cantonnement, ce qui n’était pas le cas.
Le 3 juillet, les Allemands du 80e corps d’armée de la Wehrmacht, accompagnés du S.D. et de la Milice de Vichy, soit environ 800 hommes, encerclèrent la forêt de Verrières vers 5 heures du matin. Le combat s’engagea vers 7 heures. Tonkin, face à des forces très supérieures, ordonna la dispersion. Il parvint à échapper aux Allemands. Mais ces derniers firent de nombreux prisonniers.
Au terme de l’opération, les Allemands fusillèrent sept maquisards du groupe FFI Amilcar à la Couarde (Verrières) et achevèrent à coups de crosse un lieutenant anglais blessé sous les yeux des habitants rassemblés sur la place de Verrières et obligés d’assister à la scène. Ils firent prisonniers trente et un parachutistes S.A.S. anglais ainsi qu’un pilote américain qui les avait rejoints le 1er juillet. Trois SAS blessés furent admis à l’Hôtel-Dieu, peut-être transférés à Tours. Leurs corps ne furent jamais retrouvés.
Les trente et un parachutistes et le pilote américain furent emmenés à la prison de Poitiers puis au château de Curzay-sur-Vonne. Ils furent livrés à la Sipo-SD de Poitiers placée sous le commandement d’Herold, SS Sturmbannführer (commandant), Kommandeur der Sicherheitspolizei und des SD afin d’appliquer l’ « ordre commando » d’Hitler, ordre secret n° 003830/42 du 18 octobre 1942, par lequel il ordonnait « qu’à l’avenir, tout ennemi livré aux troupes allemandes, provenant des soi-disant raids de commandos en Europe ou en Afrique, même s’il s’agit apparemment de soldats en uniforme ou de saboteurs avec ou sans armes, au combat ou en fuite, soit abattu jusqu’au dernier homme. Il est entendu qu’il en est de même pour ceux amenés par bateaux, par avions ou parachutés pour entrer en action. Même si ces sujets lors de leur découverte semblaient s’apprêter à se rendre, tout pardon est à refuser, pour ne pas déroger à ces principes. » Il semblerait, selon le site du Vrid, qu’Herold refusa, ce qui ne laisse pas de surprendre de la part d’un gradé de la SS. La décision aurait été prise par le général commandant du 80e corps, le général Gallenkampf, lequel ordonna à son chef d’état-major, le colonel Kostlin de faire fusiller les prisonniers.
« Deux jours plus tard, à l’aube, le lieutenant Crisp, vingt-neuf de ses hommes et le pilote américain furent emmenés en camion de Poitiers au lieu d’exécution : le « bois de Guron » dans la forêt de Saint-Sauvant. Là, le représentant du corps, le capitaine Schoning, déclara au lieutenant Crisp que lui et ses hommes allaient être fusillés sur ordre de Hitler. Schoning ajouta qu’il avait honte de porter l’uniforme allemand. Il resta jusqu’à la fin de l’exécution, ramena les bracelets d’identification des prisonniers et fit un rapport à la Croix Rouge selon lequel ils avaient été tués au combat. L’endroit où ils avaient été enterrés ne fut découvert qu’au mois de décembre 1944 par des chasseurs, sur le territoire de la commune de Rom (Deux-Sèvres). Les auteurs de ce crime n’échappèrent pas au châtiment et passèrent devant un tribunal militaire britannique à Wuppertal en mars 1947. Gallenkampf est condamné à l’emprisonnement à vie, Schoning à cinq ans de prison. » (Vrid).
Les quarante-deux victimes sont les suivantes :
-  à la Couarde (Verrières) :
sept maquisards
BONNEAU Pierre
CHOISY Robert Abel dit Albert
DESVIGNES Jean
LECELLIER Pierre
QUINTARD André
SALMONI Maurice
SOLA Albert
le lieutenant anglais STEPHENS (SAS).
Un monument sur lequel sont gravés leurs noms a été érigé à leur mémoire avec l’inscription suivante : "A ceux qui sont tombés ici pour la liberté le 3 juillet 1944" –
-  Les trois SAS disparus :
OGG Joseph,
WILLIAMS John Reginald B.
PASCOE Pascoe Henry James.
Une plaque commémorative avec leurs noms gravés a été apposée dans la cimetière de Rom.
-  Les fusillés du bois de Guron inhumés à Rom (Deux-Sèvres), dans le carré militaire du Commonwealth :
Trente parachutistes britanniques du SAS (Special Air Service Régiment, Army Air Corps) :
ADAMSON Edward Young, 22 ans
ALLAN William Watt, MM, caporal, Royal Army Medical Corps, 20 ans
ASHLEY Alan George, 24 ans
ASPIN James, 21 ans
BAKER James Henry Malcom, 22 ans
BATEMAN Kenneth, caporal, 24 ans
BROTHY Michael Joseph, 22 ans
BUDDEN Gordon Hubert Franck, 21 ans
CHICK Reginald, caporal, 23 ans
COGGER George Olivier, 24 ans
CRISP Richard, lieutenant, 20 ans
EADES Leslie Ronald, 22 ans
ECCLES Douglas, sergent, 24 ans
GOVAN James Chisholm Wilson, MM, caporal, 30 ans
GRAY David, 35 ans
GUARD Ronald, 24 ans
HEAVENS Robert Eric, sergent, 31 ans
HILL Harry, 29 ans
JESSIMAN John Russell, 23 ans
KINNIVAN John, caporal, 26 ans
LIVINGSTONE Donald Macphail, 29 ans
LONG Lesli Charles
McLEOLD Alexander, 26 ans
MULLEN Henry, 29 ans
PHILIPS Donald, 23 ans
RICHARDSON William Ernest Lidell, 26 ans
RYLAND Sydney Jack, 29 ans
SIMMONS Eric George, 26 ans
SPONNER Anthony George, 20 ans
WHITE Victor Owen, 26 ans
Et un pilote américain de l’US Air Force,
BUNDY Lincoln Delmar, lieutenant, 26 ans
Une stèle portant leurs noms a été érigée en forêt de Saint-Sauvant, là où furent découvertes les trois fosses communes qu’ils avaient creusées avant d’être abattus.
Sources

Dominique Tantin

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