Monument érigé à la mémoire des FTPF Henri Froment, Marceau Perrutel et André Verdier
Vue générale . la ferme la Borie Blanque est plus en amont. Cliché André Balent, 31 janvier 2017
Millau, la Borie Blanque, monument érigé à la mémoire des FTPF Henri froment, Marceau Perrutel et André Verdier. Détail.
Cliché André Balent, 31 janvier 2017
Le 6 août 1944, trois maquisards — Marceau Perrutel, Henri Froment, René Verdier — de la 4205e compagnie de FTPF (maquis Alfred-Merle), créée en avril 1944 essentiellement par des Millavois et des habitants du Sud Aveyron et implanté initialement dans le Lévézou, furent exécutés sommairement par les Allemands au nord de la ville de Millau au lieu-dit les Canabières, en haut de la côte du Crès, dans le ravin de la Borie Blanque, à proximité de la métairie du même nom.
Tout avait commencé le 26 juillet 1944. Ce jour-là, trois maquisards, un cadre du groupement, militant communiste chevronné originaire de l’Aude (Marceau Perrutel) et deux jeunes Aveyronnais (Henri Froment et René Verdier), s’étaient rendus, sur les rives du Tarn à Millau Plage. Une trentaine de déserteurs arméniens de l’Öst Legion qui faisaient partie de la garnison allemande de Millau devaient les rejoindre. Les trois FTPF furent surpris par la Sipo-SD et arrêtés, les jeunes Froment et Verdier puis Perrutel.
C’est un traître du maquis, « Marcel » ou « Ramon », matricule 41900 des FTPF, qui avait indiqué l’endroit à la police allemande. Celui-ci, au maquis, était de garde au Mazet, à 600 mètres de Coudols, en compagnie d’un camarade. Ils essayèrent de violenter une fille de la ferme qui réussit à se réfugier chez le curé du village. Le frère de la jeune fille, furieux, se plaignit auprès du chef du groupe, « Jean ». Il l’était d’autant plus que lui et son père aidaient le maquis. La jeune fille appelée par « Jean » reconnut les deux coupables qui furent mis aux arrêts en attendant un conseil de guerre. Mais « Ramon » réussit à convaincre le chef du groupement qui le gardait de le laisser rendre visite à sa famille, à Maziols, à dix kilomètres de Coudols, attitude laxiste qui n’aurait jamais dû se produire car formellement interdite. Bien sûr, il ne revint pas et, pour se venger de son arrestation, prit langue avec la police allemande de Millau. Ce fut ainsi, sur les bords du Tarn, qu’il reconnut Perrutel, alias « Durand » qui, avec Verdier et Froment, devait accompagner les Arméniens armés au maquis.
Perrutel, Verdier et Froment enfermés dans les caves de l’hôtel de la Compagnie du Midi, près de la gare SNCF de Millau, furent interrogés par la Sipo et sauvagement torturés. Le 6 août, ils furent conduits près de la Borie Blanque et furent exécutés par balles. Les corps mutilés, les mains liées dans le dos, furent retrouvés le 8 août par D. Cacho, berger de la métairie de la Borie Blanque. Le registre de l’état civil de Perrutel signale que le décès constaté le 8 août 1944 parait remonter au 6. Le 10 août, plusieurs milliers de Millavois bravèrent la présence allemande lors des obsèques de leur concitoyen Henri Froment, compagnon de Perrutel.
Entre temps, le 27 juillet, conduits par le traître Marcel, les Allemands attaquèrent un groupe du maquis Alfred-Merle cantonné à la bergerie de l’Ourtiguet près de Viala-du-Tarn (Aveyron). Six des dix maquisards furent exécutés par les Allemands, les quatre autres ayant réussi à s’enfuir. Les autres groupes du maquis alertés purent quitter leurs cantonnements et réussirent à se regrouper près de Favayrolles, commune de Saint-Izaire. Les Allemands prirent une trentaine de paysans en otages mais les relâchèrent peu de temps après. La plaque commémorative de l’attaque de l’Ourtiguet indique que celle-ci eut lieu le 28 juillet et non le 27
Le 30 juillet 1944, le traître « Marcel » fut reconnu à Millau. Capturé, il fut jugé puis exécuté par le maquis.
Un monument a été érigé en bordure de la RD 911, en face de la caserne des pompiers de Millau. Il se trouve en aval de la métairie La Borie Blanque, aujourd’hui (2016) une ferme auberge, et surplombe le ravin où furent trouvées les victimes de l’exécution du 6 août 1944.
Henri FROMENT
Marceau PERRUTEL
René VERDIER
Oeuvres

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Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, dossier 21 P 267871 (dossier de Marceau Perrutel). — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [pp. 371-376, pp. 377-378, p. 418, p. 420]. — Christian Font, Henri Moizet, Maquis et combats en Aveyron. Opinion publique et Résistance. Chronologie 1936-1945, Rodez & Toulouse, ONAC Aveyron, ANACR Aveyron, CRDP Midi-Pyrénées, 2e édition, 2001, 412 p. [pp. 223-224 ; 276 ; 277-278 ; 311-312 ; 323-324]. — Christian Font, Henri Moizet, Construire l’histoire de la Résistance. Aveyron 1944, Rodez & Toulouse, CDDP Rodez, CDHIP Rodez, CRDP Midi-Pyrénées, 1997, 343 p. [pp. 153-155 ; p. 183 ; pp. 184-185 (lettre de Marceau Perrutel à sa famille avant son exécution) ; pp. 184-185, lettre d’Henri Froment à ses parents annonçant son départ au maquis) p. 349]. — Raymond Fournier, La fin du Geste (roman sur la résistance rouergate), Rodez, Éditions Jeanne Saintier, 1947 ; La ronde de la mort, Rodez, Subervie, s.d. [1950], 64 p.[ pp. 2-3] ; Terre de combat. Récits sur la résistance, Ille-sur-Têt, Maury imprimeur, 1973, 344 p. — Site Aveyron résistance consulté le 7 août 2016 [Le site attribue à Perrutel le prénom de « Marcel »]. — MemorialGenWeb consulté le 26 février 2016.

André Balent

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