Perpignan (Pyrénées-Orientales) avait 72207 habitants en 1936. C’était, pour les troupes d’occupation allemandes une ville stratégique, chef-lieu d’un département frontalier (Espagne et Andorre) pourvu d’un littoral (mur de la Méditerranée). Les effectifs et les unités des troupes d’occupation, nombreux, furent modifiés par les combats qui faisaient rage en Normandie. Ainsi, des unités rattachées à la 716e division du Heer très éprouvée par les combats de Normandie étaient présentes dans le département. Des détachements de la Douane militarisée (Zollgrenzschutz) contrôlaient la frontière pyrénéenne et, sur le littoral, le point fort de la défense allemande, environ 1500 hommes, pour la plupart de la Kriegsmarine était localisé autour de Port-Vendres et des fortifications édifiées par l’organisation Todt.
La Résistance (FTPF, AGE et AS) avait réussi à former plusieurs maquis dans les massifs montagneux. Elle avait développé une intense activité avec les réseaux et filières de passages transfrontaliers très présents à Perpignan, plaque tournante de ces passages. Les MUR étaient traversés par des dissensions internes multiples. À la mi-août, l’unité de la Résistance départementale, très récente, était très relative.
Les Allemands ayant décidé leur départ le 18 août, la Résistance les attaqua (19-20 août), en ordonnant au maquis AS Louis-Torcatis de faire mouvement vers Perpignan. Elle perdit 17 hommes dans les combats dont 3 du fait d’une tragique méprise. Il y eut aussi 3 victimes civiles. Les Allemands eurent 22 tués. Certains furent faits prisonniers et transférés à la citadelle. La chapelle de l’ancien couvent gothique des Carmes, propriété de l’armée (arsenal), fut le seul édifice détruit.

Perpignan, plaque commémorative des premiers combats de la Libération de la ville
À l’angle de la rue de l’hôpital (quartier Saint-Mathieu) et de la rue Foch, face à l’entrée de l’ancien hôpital militaire
Photographie : André Balent, 4 septembre 2016
Perpignan, plaque commémorative des premiers combats de la Libération de la ville, 19 août 1944
Détail. À l’angle de la rue de l’Hôpital (quartier Saint-Mathieu) et de la rue Foch
Photographie : André Balent, 4 septembre 2016
Perpignan, rue Mailly, ancien commissariat central de police, quartier général du CDL lors des combats de la Libération de Perpignan
Plaque commémorative.
Photographie : André Balent, 6 septembre 2016
Perpignan, ville préfecture, a été abandonnée, les 19 et 20 août 1944, par les forces allemandes (Wehrmacht, SIPO-SD, Douane, organisation Todt) à la suite du débarquement allié en Provence, le 15 août 1944. En effet, les 19 et 20, celles-ci évacuèrent le département.
Après le débarquement allié en Provence, le général commandant l’Armeegruppe G (Toulouse), Johannes Blaskowitz, donna l’ordre du repli vers la vallée du Rhône des unités qu’il avait sous ordres. Le 17 août 1944, le commandant allemand de la place de Perpignan, le major Parthey, négocia avec Camille Fourquet, président du CDL, le départ de ses hommes présents dans le chef-lieu du département. Celui-ci, avait été contacté, le 16 août, par le major Parthey. Le lendemain, Fourquet consulta ses adjoints et invita Jacques Pizard à l’accompagner. La rencontre se déroula le 18, au domicile du docteur Nicolau, rue de l’Hourtoulane. Fourquet et Pizard représentaient le CDL laborieusement constitué le 10 août ; le capitaine Dominique Cayrol et Joseph Balouet étaient les porte-parole des FFI.
Selon le témoignage de Fourquet, au cours d’une discussion, Pizard et lui s’étaient longuement interrogés sur les intentions du major allemand Wolfgang Parthey en se demandant s’ils n’étaient pas en train de tomber dans un guet-apens. Ils décidèrent de poursuivre dans la voie de la négociation, résolus, cependant, à ne faire aucune concession. Parthey, Bavarois catholique, désirait la fin rapide de la guerre, selon Fourquet. Il accepta de quitter la ville dès que ses supérieurs lui en auraient donné l’ordre, après avoir fait libérer les résistants emprisonnés à la Citadelle et évité autant que possible la destruction d’installations stratégiques (gare, poste centrale, ponts sur la Têt). Le 20 août 1944, après minuit, Fourquet et Pizard le retrouvèrent au commissariat central de la rue Mailly. Toutefois, ce scenario de reddition pacifique ne fonctionna pas. Il laissa Fourquet et son adjoint Pizard pour le moins perplexes, ne sachant s’ils pouvaient de fier à Wolfgang Parthey.
