Six hommes, des civils, dont quatre de la même famille, furent exécutées par les Allemands en retraite le 29 août 1944 à Bondilly, commune de Saint-Cyr (Vienne), en représailles à une action de la Résistance qui avait abattu des arbres en travers de la route. Trois jours plus tard, cinq auxiliaires féminines allemandes furent exécutées dans le cimetière de Saint-Cyr.

Monument à la mémoire des civils fusillés par les Allemands le 29 août 1944
Source : Mémorial GenWeb
Les évènements qui conduisirent au massacre de Bondilly sont documentés par le témoignage de Madame Josiane Dardillac née Moine. Il s’agit d’une lettre rédigée le 31 décembre 1944 par un témoin des évènements du 29 août 1944 au cours desquels six personnes (dont son père et ses trois frères) ont été massacrés par des soldats allemands en retraite. Cette lettre est en ligne sur le site du Vrid référencé dans les sources.
L’historien Laurent Busseau, né à Saint-Cyr et enseignant au Québec, a mené une enquête sur ce massacre et celui des cinq auxiliaires féminines allemandes quelques jours plus tard, enquête menée à la demande de Michel Dubois, membre de l’association des fils de fusillés pour la France, dont le père est l’une des six victimes du 29 juillet 1944. Le site Obs-Rue 89 a publié son compte-rendu en ligne sur le site référencé dans les sources.


Vendredi 26 août 1944, quatre gros chênes furent abattus par explosif en travers de la route qui traverse le hameau de Bondilly. Il semble que cette opération ait été menée, non par des FFI, mais par un groupe de parachutistes SAS ; en effet, selon les témoins, ils portaient des uniformes anglais et la mise en œuvre de puissants explosifs nécessitaient un matériel et un professionnalisme dont les FFI étaient dépourvus. Ce groupe était commandé par Bention Grébelsky (1910-1989), ingénieur en aéronautique d’origine roumaine, qui s’engagea dans les SAS en 1943 sous le nom de Claude Vallières après avoir rallié les FAFL. Il termina la guerre au grade de capitaine avec de très brillants états de service. Il devint après la guerre, sous le nom de Benno Claude Vallières, pdg de Dassault-Aviation. Il était Grand officier de la Légion d’honneur, titulaire de la Croix de Guerre avec palmes, de la Military Cross anglaise et de la Croix de Guerre hollandaise.
Le lundi 29 août, une colonne allemande en retraite se heurta au barrage. Les Allemands réquisitionnèrent six hommes pour dégager la chaussée, puis les fusillèrent. Il s’agissait de :
BERGER Désiré, 53 ans
DUBOIS Michel, 47 ans
MOINE Claude, 17 ans
MOINE Jean, 23 ans
MOINE Roger, 21 ans
MOINE Roger père, 46 ans


Dans les premiers jours de septembre, cinq auxiliaires féminines de la Luftwaffe furent exécutés au cimetière de Saint-Cyr. Par qui ? L’ouverture récentes des archives britanniques apporte des éléments de réponse. Selon l’enquête conduite par Laurent Busseau, « Un rapport secret (référence Wo218115) envoyé au quartier général des SAS par le lieutenant Vallières, en date du 21 août 1944, mentionne que cinq auxiliaires féminines, « Helferinen » allemandes, ont été capturées « le 13.08.1944 par embuscade sur la route de Poitiers (U4778) au Blanc (Q 0287). »
• HEGERLE Gertrud (23 ans)
• KRAUSS Anne Liese (24 ans)
• GARBADE Marthe (26 ans),
• BERND Katin (31 ans),
• HERWIG Irene (23 ans)
Elles travaillaient au sein des services de téléphonie et météorologie de l’armée de l’air, établie à la base aérienne de Mérignac à Bordeaux. Le rapport indique :
« Ces prisonnières une fois interrogées furent remises dans un camp du Maquis comme otages ! J’ai exposé à ces demoiselles qui sont des WAAFS allemandes les atrocités auxquelles leurs compatriotes se sont livrés dans les villages français (en citant l’exemple d’Oradour sur les femmes et les enfants).
Je leur ai expliqué que les Alliés ne feraient pas la guerre aux femmes, mais que si les Allemands se livraient à de nombreux massacres elles seraient passées par les armes. (...)
Signature Vallières. » [site Rue89]
La menace fut-elle effectivement mise à exécution par les SAS ou des FFI ?
« En 1971, interrogé sur ses activités SAS de 1944 par l’historien Roger Picard, l’homme se retranche derrière le secret défense, comme d’autres anciens militaires des troupes spéciales. Il est aujourd’hui décédé. » [site Rue89]


Un monument commémore le massacre des six habitants de Bondilly. Le silence a longtemps entouré celui des cinq allemandes.
Sources

Dominique Tantin

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