Dans ce bourg de Haute-Vienne, 642 habitants furent massacrés par un détachement de la 2e SS-Panzerdivision Das Reich.

Ruines d’Oradour-sur-Glane
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Ruines de l’église d’Oradour-sur-Glane.
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Le Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane
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Il semble que ce massacre fut décidé afin de dissuader la population du Limousin, par une action de terreur de grande ampleur, de soutenir la Résistance qui avait pris une ampleur exceptionnelle dans cette région et qui, au lendemain du débarquement, entravait la concentration des forces allemandes du sud-ouest vers la Normandie, voire, à plus long terme, leur repli vers l’Est.
La 2e SS-Panzerdivision Das Reich était commandée par le général Heinz Lammerding, sous l’autorité duquel, la veille, 99 habitants de Tulle avaient été pendus dans les rues de la préfecture de Corrèze. Elle avait combattu en URSS où ce type d’action était monnaie courante. L’historien Jean-Luc Leleu, dans son ouvrage sur la Waffen SS, qualifie l’action de cette unité du 8 au 11 juin 1944 de « transposition circonstancielle de la guerre menée à l’est. »
Au terme de trois réunions de préparation, dont la dernière le matin même à l’Hôtel de la Gare à Saint-Junien en présence de Lammerding, de Joachim Kleist, chef de la Sipo-SD de Limoges, de son interprète Eugène Patry, de quatre chefs de la Milice et du commandant SS Adolf Diekmann, la décision fut prise d’anéantir la population d’Oradour. Selon l’historien Pascal Plas [France 2, 3 septembre 2013], « pour massacrer une population dans un temps déterminé, il ne faut pas qu’il y ait de résistance. Et justement Oradour-sur-Glane est en dehors des grandes zones de résistance », lesquelles étaient situées beaucoup plus à l’Est et au Sud-Est de la région. C’est à Diekmann qu’incomba la direction des opérations, avec, sous ses ordres, 200 soldats du 1er bataillon du 4e régiment Der Führer de la 2e SS-Panzerdivision Das Reich.


En début d’après-midi, deux colonnes motorisées convergèrent vers Oradour. Le bourg fut encerclé, les habitants pris au piège. Sur ordre de Diekmann, le Docteur Desourteaux, président de la délégation spéciale désigné par le régime de Vichy qui faisait office de maire, dut organiser le rassemblement de la population sur le champ de foire, y compris les habitants de passage (nombreux ce samedi en raison d’une distribution de viande et de tabac et de la présence d’habitants de Limoges en visite dans leur famille) et des environs immédiats du bourg. Des soldats ratissèrent les alentours et abattirent des fuyards et des vieillards.
Vers 14h45, devant la population, Diekmann accusa les habitants de cacher des armes et exigea que les responsables se dénoncent. Devant le mutisme des habitants, Diekmann exigea du maire qu’il désigne trente otages. Le maire affirma qu’il n’y avait pas de dépôt d’armes et refusa de choisir des otages. Il se proposa avec ses proches comme otages, en vain.
Vers 15h, les femmes et les enfants furent enfermés dans l’église. Puis les hommes furent répartis dans six granges. Vers 16h, les soldats ouvrirent le feu sur les hommes. Après leur mitraillage, les corps furent recouverts de paille et de fagots puis brûlés. Il y eut 11 rescapés.
Vers 16h, les soldats introduisirent un engin explosif dans l’église. Celui-ci dégagea une fumée asphyxiante, puis des SS pénétrèrent dans l’édifice et mitraillèrent femmes et enfants, jetèrent des grenades puis incendièrent l’église. Il y eut une seule rescapée.
Ce massacre causa la mort de 642 victimes dont 245 femmes, 207 enfants et 190 hommes. Le bourg fut pillé et les maisons systématiquement incendiées.
Les Allemands quittèrent le bourg entre 21h et 22h30. Les 11 et 12 juin, ils revinrent pour enterrer les cadavres et rendre impossible leur identification.


