Née le 10 juin 1920 à Verneuil-sur-Vienne (Haute-Vienne), massacrée le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) ; institutrice ; victime civile.

Denise Bardet
Denise Bardet était la fille de Germain, François Bardet (né le 7 mai 1889, à Verneuil-sur-Vienne et décédé le 26 février 1929, à Verac) et de Marie Louise Mounier (née le 30 mars 1898, à Veyrac) cultivateurs, qu’il épousa le 12 juillet 1919 à Veyrac. Son père, ancien combattant de 1914 – 1918, médaillé de guerre, gazé pendant la Première Guerre Mondiale est de santé fragile et décède le 26 février 1929, sa mère doit alors élever seule Denise, âgée de 9 ans et son petit frère Camille qui n’a que 3 ans.
Denise entra en internat en 1932, à 12 ans, à la fin de sa scolarité primaire, à l’Ecole Primaire Supérieure de Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne) afin de préparer le concours d’entrée à l’École normale d’institutrices. Reçue en 1937 à l’Ecole Normale de Limoges, elle obtint au bout des trois années de formation son CAP d’institutrice le 15 octobre 1940. Elle fut nommée pour son premier poste à Chéronnac au sud de la Haute-Vienne, aux confins de la Charente et de la Dordogne. A la rentrée 1943, souhaitant se rapprocher de sa mère, veuve, et de son jeune frère Camille (né le 24 janvier 1926, à Veyrac), domiciliés au lieu-dit La Grange de Boeil, commune de Veyrac, à trois kilomètres du bourg d’Oradour-sur-Glane, elle obtint sa mutation pour l’école primaire d’Oradour-sur-Glane.
L’école primaire d’Oradour-sur-Glane comportait en 1944 plusieurs sections. L’école des filles était située au centre du bourg. On y accédait en franchissant un grand portail aux tiges de fer épointées comme des lames, qui s’ouvrait sur une aire ombragée de deux arbres. L’école des garçons composée de deux classes, était située en face la gare des Tramways départementaux et avait pour directeur Léonard Rousseau assisté de son épouse Jeanne Forest, épouse Rousseau. L’école des filles comprenait trois classes dont une classe enfantine. Andrée Gibaud épouse Binet en assurait la direction assistée de Denise Bardet, chargée du cours élémentaire et de Raymonde Chenet épouse Vincent. Il existait aussi une classe dite « lorraine » composée d’enfants de réfugiés alsaciens et mosellans avec un maître lorrain, Fernand Gougeon. Au total le corps enseignant se composait de sept personnes, deux instituteurs et cinq institutrices car le 10 juin 1944 était également en poste à Oradour une institutrice remplaçante, Odette Couty, qui suppléait l’absence de Mme Binet la directrice de l’école des filles en congé maladie.
Le 10 juin 1944 était le jour de l’anniversaire de Denise Bardet, et elle avait prévu de le fêter avec ses collègues en même temps que la réussite, la veille, de son frère au concours d’entrée de l’École Normale de Limoges. Ce 10 juin après avoir déjeuné chez sa mère à La Grange de Boeil, elle regagna l’école à bicyclette. « La cloche sonne la rentrée des classes à quatorze heures ne tardera pas à sonner : les petits villageois et les enfants des hameaux affluent vers leurs écoles. Quelle troupe : ils sont presque deux cents ! Denise Bardet suit des yeux, avec tendresse, l’arrivée des écoliers. Elle aime tant son métier d’institutrice, et certains de ces élèves sont ses propres élèves. Ce 10 juin, elle a une raison supplémentaire de se réjouir du calme bonheur que lui procurent son métier et sa vie avec sa mère et son frère Camille à la ferme de La Grange de Boeil : le soir est l’anniversaire de ses vingt-quatre ans. Elle n’ignore pas que sa mère a invité des amis à un délicieux repas et qu’elle aura la surprise de quelques cadeaux. » « ...Quand je suis arrivé à la Grange du Boeil bien sûr j’ai retrouvé ma mère très très inquiète. On entendait des coups de feu, on voyait des flammes mais on était persuadé que les enfants et les instituteurs étaient à l’écart, qu’on avait trouvé peut-être des maquisards, qu’il y avait peut-être eu des incidents mais on était absolument sûr qu’elle ne risquait absolument rien ; Donc on s’est couché le soir mais ma mère était quand même très inquiète et le matin vers cinq heures, elle est venus à Oradour-sur-Glane pour apporter une veste à ma sœur qui n’était pas beaucoup habillée parce qu’il faisait très chaud ce jour-là. En arrivant à Oradour, elle a trouvé Monsieur Forest qui était un professeur de Montpellier qui avait des enfants à Oradour et qui lui comprenait l’allemand. Il était arrivé avant elle et ils l’avaient fait mettre dans un fossé et les allemands étaient là encore, ils avaient parlementé pour savoir si oui ou non on l’exécuterait et finalement comme il comprenait ce qu’ils disaient, il avait compris que tout le monde avait brûlé donc il rencontré ma mère, il lui a dit ’’vous pouvez partir, tout le monde est brûlé à Oradour-sur-Glane, tout le monde a été massacré’’ »
Denise Bardet fut victime du massacre perpétré l’après-midi par les SS du 1er bataillon du 4e régiment Der Führer de la 2e SS-Panzerdivision Das Reich. Tous les enfants des écoles, durent sous la contrainte, en compagnie de leurs institutrices et instituteurs se rassembler sur la place du village. Seul un jeune élève de la classe lorraine, Roger Godfrin, réussit à s’enfuir. Les deux instituteurs furent séparés du reste du groupe qui fut conduit toujours en compagnie des institutrices dans l’église du village où ils furent enfermés vers 15h, avec toutes les femmes et les enfants du village. Vers 16h, les soldats y introduisirent un engin explosif. Celui-ci dégagea une fumée asphyxiante, puis des SS pénétrèrent dans l’édifice et mitraillèrent femmes et enfants, jetèrent des grenades puis incendièrent l’église. Denise Bardet périt dans l’incendie.
Elle obtint la mention « Mort pour la France » par jugement du tribunal de Rochechouart du 10 juillet 1945. Son nom figure sur le monument commémoratif des martyrs du 10 juin 1944. Il est également inscrit avec celui de ses six collègues victimes du nazisme sur la plaque commémorative apposée dans la cour de l’ancienne école normale de Limoges (aujourd’hui centre de formation des maîtres).
Après sa mort on retrouva dans ses papiers, des cahiers et des carnets qui ont, ces dernières années faits l’objet de publications (cf. centre de la mémoire d’Oradour et article L’Humanité. op. cit.)
Son frère Camille est devenu instituteur, à Oradour-sur-Glane en 1949.
Voir Oradour-sur-Glane
Sources

SOURCES : Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane (en particulier, Liste des victimes) et article Denise Bardet. — Journal L’Humanité 10 juin 2002, Jean Morawski Oradour-sur-GlaneMémorial GenWeb. — « Oradour-sur-Glane », Marielle Larriaga, éditions des Traboules (p48 et 74). — Témoignage de Camille Bardet, Centre de mémoire, en 2003.

Dominique Tantin, Michel Thébault, Isavel Val Viga

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