Le 7 septembre 1943, sur la commune de Maisonnisses (Creuse) un commando parachutiste de la Luftwaffe sous les ordres de la SIPO-SD de Limoges (Haute-Vienne) procéda à l’anéantissement de l’un des premiers maquis creusois, installé dans le bois du Thouraud. Sept jeunes maquisards furent tués, six autres furent faits prisonniers et déportés en même temps que deux agriculteurs de la commune qui leur avaient apporté leur soutien.

Au printemps 1943, les réquisitions pour le STO amenèrent un certain nombre de jeunes creusois à tenter d’y échapper. Le hasard des circonstances conduisit plusieurs jeunes guérétois à prendre contact avec un dentiste de Guéret Mr. Georges Lévêque (exerçant également à Sardent en Creuse) appartenant au mouvement de résistance « Ceux de Libération - Vengeance ». Il était en relation avec la direction parisienne du mouvement dont l’un des fondateurs était Yves Chabrol, pharmacien à Paris, mais né à Ahun (Creuse) et qui lui-même avait conservé des liens personnels et familiaux à Guéret et dans le secteur de Sardent. Ce mouvement dont l’objectif premier n’était pas la lutte armée décida de favoriser la constitution d’un maquis sur les communes de Sardent et Maisonnissses pour assurer un refuge aux jeunes réfractaires. Le responsable local était Louis Ameaume, habitant de Sardent, lieutenant du groupement « Ceux de Libération – Vengeance » pour la région de Sardent de fin 1942 à la Libération. A l’été 1943, ce maquis regroupa entre 15 et 20 jeunes résistants. Peu armés, leur action consista surtout en l’incitation (en suivant les consignes de Londres) aux agriculteurs à ne pas livrer leur blé pour l’Allemagne et en deux tentatives et actions de sabotage dans la deuxième quinzaine d’août contre des entrepreneurs de battage locaux. Le maquis fut très rapidement repéré par les services de renseignement allemands. Après la guerre, des enquêtes furent menées pour connaître l’origine des « dénonciations ». Plusieurs causes furent évoquées : plaintes et dénonciations de l’entrepreneur de battage, rapports des gendarmes de la brigade de Pontarion (Creuse), infiltration et dénonciation de jeunes miliciens de Guéret mais aussi imprudences des jeunes maquisards dans leurs déplacements. Les travaux historiques les plus récents (Christophe Moreigne op. cit.) tendraient à montrer que toutes ces causes ont pu concourir simultanément.
La SIPO-SD de Limoges organisa début septembre 1943, une opération contre le maquis. Ne disposant pas en Creuse de troupe constituée, elle fit appel à un commando de parachutistes de la Luftwaffe à l’entraînement au camp de La Courtine (Creuse). L’attaque se produisit le 7 septembre 1943 à l’aube. L’abri où se trouvaient les jeunes maquisards fut encerclé, ceux qui tentèrent de fuir furent abattus, un lancer de grenade contraignit les autres à se rendre. Les morts et les blessés (achevés par les troupes allemandes) furent regroupés dans l’abri, que les militaires allemands détruisirent à l’explosif. Le témoignage d’un survivant Daniel Guisard, enregistré en 1961 pour le dossier DAVCC de Bernard Verbeke précise : « les camarades blessés au cours de l’accrochage et sous les tortures ont été traînés en tas et odieusement massacrés à l’aide d’armes et que deux bombes furent même placées, l’une dessus, l’autre dessous ». L’opération se termina vers 10 h 30. Le bilan était de sept morts chez les jeunes résistants ; six autres jeunes furent faits prisonniers et déportés ainsi que deux agriculteurs qui avaient assuré leur ravitaillement.
Liste des victimes :
Les morts du Bois du Thouraud : BRUNET Gabriel ; CAVARNIER Georges ; COLOMB John-Allen ; JANVIER Roger ; MAITRE-ALLAIN Jean Pierre ; NOUHAUT Jacques ; VERBEKE Bernard.
Les déportés : six jeunes maquisards, AUREIX Emile (mort en déportation) ; DOLLET Henri (mort en déportation) ; DUBREUIL Marcel ; GUISARD Marcel ; RICHE Roger ; VAN DEN EDEN Georges (mort en déportation) et deux agriculteurs locaux, JULIEN Henri (mort en déportation) et VINCENT André (mort en déportation).
L’évènement, première opération violente de répression en Creuse provoqua une vive émotion et un choc profond dans l’opinion publique creusoise. Le rapport mensuel du préfet pour le mois de septembre (rapporté par Ch. Moreigne op. cit.) déclare : « La mort de sept jeunes gens dont trois étaient de Guéret, tués par les Allemands à Sardent, le 7 septembre, a causé dans la population une vive hostilité à l’égard des troupes d’occupation ». La Milice de Guéret en vint même le 11 septembre 1943 à distribuer à Guéret des papillons démentant être en quoi que ce soit responsable du massacre.
Très rapidement après la Libération, le bois du Thouraud devint un lieu de mémoire et de commémoration. Un monument fut dressé sur les lieux et inauguré le 7 septembre 1947. L’abri fut réhabilité pour devenir un lieu mémoriel. Une stèle au village de La Feyte (commune de Sardent) porte les noms des sept tués du maquis. Des commémorations ont lieu chaque année pour commémorer l’évènement.
Sources

SOURCES : Christophe Moreigne Le massacre du bois du Thouraud ARSVHRC bulletin n° 42 mars 2009, disponible sur le site Creuse Résistance — René Castille Le massacre du bois du Thouraud ARSVHRC bulletin n°31 décembre 2003, disponible sur le site de Creuse Résistance — René Castille, Guy Avizou, Christophe Moreigne, Pascal Plas La Creuse pendant lea seconde guerre mondiale Ed. Le Puy Fraud 2012 — Marc Parrotin Le temps du Maquis, Histoire de la Résistance en Creuse Ed. Verso 1984 — Journal La Montagne 7 septembre 2015Photographies du site aujourd’hui et des monuments.

Michel Thébault

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