En tout cas, le supérieur de Parthey, le Generalmajor (général de brigade) Joachim Degener (1893-1953) — à la tête de la Feldkommandantur 997 Perpignan il commandait l’ensemble des forces militaires allemandes du département — n’avait nullement l’intention de se rendre à la Résistance locale et mit tout en œuvre pour appliquer les ordres reçus la veille (18 août) au soir lors d’une réunion à Capendu (Aude), près de Carcassonne, au quartier général du IV. Luftwaffen Feldfkorps où son supérieur direct, le général de l’Air Erich Petersen lui indiqua comment organiser en bon ordre le repli vers la vallée du Rhône et au-delà. Par téléphone, depuis Capendu, il donna l’ordre aux chefs d’unité des Pyrénées-Orientales de se rendre immédiatement à la Feldkommandantur de Perpignan, l’hôtel de France, quai Sadi-Carnot, entre la préfecture et le Castillet (emblématique forteresse du XIVe siècle). La réunion devait être achevée à six heures du matin.
Si les Allemands avaient fixé leur départ le 19 août et avaient rapidement pris leurs dispositions afin de l’organiser celui-ci fut contrarié par l’intervention des forces de la Résistance.
La Milice, dont les groupes paramilitaires (les Francs gardes) et leur quartier général départemental et caserne se trouvaient à l’ancien hôpital militaire de la rue Foch, avait anticipé le retrait allemand. Le 15 août, le chef départemental, René Teisseyre avait déclaré qu’elle cessait toute activité. Ce jour-là, des miliciens commencèrent à s’éclipser. Mais certains étaient encore là le 19. Il est vrai que les Francs Gardes, mobilisés et regroupés à Perpignan dès juin sur ordre de leur chef départemental René Teisseyre s’étaient illustrés depuis juin par de sauvages opérations de répression dans plusieurs localités du département et contre les maquis (en particulier l’action combinée avec les forces allemandes des 1, 2 et 3 août 1944 à la Bastide et Valmanya dirigée contre les maquis du Canigou (FTPF Henri-Barbusse et AGE, Agrupación de guerrilleros españoles) et contre les populations civiles accusées de les soutenir (Voir La Bastide, 2 août 1944, Valmanya (Velmanya), 1-3 août 1944). Les miliciens avaient tout à craindre de représailles.
Les FTPF légaux de Perpignan avaient, de leur côté, subi des pertes importantes après l’échec de l’attaque de la trésorerie du boulevard Wilson à Perpignan, le 22 mai 1944. Beaucoup étaient tombés entre les mains de la police française et certains, transférés à Montpellier (Hérault), furent condamnés à mort par la Cour martiale de la Milice de cette ville le 11 juillet 1944 et exécutés le jour même (Voir Villeneuve-lès-Maguelone, Stand de tir de la Madeleine (14 mars-11juillet 1944)). Par ailleurs, d’autres FTPF perpignanais légaux implantés surtout parmi le personnel de l’hôpital Saint-Jean avaient été arrêtés le 29 mars et le 12 avril 1944 puis déportés en Allemagne (Voir Sala André). Le 19 août, le PC et les FTP disposaient cependant de militants à Perpignan et dans les environs. Ils manquaient cruellement d’armes : quelques revolvers ou fusils de chasse, d’après les témoignages recueillis.
Les locaux de la Milice de la rue Foch contenaient cependant, après le 15 août, des armes et des munitions. Mais les prisonniers avaient été relâchés dès le 15 et, le 19, les miliciens encore présents à Perpignan n’étaient pas disposés à résister.
La Résistance était mal coordonnée, car les contacts avec l’état-major des FFI et celui du CDL furent difficiles à établir. Parmi les FFI, seule l’AS perpignanaise était à même de regrouper des éléments de provenances diverses. Les FTPF étaient peu nombreux et le grand maquis local de cette formation (Henri-Barbusse au Canigou) avait été dispersé après l’attaque mortifère du début août. L’état-major départemental des FFI venait tout juste d’être constitué. Le 19, en début d’après-midi, Fourquet et Pizard sortirent de leur planque et établirent leur quartier général au café de la Font del Gat, boulevard Jean-Bourrat. Sébastien Rius dont nous disposons du témoignage était chargé, avec Jean Couret, d’organiser depuis Perpignan le regroupement de FTPF afin qu’ils pussent participer à la Libération de la ville. Cet objectif ne fut que très partiellement atteint.
