Saint-Georges d’Hurtières, attaque du maquis le 14 mars 1944 (Savoie, Maurienne)

Corps des résistants abattus
Crédit : Philippe Wilmouth, Ascomemo
Stèle commémorative
Crédit : Philippe Wilmouth, Ascomemo
À l’entrée de la vallée de la Maurienne, sur la commune de Saint-Georges d’Hurtières, au hameau de Plan du Bourg, était installé un maquis FTP. Ce maquis fut, au départ, constitué d’hommes issus d’un maquis de Saint-Sorlin d’Arves passé au FTP dans l’hiver 43-44. A ce noyau initial vinrent s’ajouter cinq déserteurs allemands « yougoslaves » puis quatre jeunes membres d’un groupe FTP chambérien arrivés à la mi-février. On peut évaluer à une quinzaine le nombre d’hommes présents dans le maquis au début mars 1944. Des agriculteurs de la commune assuraient le ravitaillement.
Le 29 février 1944 Reymondet, de son vrai nom Georges Catella, une nouvelle recrue passée par le relais du groupe FTP de Coise, intégra l’équipe. Le 11 mars au soir l’homme disparut. li était en fait un agent de la Gestapo chargé d’infiltrer l’organisation. Dans la nuit du 13 au 14 mars 1944, il guida des troupes allemandes jusqu’à Saint-Georges. Vers 3 heures du matin, Ludwig Heinson, chef du SD pour la Savoie lança l’opération. 120 hommes transportés à bord de quatre fourgons cars, précédés et suivis par des groupes de motocyclistes, investirent la commune et opérèrent avec précision sous les indications de G. Catella. Dans un premier temps, les hommes de la Wermacht s’arrêtèrent à la ferme de Louis Pichet, qui assurait l’approvisionnement du groupe. Celui-ci parvint à s’enfuir in extremis, mais son épouse fut arrêtée. A l’issu de l’opération, six autres villageois furent interpellés. Tous furent déportés. Nous connaissons une partie de la suite des événements grâce au témoignage de Charles Michel, FTP chambérien qui survécut à l’attaque du maquis. Au camp, l’alerte donnée, une partie du groupe parvint à s’échapper, dont Charles Michel à qui avait été confié un sac de documents à cacher. Huit hommes restèrent sur place pour contenir l’attaque. Faiblement armé le groupe tint en respect l’ennemi quelques heures mais fut capturé au petit matin : Louis Bissone, Bernard Cathelin-Tellier, Jean Scioscia, Georges Gensingèr, Claude Labbe, Robert Marlier, Charles Martinotti et Louis Ronchail furent exécutés vers huit heures du matin à une cinquantaine de mètres des chalets incendiés. Les gendarmes découvrirent les huit corps couchés côte à côte. Tous portaient des traces de balles dans la tête. François Giraud, un agriculteur de 59 ans habitant le hameau fut abattu lui. aussi. Charles Michel caché dans une grange fut capturé peu après l’’èxécution et déporté par la suite. L’identification des victimes s’avéra difficile, les Allemands ayant fouillé les cadavres, allant jusqu’à les dépouiller de leurs chaussures. L’opération terminée, les troupes allemandes effectuèrent de nombreuses perquisitions dans les maisons du chef lieu et des hameaux de La Chaise, du Pujat, des Onfands et du Pichet, pillant et incendiant plusieurs fermes.
Le 24 août 1944 cette opération connut un épilogue sanglant. Les troupes allemandes en déroute passèrent à St Georges lors de leur repli et arrêtèrent M. George, un des ravitailleusr du maquis. Martyrisé, il fut exécuté près d’Argentine.
Un monument a été érigé sur les lieux même du massacre et une plaque commémorative a été apposée à l’entrée de la mairie de Saint-Georges d’Hurtières.
MAQUIS DE SAINT- GEORGES D’HURTIERES. Notices individuelles :
BISSONE Luigi
CATHELIN-THELLIER Bernard
GENSINGER Georges
LABBE Robert
MARLIER Robert
MATINOTTI Charles
RONCHAIL Louis
SCIUSCIA Jean
Et un civil
GIRAUD François
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Savoie, 1523 W 8, 1404 W 29. — Michel Aguettaz, Les FTP dans la résistance savoyarde, Grenoble, PUG, 1995. — Témoignage Charles Michel. — Roseline Perrier, J’appartiens au silence : Maurienne, vallée rebelle et vallée martyre. Les Marches, La Fontaine de Siloé, 1991.

Michel Aguettaz

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