Après des combats entre maquisards et une colonne de la Wehrmacht, les Allemands, accompagnés de miliciens, mirent le bourg à feu et à sang dans l’après-midi du 4 août 1944 : incendies, pillages, exécution de vingt-deux civils dont cinq arrêtés à Charroux (Vienne) ; vingt résistants furent tués dans les combats ou exécutés sommairement.

Mémorial du massacre du Vigeant
Source : Mémorial GenWeb
Plaque à la mémoire des victimes du massacre du Vigeant
Source : Mémorial GenWeb
Monument aux FFI tués à la sortie du Vigeant
Source : Mémorial GenWeb
En ce début d’août 1944, après que les Alliés eurent percé en Normandie, la perspective de la Libération se précisa dans l’ouest de la France. Les maquis virent leurs effectifs croître rapidement. À proximité du Vigeant, un groupe s’installa à "La Mathurine", une ferme inhabitée.
Harcelés, les Allemands multipliaient les opérations de représailles sur tout le territoire. Le bourg du Vigeant fut la cible des SS la section rapide n° 608 rattachée au 80e corps d’armée de la Wehrmacht, renforcée par des Feldgendarmes et des miliciens.
Cette colonne, de passage à Charroux (Vienne) le 3 août, y prit cinq otages. Attaquée à Pleuville (Charente) le même jour par les FFI, elle fut à nouveau aux prises avec la Résistance – les hommes du maquis Kleber E de Kléber Guenault et Camille Jamet (instituteur à Payroux), de l’Armée Secrète, les maquis " Adolphe " et " Joël " selon une autre source - à trois kms au sud du Vigeant, au bois de Larreau le 4 août vers 11h. Traversant le Vigeant, les Allemands interceptèrent deux sections du maquis envoyées en renfort et tuèrent six FFI : Louis Quérault de la première section et cinq de la deuxième section, Joseph Guinet, Jean Dagan, Joseph Alix, Raymond Dulche et François Heintz. De plus, deux éclaireurs envoyés par le maquis Adolphe, Marcel Desban et René Jean-Paul Augry furent arrêtés et exécutés plus loin.
Les Allemands et les miliciens perquisitionnèrent les maisons à la recherche de résistants blessé ou cachés, pillant une soixantaine de maisons et en incendiant 23. Jean Olivier, FFI blessé, découvert chez Mme Perrot, fut conduit pour être fusillé avec les otages. Les habitants furent victimes de multiples exactions. C’est ainsi que la petite Siesel, âgée de 15 ans et son père, cachés dans un champ de topinambours, furent découverts par les Allemands. Le père fut pris en otage tandis que sa fille était violée par deux hommes avant d’être touchée par trois balles tirées à bout portant. Grièvement blessée, elle survécut à ses blessures. Un témoin raconte : « Une femme de 70 ans, Mme Bessard se précipite hors de sa cachette et court à son domicile. Comme elle franchit le seuil de sa maison, un soldat brandit une hache à bois et lui fracasse la tête. Ils dérobent son argent et se le partagent dans le jardin. […] Un homme, Mr Brunet, 51 ans n’a pas eu le temps de fuir très loin avec son épouse, caché dans un jardin. La bataille fait rage à l’autre bout du bourg. Un moment après, une rafale de mitraillette les incite à descendre dans une cave. Lorsque les coups se font rares, l’homme se risque à sortir mais à peine a-t-il ouvert la porte qu’un Allemand, du haut de l’escalier, le tue net d’une rafale de pistolet-mitrailleur. » (Site collège René Cassin). Une fillette de 17 mois, Renée Perrot, fut tuée dans les bras de sa mère.
Après de longues heures d’attente en plein soleil, onze otages furent abattus à 17 heures à côté du cimetière devant une mare desséchée, dont ceux pris au passage de Charroux, "malgré les suppliques de Mme David, épouse et mère de suppliciés. Aujourd’hui, le vieux mur qui sert de soubassement au mémorial des Fusillés porte encore l’impact des balles meurtrières." (Nouvelle République, voir sources).
Les Allemands quittèrent le bourg vers 18 heures en empruntant la route départementale 10. Un autre accrochage eut lieu à trois kms au nord du Vigeant mais la colonne poursuivit sa route vers Lussac-les-Châteaux.


Plusieurs monuments commémorent ce massacre. Dans le bourg du Vigeant, en face du cimetière, un mémorial porte l’inscription : "Ici sont tombés nos martyrs" ; en face du cimetière, les noms de 40 victimes sont gravés sur une plaque ornée de la Croix de Lorraine, en deux colonnes, 22 civils à gauche et 18 résistants à droite alors qu’une autre source mentionne deux autres résistants, André Cubaud et Pierre Pourrichou, tués dans une embuscade près de Persac, à quelques kilomètres au nord du Vigeant, dont les noms sont inscrits à l’Isle-Jourdain sur le monument aux morts et sur monument commémoratif de la Résistance ; à la sortie du village, sur la gauche en direction l’Isle-Jourdain, une plaque signale qu’"Ici sont morts pour la France" cinq FFI, omettant le nom de Louis Quérault.


-  Liste des vingt-deux victimes civiles massacrées au Vigeant le 4 août 1944 :
BAUDOUX Louis (46 ans
BEAU Aimé (49 ans)
BÉGOIN Alexandre (41 ans)
BESSARD Marie (70 ans)
BOUTAN Pierre (55 ans)
BRAQUEMOND Abel (64 ans)
BRUNET Eugène (51 ans)
BUISSON André (46 ans)
CHAUVET Louis (24 ans)
DAVID Louis (18 ans)
DAVID Pierre-Alexis (49 ans)
DESGRANGES Henri (44 ans)
GADOMSKI François (31 ans)
MAISONNIER Marcel-Henri (50 ans)
PERROT Renée (17 mois)
PERROT Henri (53 ans)
PROUTEAU Baptiste (73 ans)
ROUSSEAU Joseph ou Armand (38 ans)
ROUSSEAU Marc (15 ans)
ROUSSEAU Rémy (14 ans)
SIESEL Alfred (46 ans)
TESSIER André (36 ans)


-  Liste des vingt FFI tués au combat ou exécutés sommairement le 4 août 1944, au Vigeant et dans les environs :
ALIX Joseph, Paul (22 ans)
AUGRY Louis (20 ans)
AUGRY René (18 ans)
BAUDON Henri (22 ans)
BERTRAND Henri (22 ans)
CORDEAU Gaëtan (19 ans)
CORDEAU Raoul (21 ans)
CUBAUD André (20 ans) absent sur la plaque du Vigeant.
DAGAN Jean, Émilien, Henri (19 ans)
DULCHE ou DULCHÉ Raymond (24 ans)
DURAND Roger (20 ans)
GOYER Pierre (20 ans)
GUISNEL Joseph, Hyacinthe (25 ans)
HEINS ou HEINTZ Francis (26 ans)
LE GUYADER François (21 ans)
OLIVIER Jean (22 ans)
PERRAULT Georges (20 ans)
POURRICHOU Pierre (35 ans), absent sur la plaque du Vigeant.
QUERAULT Louis Sylvain (22 ans)
SOUCHAUD Gustave (20 ans)
Sources

Dominique Tantin

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