L’état-major des FFI constitué seulement le 31 juillet 1944 put se réunir le 19 août, rue Pierre-Rameil avec des représentants de l’AS, des FTPF et de l’ORA. Dans la matinée, vers 8 heures, un agent de liaison des MUR/MLN, Gilbert Lavail, fut dépêché par Cayrol et Balouet à Rabouillet afin de donner l’ordre au maquis AS Louis-Torcatis de faire mouvement vers Perpignan. Puis, vers 18 heures, toujours flanqué de son adjoint Pizard, Camille Fourquet prit possession du commissariat central, rue Mailly, qui, désormais, allait devenir le centre névralgique de la direction des opérations en accueillant le CDL puis l’état-major des FFI. Fourquet destitua les éléments vichystes trop zélés du commissariat et prit le commandement des gardiens de la paix.
Les combats et les victimes (résistants et civils), chronologie :
Ils connurent trois phases principales :
1) À partir de 16 heures des éléments de la police (gardiens de la Paix, et GMR encasernés à Perpignan) et divers groupes de résistants perpignanais (surtout de la mouvance AS, mais il y avait aussi des FTPF « légaux » de la ville et quelques guérilleros espagnols de l’AGE et, quelquefois, des volontaires de la dernière heure) décidèrent de s’emparer des armes et des munitions entreposées dans ces locaux. Ce furent les policiers qui disposaient d’armes qui purent s’emparer de celles de la Milice et les distribuèrent aux FFI. Parmi ces derniers, René Sagui alias « Sylvain » de l’AS, avait pour mission de s’emparer des papiers de la Milice, en particulier des fichiers d’adhérents.
FFI et policiers se heurtèrent aux Allemands encore présents dans le secteur.autour de la caserne de la Milice et de la poste centrale. Les premières victimes des tirs allemands tombèrent dans ce secteur (à la Poste centrale, d’après les archives allemandes consultées par Christian Xanxo, historien et germaniste, op. cit.).
Les premières victimes de la Résistance tombèrent aussi dans le périmètre autour de la Poste et de l’ancien hôpital militaire. Ce fut pendant ces combats que l’on releva le plus de victimes résistantes (6 sur un total de 20 dont certaines dont on n’a pu localiser le lieu exact du décès) :
André Bouille, sans doute la première puisque tombée vers 16 heures, au tout début de l’affrontement
Barthélemy Clara
René Llaurens
François Mestres
Marcel Pellegrain
Michel Thome
2) À partir de 18 heures 30, l’arrivée des maquisards de Rabouillet, commandés par Roger Gaigné, donna lieu à de violents échanges de tirs entre les Allemands regroupés dans et autour de la Feldkommandantur de l’Hôtel de France (rive droite de la Basse), du café de la Paix (rive gauche de la Basse), avec, entre les deux, le pont Magenta et des passerelles. Pour partir le plus directement possible vers Narbonne, les Allemands devaient franchir le pont Magenta et les passerelles. Les maquisards de Rabouillet s’efforcèrent de les en empêcher.
Ces combats qui se poursuivirent tard dans la soirée firent une victime parmi les maquisards :
Pierre Lauret, tué alors qu’il servait un fusil-mitrailleur qui commandait une passerelle sur la Basse.
Les tirs allemands provoquèrent aussi la mort de deux des trois victimes civiles :
Pierre Picola, domicilié 1, place Magenta (devenue, depuis, la place de la Résistance), au cœur des affrontements.
Jean Pinel, domicilié 16, cours Palmarole, près des passerelles de la Basse.
Dans cette phase des affrontements la Wehrmacht put recenser trois de ses vingt-deux tués pendant les combats des 19 et 20 août. Ces Allemands périrent sur le pont Magenta carbonisés dans les véhicules qu’ils occupaient et qui furent incendiés par les tirs des résistants. Les Allemands furent empêchés de franchir la Têt et d’emprunter la route la plus directe vers Narbonne ce qui nuisit au plan d’évacuation de la ville mis au point par le général Degener et retarda son départ.