Ce massacre constitua le plus important et le plus retentissant des crimes de guerre commis par les Allemands en France. Son impact mémoriel fut d’autant plus considérable que parmi les SS d’Oradour, il y avait des Waffen-SS alsaciens dont 14 (parmi 21 accusés) furent jugés par le Tribunal militaire de Bordeaux à partir du 12 janvier 1953.Les peines de prison pour les Alsaciens « malgré nous » et la condamnation à mort d’un Waffen SS alsacien volontaire provoquèrent un tollé en Alsace. Cette réaction, et plus encore le vote d’une loi d’amnistie le 19 février 1953 par 319 voix contre 221 et 83 abstentions afin d’apaiser la colère des Alsaciens, suscitèrent l’indignation en Limousin et provoquèrent un conflit durable entre l’Association nationale des familles des martyrs d’Oradour-sur-Glane (ANFM) et l’Etat.
Diekmann fut tué en Normandie le 29 juin 1944. Lammerding, qui vécut à Düsseldorf, fut condamné à mort par le Tribunal militaire de Bordeaux le 5 juillet 1951, mais la France ne put obtenir son extradition des Britanniques. Ingénieur du génie civil, il mourut d’un cancer en 1971 à l’âge de 66 ans. En 1983, un tribunal de RDA condamna l’un des participants, le lieutenant SS Heinz Barth, à la prison à perpétuité. Il fut libéré après la réunification, en 1997 et perçut une pension de « victime de guerre » entre 1991 et 2000. Il mourut le 6 août 2007.
Le 4 mars 1945, le général de Gaulle, alors président du GPRF, visitant Oradour, déclara notamment : « Oradour-sur-Glane est le symbole des malheurs de la patrie. Il convient d’en conserver le souvenir, car il ne faut plus jamais qu’un pareil malheur se produise. » Il fut décidé de conserver et d’entretenir les ruines. Le site fut exproprié par l’Etat et le ministre de l’Education nationale délégua un architecte pour en assurer la préservation. En 1946, une loi fit d’Oradour un monument historique et la construction d’un nouveau bourg fut autorisée à proximité des ruines, la première pierre étant posée en 1947 par le président Vincent Auriol.
La construction d’un Centre de la Mémoire à vocation scientifique et pédagogique fut initiée par Jean-Claude Peyronnet, président du Conseil général de la Haute-Vienne en accord avec l’ANFM et la municipalité et approuvée par François Mitterrand. Il ouvrit ses portes le 12 mai 1999 et fut inauguré par Jacques Chirac et Catherine Trautmann, ministre de la Culture, le 16 juillet 1999. "C’est à une équipe dirigée par Yves Devraine (scénographe du Mémorial de Caen), composée notamment des architectes Jean-Louis Marty et Antonio Carrilero que l’on doit l’architecture et la scénographie du Centre de la Mémoire." (site Internet du Centre). Il constitue la porte d’accès aux ruines.
NB : cette monographie constitue l’esquisse de l’étude d’un massacre emblématique de la violence paroxystique contre les civils en France en 1944.
Biographies (rédaction en cours)
Sources

SOURCES : Guy Pauchou, Sous-préfet de Rochechouart, Dr Pierre Masfrand, Conservateur des ruines d’Oradour-sur-Glane, Oradour-sur-Glane, vision d’épouvante, ouvrage officiel du Comité du Souvenir et de l’Association Nationale des Familles des Martyrs d’Oradour-sur-Glane, Paris, Limoges, Nancy, Lavauzelle, 1967. — Sarah Farmer, 10 juin 1944, Oradour, arrêt sur mémoire, Paris, Perrin, 2004. — Douglas W. Hawes, Oradour, Le verdict final, Paris, Seuil, 2009. — Dominique Lormier, Les Crimes nazis lors de la Libération de la France (1944-1945), Paris, Cherche-Midi, 2014, pp. 120-134. — Jean-Luc Leleu, La Waffen-SS, Soldats politiques en guerre, Paris, Perrin, 2007, pp. 785-808. — Site Internet du Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane

Dominique Tantin

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