Cependant, vers 23 heures 30, Roger Gaigné ordonna à ses hommes de quitter les quais de la Basse. Ils allèrent se positionner à l’extrême nord de la ville à la « patte d’oie », carrefour stratégique du Haut Vernet qui contrôle l’accès aux routes de la Salanque, de Narbonne et de Foix (cette dernière voie permet aussi de se rendre à l’aérodrome de Perpignan que les maquisards de Rabouillet allèrent aussi occuper). En attendant, le seul pont routier sur la Têt (pont Salengro rebaptisé pont Joffre en 1940) était à nouveau accessible aux Allemands. Le déplacement des maquisards de Rabouillet permit le départ, entre 22 heures 30 (19 août) et 1 heure 30 (20 août) de véhicules allemands stationnés à proximité de l’hôtel de France. D’après les sources allemandes, ils purent emprunter le pont Joffre et essuyèrent une attaque « violente » dans « la banlieue de Perpignan », sans doute au Haut-Vernet où les hommes de Roger Gaigné étaient en train de se redéployer, à la « patte d’oie » et à l’aérodrome. Le major Wolfgang Parthey ne partit pas et vint se rendre au commissariat central où il fut reçu par Camille Fourquet
3) Le pont Joffre qui permet de franchir la Têt et les environs furent, dans la nuit du 20 août (vers 4 heures expliqua Marcel Monteil le "polo" du Parti communiste départemental), le théâtre de nouveaux affrontements. Des résistants s’efforcèrent d’empêcher les derniers Allemands — venant d’Elne et ayant traversé le quartier Saint-Martin, de quitter la ville en empruntant la voie la plus directe, la RN 9. C’était des FTPF qui s’étaient regroupés sur la rive gauche de la Têt, route de Saint-Estève (Voir les témoignages de Sébastien Rius, 1972 et années 1980 et de Marcel Monteil, 1970). D’après Monteil, ils étaient 20 ou 25, "peut-être 30" lorsqu’ils franchirent la Têt à gué. Toujours d’après le même témoignage, ils n’avaient que cinq ou six revolvers et quelques grenades lorsqu’ils se dirigèrent vers le "pont Rouge" (pont Joffre, ex pont Salengro). De son côté, Sébastien Rius (témoignage de 1972) estime que ceux de "de la résistance de Perpignan", avec qui il se trouvait, "étaient "peut-être cinquante ou soixante, les FTP, le parti tous ensemble" (..) Ils furent rejoints par "un" (Monteil, 1970) ou "trois ou quatre" (Rius, 1972) policiers (des GMR ) qui disposaient d’un fusil mitrailleur, arme avec laquelle l’un d’eux tira des rafales contre les Allemands qui tentaient de franchir le pont Joffre depuis le toit de l’ancien garage Fiat, à l’extrémité du pont, sur le rive gauche de la Têt. Rius expliqua plus tard que les FTPF édifièrent une barricade sur le pont Joffre : un tramway avait été renversé sur la chaussée. Des Allemands furent faits prisonniers, dont un commandant, selon Rius (1972). Lorsque Rius et Monteil arrivèrent, Antoine Miquel était déjà là. "Brûlé", ce FTPF communiste avait trouvé un refuge à Rabouillet dans le maquis de l’AS qui avait fait mouvement vers Perpignan le 19 août. Rius assura, en 1972, qu’il prit avec Miquel le commandement des résistants qui combattirent dans ce secteur. Le dernier coup de feu des combats eut lieu aux environs de 6 heures du matin, le 20 août. Les FTPF ne furent pas les seuls résistants à participer à l’affrontement du pont Joffre. Le "polo" du PCF a expliqué lui-même l’intervention décisive, avec son arme automatique, d’un policier. Par ailleurs, la seule victime parmi les résistants fut en effet un membre de l’ORA.
Un résistant (ORA) périt dans cet affrontement :
Henri Vic.
Enfin, Marceau Alibert fut tué au petit matin du 20 août alors qu’il participait, avec un groupe du maquis (AS) de Rabouillet, à une opération visant à empêcher un des derniers groupes d’Allemands encore présents sur la rive droite de la Têt à franchir le fleuve afin de gagner l’autre rive. Bien que se trouvant avec un groupe de l’AS, Alibert, un infirmier devenu gardien de la paix, semble bien avoir été membre des FTPF.
Les autres résistants tués le 19 août au Haut Vernet :
Une bavure malencontreuse survint le 19. Cependant, des documents et des témoignages ont laissé entendre que cette "affaire" avait eu lieu le 20 août en fin d’après-midi, ce qui est impossible car les derniers Allemands avaient alors quitté la ville depuis le matin. Par ailleurs, Jean Larrieu (op. cit., 1994, p. 357) et, à sa suite Cristià Xanxo (op. cit., p. 94) datent la bavure du 21 août, ce qui est démenti par l’état civil de Perpignan dont les actes de décès révèlent que les victimes sont mortes le 19 (Julia et Lafitte tués par l’obus tiré depuis la patte d’oie du Haut Vernet) et le 20 (Erre décédé à l’hôpital des conséquences de la blessure reçue la veille). Jean Larrieu, se fondant sur divers témoignages, dont celui de Roger Gaigné recueilli en 1980, a expliqué que les trois jeunes gans victimes de la bavure datée du 21 août, circulaient à grande vitesse sur l’ex RN 9 (aujourd’hui déclassée et nommée avenue du Languedoc) en provenance de Rivesaltes sur un camion allemand dont ils se seraient emparés et que, malgré les sommations du groupe de FFI postés à la patte d’oie, ils auraient poursuivi leur route. Un coup de canon aurait donc été tiré contre le véhicule. Le récit de Joseph Balouet, bien que datant l’"affaire" du 20 août, a été rédigé bien avant celui produit par Roger Gaigné. Il donne une version plus précise et sans nul doute davantage conforme à la réalité. Il indique que le coup de canon a été tiré contre un véhicule venant du sud de la patte d’oie, et non du nord comme l’ont raconté tardivement Roger Gaigné et Camille Fourquet (s. d. [1965], op. cit.) qui n’étaient pas présents lors de ce tragique incident.
Cet incident eut effectivement lieu sur l’avenue Joffre, près de la « patte d’oie » du Haut-Vernet. Il provoqua la mort de trois jeunes résistants qui furent tués par les hommes du maquis de Rabouillet postés à cet endroit. Dans un véhicule, circulant à grande vitesse, quatre résistants avaient pour mission de d’approvisionner en munitions divers postes tenus par d’autres résistants à divers points de la ville. Ils furent pris pour des Allemands. Cette méprise, dont il existe plusieurs versions (Voir Laffite Paul) blessa grièvement Jean Raspaud et provoqua la mort de trois jeunes résistants :
Pierre Erre ;
Roger Julia
Paul Laffite
Un résistant a été tué en dehors du territoire communal de Perpignan [Rivesaltes] dans des opérations liées à la Libération de la ville  :
Andrieu Louis
Quatre résistants et un civil furent tués à d’autres endroits ou dans des lieux inconnus :
Un civil :
Paul Masana, tué le 20 août dans le sud de la ville où il habitait 65, route d’Elne. Pris par les Allemands qui quittaient la ville par le sud, sans doute pour rejoindre la route littorale, seul itinéraire encore libre en direction de l’Aude, il fut fusillé au stand de tir situé près de chez lui.
Quatre résistants :
Pierre Dauré, mort en un lieu inconnu. Mais s’il est mort le 19 août, il est possible que, d’après son domicile, il ait été tué dans la phase initiale des combats autour de l’hôpital militaire de la rue Foch.
Pierre Gispert, mort à proximité des premiers combats du 19. Même remarque que pour le précédent (domicile). Mais la date officielle du décès est le 20 août.
Robert Prieur, mort au combat dans un lieu inconnu ou exécuté par les Allemands au stand de tir de la route d’Elne.
Joseph Vidal, mort au combat en un lieu inconnu. Son domicile suggère qu’il participa aux premiers combats autour de l’ancien hôpital militaire de la rue Foch.
Profil des victimes résistantes et civiles des combats des 19 et 20 août 1944 à Perpignan :
Il n’y a pas parmi les victimes d’affiliations politiques connues. Ils sont tous de nationalité française, sauf Picola qui avait gardé la nationalité espagnole. Gispert était naturalisé français.
Appartenances à un mouvement de résistance armée :
-  AS-CFL / MUR / AO : 10 (Andrieu, Bouille, Erre, Gispert, Julia, Lafitte, Lauret, Llaurens, Thome, Vidal). Certaines sont anciennes ; d’autres, au contraire semblent récentes ou très récentes ;
-  FTPF : 2 (Alibert, Clara). Mais Alibert participa aux combats des 19 et 20 août dans un groupe de l’AS (maquis de Rabouillet) au sein duquel il avait des fonctions de commandement..
-  ORA : 1 (Vic).
-  FFI sans appartenance claire : 4 (Dauré, Mestres, Pellegrain, Prieur).
Ces appartenances montrent le rôle éminent des MUR / AS-CFL / AO et la marginalisation des FTPF et de l’ORA (peu implantée dans le département). L’explication détaillée est donnée plus haut. Un des tués de l‘AS, Thome, des GMR (Groupes mobiles de réserve), était aussi actif dans l’AO (Action ouvrière) des MUR et un agent du réseau de renseignements Alibi (IS, Intelligence service).
« Civils » non résistants : 3 (Masana, Picola, Pinel).
Âges :
Le plus âgé avait 68 ans (Isidore Vidal, résistant). La plus jeune victime — une victime civile — avait 16 ans (Paul Masana). Le plus jeune résistant mort le 20 août avait 17 ans (Roger Julia).
Moins de vingt ans : 2 (Julia, Masana victime civile)
De vingt à trente ans : 2 (Erre, Lafitte)
De trente à cinquante ans : 10 (50 %) (Alibert, Andrieu, Bouille, Clara, Dauré, Gispert, Lauret, Llaurens, Pinel (victime civile de cette tranche d’âge), Thome.
Plus de cinquante ans : 4 (Pellegrain, Picola, victime civile, Vic, Vidal). On constate donc que le groupe d’âge prédominant (50 % ) fut, dans le cas des victimes des combats de Perpignan, celui des adultes actifs. Ces derniers participèrent en plus grand nombre aux combats des 19 et 20 août 1944. Ils correspondaient donc davantage au profil des résistants « légaux » urbains, affiliés ou en contact avec un mouvement de résistance ou un groupe armé en dépendant.
Domiciles :
Les victimes étaient toutes domiciliés à Perpignan sauf Pierre Lauret, de Rabouillet (Pyrénées-Orientales). En dehors du maquis AS / CFL de Rabouillet qui n’eut qu’une seule victime, les combattants étaient tous des résidents de Perpignan.
Départements d’origine :
La grande majorité des victimes des combats sont nées à Perpignan (3) ou dans une commune des Pyrénées-Orientales (10), le plus souvent un village de la plaine du Roussillon proche de Perpignan. Seuls deux d’entre eux étaient originaires de villages de montagne (Mestres et Lauret)
Des cinq nés hors du département, deux (Gispert et Picola) étaient natifs de la province de Gérone, limitrophe des Pyrénées-Orientales ; l’un d’eux (Picola) était originaire du village montagnard de Setcases, frontalier du département (Conflent et Vallespir) ; l’autre (Gispert) de Cassà de la Selva, village situé à douze kilomètres de Gérone. Les trois autres étaient nés respectivement dans deux départements voisins : l’Hérault (Prieur, né à Montpellier) et la Haute-Garonne (Pinel, né à Cugnaux, commune suburbaine proche de Toulouse).
Professions :
Fonctionnaires de l’État (6) :
Les membres d’un corps de police étaient au nombre 3 (ou 4 ?) ; deux gardiens de la paix du corps urbain de Perpignan (Alibert et Prieur) et deux GMR (Andrieu et Thome).Trois de ces fonctionnaires (Andrieu, Prieur et Thome) combattirent dans la phase initiale des combats avant la prise de contrôle du commissariat par le président du CDL, Camille Fourquet, ce qui montre une fois de plus leur implication dans la Résistance. Pellegrain était peut-être gardien de la paix
Un fonctionnaire des PTT, le jeune facteur Julia, figura parmi les tués. On relève aussi un militaire de la Marine (Lauret).
Employés municipaux de Perpignan (2) :
Au nombre de 2 (Bouille et Llaurens), ils témoignent de l’engagement résistant de nombre d’employés municipaux dans les mouvements et/ou les réseaux.
Hôpital Saint-Jean de Perpignan (1) [mais Alibert est comptabilisé par ailleurs comme fonctionnaire de police] :
Alibert, infirmier fut aussi victime de ces combats ; il était un des rescapés des arrestations effectuées au printemps 1944 parmi les nombreux résistants issus du personnel de cet établissement.
Agriculture (2) :
Deux des victimes des combats étaient des agriculteurs domiciliés en ville (Dauré et Vidal). Perpignan dispose d’un vaste territoire agricole
Salariés du secteur privé (4) :
Ils appartenaient à des entreprises diverses ; énergie, (Clara, électricien de la Société hydro-électrique du Roussillon) ; transports (Vic, chauffeur) ; ouvrier d’une conserverie (Masana) ; travaux publics (Pellegrain, paveur).
Commerçants et artisans (3) :
Mestres (marchand de journaux) ; Gispert (chiffonnier) ; Picola (tailleur d’habits).
Étudiants (2) :
Ils étaient des collégiens de l’enseignement secondaire : Erre et Laffite.
Ces victimes étaient toutes des personnes bien insérées dans la vie active de la cité.
Bilan
Il est faux d’affirmer, comme le firent des chefs départementaux de la résistance au lendemain de la Libération de Perpignan et du département, que les FFI avaient chassé les Allemands et que les Pyrénées-Orientales avaient été l’un des premiers départements à se libérer par lui-même (la plaque commémorative de la rue Mailly, affirme même que dans les anciens locaux du commissariat de police, le CDL aurait "dirigé" les "opérations" militaires des 19 et 20 mai 1944 qualifiées, à tort, d’insurrectionnelles"). La réalité fut sensiblement différente et il convient de corriger la vision exaltée qui s’est imposée au lendemain de la Libération. Les Allemands avaient décidé de quitter la ville. Le gros de leurs effectifs, en dépit de pertes (morts et prisonniers) prit la direction de la vallée du Rhône et fut harcelé par les résistants du Languedoc qui infligèrent de lourdes pertes. Les communistes et les FTPF auraient souhaité un engagement de l’ensemble de la Résistance contre les Allemands. Sébatien Rius et Jean Couret, le chef départemental des FTPF, le firent savoir aux représentants de l’AS et de l’ORA lors d’une réunion commune tenue le 18 août. Ils désapprouvaient les résultats de l’entrevue entre le major Parthey et les représentants de la Résistance non communiste, Camille Fourquet et Jacques Pizard. Mais la "capitulation" envisagée par Parthey ne put avoir lieu comme cela a été expliqué plus haut. Les forces de l’AS/CFL se battirent donc, ce que sembla ignorer Monteil dans son témoignage de 1970 lorsqu’il affirma "qu’ils [l’AS et l’ORA] n’ont pas participé aux combats" et "(...) qu’il n’y a pas eu une bataille de la Libération [à Perpignan]. Il y a eu l’affaire du Pont Rouge", c’est tout. (...) Nous aurions voulu la capitulation [des Allemands après un combat libérateur] mais nous n’en étions pas capables".
De fait, la participation massive des forces de l’AS/CFL aux combats des 19 et 20 août 1944 qu’ignora le responsable départemental du PC fut, l’occasion de conforter la résistance non communiste dans la mise en place, source de rivalités politiques, du CDL et la prise en main de l’administration départementale. Le rapport des forces était ainsi, provisoirement (?), conforté, au détriment du PCF. Les FTPF et le parti communiste n’ont, en effet, que participé marginalement aux opérations de la Libération de la ville.
Les faits démentent aussi la version donnée par les guérilleros de l’AGE, longtemps après la Libération (Guerrilleros en terre de France, op. cit., 2004, p. 171, à la suite de Miguel Angel Sanz en 1980) : il y est fait état de la participation aux opérations de vingt-cinq hommes de l’AGE, conjointement avec les FTPF. Les FTPF qui produisirent des témoignages après la Libération (cf. Les Sources, ci-dessous) ne firent jamais allusion à des opérations conjointes avec les guerrilleros — ils le firent pour d’autres opérations, comme les combats de Valmanya du 1er au 3 août 1944 — et n’ont jamais mentionné les "opérations" évoquées dans cet ouvrage comme étant de leur fait. De plus, celles-ci, situées dans la nuit du 20 août, vers trois heures du matin, furent, de l’aveu même de l’auteur de l’ouvrage mentionné ci-dessus, des occupations sans combat d’édifices abandonnés au préalable par les Allemands (gare SNCF, siège de la Sipo-SD à l’avenue de la gare, citadelle) : en tout état de cause, elles furent le fait des résistants ayant participé à aux combats de la Libération de la ville, parmi lesquels se trouvaient sans doute des guérilleros. Le même ouvrage attribue aussi aux hommes de l’AGE, l’attaque, le 20 août à 11 heures, après, donc, la Libération totale de la ville, d’une colonne allemande venant d’Elne, au sud de Perpignan. Celle-ci, évoquée par Jean Larrieu (op. cit., 1994, p. 355) d’après un témoignage de 1944, fut attribuée aux FFI, sans allusion à une participation d’Espagnols de l’AGE). La brigade des Pyrénées-Orientales de l’AGE avait , en juillet-août 1944, concentré ses forces dans un maquis établi, en définitive, dans le massif du Canigou et avait essuyé, avec les FTPF, l’assaut conjoint des Allemands et de la Milice (Valmanya, 1-3 août 1944). Les effectifs "urbains" de l’AGE présents en Perpignan étaient peu importants et ne pouvaient donc participer que de façon marginale aux combats de la Libération de Perpignan à l’issue desquels, ils n’eurent aucune victime.
Si la Résistance non communiste a contrarié le départ allemand en le retardant, elle n’a pas, pour l’essentiel, pu porter un coup décisif au gros des forces du Reich qui purent s’échapper en direction de Narbonne. Les sources allemandes dépouillées par Christian Xanxo (op. cit.) confortent ce que l’on savait déjà.
Le 26 août, les obsèques solennelles de dix-huit des vingt victimes des combats de la Libération de Perpignan, avec l’absoute de Mgr. Bernard, évêque d’Elne-Perpignan à la cathédrale Saint-Jean de Perpignan permit d’affirmer, devant une foule immense, le sacrifice des résistants artisans de la Libération de la ville. Parmi les combattants de la Résistance qui, blessés, survécurent, nous avons relevé les noms de Jean Raspaud (grièvement blessé dans la "bavure" du Haut-Vernet qui provoqua la mort d’Erre, Julia et Lafitte : cf. ci-dessus) et d’Ernest Fabresse originaire de Pia et ancien combattant des Brigades internationales qui fut amputé d’une jambe.
Des prisonniers (Allemands, Autrichiens et Italiens sous uniforme allemand) furent capturés pendant ces journées, ce qui accrut le sentiment de victoire. Les Allemands firent sauter un train de munitions en gare de Perpignan et l’arsenal (ancienne chapelle gothique des Carmes) qui fut le seul édifice détruit.
Les victimes allemandes des combats, au nombre de vingt-deux ont été inhumées par les Pompes funèbres de Perpignan, mais leur décès n’a pas été enregistré à l’état civil de la ville. Seule l’identité de trois soldats allemands a pu être déterminée lors de la ré-inhumation au cimetière militaire allemand de Dagneux (Ain) en 1961.
Le 19 août 1944 a été retenu comme jour de la libération de Perpignan, même si celle-ci ne fut effective que le 20 au matin. Il existe en effet, une rue du 19 août 1944 dans un lotissement des nouveaux quartiers du sud-ouest de la périphérie communale (près de la limite avec Toulouges et Canohès) construits à partir des années 1990.
Marceau ALIBERT
Louis ANDRIEU
André BOUILLE
Barthélemy CLARA
Pierre DAURÉ
Pierre ERRE
Pierre GISPERT
Roger JULIA
Paul LAFFITE
Pierre LAURET
René LLAURENS
Paul MASANA
François MESTRES
Marcel PELLEGRAIN
Pierre PICOLA
Jean PINEL
Robert PRIEUR
Michel THOME
Henri VIC
Isidore VIDAL
Sources

SOURCES : AVCC, Caen : dossiers Erre Pierre (21 P 180300), Julia Roger (sans cote). — Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 13 J 26, Fonds Fourquet ; 13 J 33, historique de l’ORA dans les Pyrénées-Orientales par François Puig ; 1 J 765, Fonds Pizard. — Arch. privées André Balent, copie du tapuscrit inédit de Camille Fourquet, Le Roussillon sous la botte nazie, s.d. [1965], 207 p. ; texte inachevé rédigé par Marcel Mayneris sur la période 1941-1944, Perpignan, 10 juillet 1983 ; Arch. privées André Balent, copie d’un tapuscrit autobiographique, Biographie et rapport sur la Résistance de Rius Sébastien alias « Constantin » Numéro matricule 40014, 17 p., s. d. [années 1980] ; Arch. privées André Balent, entretien entre Marcel Monteil et Étienne Frénay, 1970, retranscrit (manuscrit ) par ce dernier ; Archives privées André Balent, entretien entre Sébastien Rius et Étienne Frénay, 1972, retranscrit par ce dernier. — Le Républicain du Midi, Perpignan, quotidien, organe du CDL des Pyrénées-Orientales, 26 août 1944. — André Balent, « Perpignan la résistante » in dir. Raymond Sala, Michelle Ros, Perpignan une et plurielle, Perpignan, Éditions Trabucaire, Archives de la ville de Perpignan, 2004, pp. 523-549. — Narcís Falguera (dir.), d’après Miguel Angel Sanz, Guerrilleros en terre de France. Les républicains espagnols dans la Résistance française, Pantin, Le Temps des Cerises, 2e édition, 2004, 316 p. [p. 171]. — Ramon Gual, Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II a, Iconographie : documents, photos, presse...Els alemanys fa (pas massa) temps, Prades,Terra Nostra, 1996, 424 p. ; De la Résistance à la Libération, II b, Terra Nostra, Prades, 1998, 688 p. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Prades,Terra Nostra, 1994, 400 p. — Georges Sentis, Dictionnaire biographique des résistants et des civils des Pyrénées-Orientales tués par les Allemands et les collaborateurs, Perpignan, Éditions M / R, 28 p. — Cristià Xanxo, La libération de Catalunya Nord ou le retrait allemand. Samedi 19 et dimanche 20 août 1944, Prades, Terra Nostra, 2015, 151 p. [livre qui produit, aussi, pour la première fois, les sources allemandes].

André Balent

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