Le 10 janvier 1944, à l’École du Service de santé militaire, avenue Berthelot (Lyon, Rhône), les Allemands exécutèrent vingt-deux prisonniers extraits de la prison de Montluc.

Le 10 janvier 1944, à 14h15, 4 quai Saint-Clair (quai André Lassagne, Lyon, Ier arr.), à hauteur du tunnel de la Croix-Rousse, sept résistants tirèrent sur trois soldats allemands à bicyclette et prirent la fuite. Deux soldats furent mortellement touchés et le troisième, grièvement blessé, décéda peu après. Des barrages furent aussitôt établis par les Allemands. Des personnes furent arrêtées dans le quartier et conduites à la prison de Montluc (Lyon).
Vers 19 heures, vingt-deux détenus, parmi lesquels des hommes raflés après l’attentat (six d’après Raymond Léculier), furent extraits de Montluc. Ils furent conduits dans les caves de l’École du Service de santé militaire, siège de la Gestapo, avenue Berthelot (Lyon, VIIe arr.), puis ils furent exécutés.
Vers 1 heure du matin, la police française fut prier de se rendre sur les lieux pour faire transporter les cadavres à l’Institut médico-légal. Après une entrevue avec un officier allemand, les policiers furent conduits devant une cellule située dans les sous-sols. Le commissaire Adrien Richard décrivit la scène : « La porte ayant été ouverte, nous avons assisté à une vision effroyable : les cadavres étaient amoncelés dans le coin de la cellule, baignant dans une mare de sang. Il s’agissait de jeunes gens qui avaient été mitraillés face à la porte. Ils étaient agglutinés, à demi allongés, et je me souviens qu’un facteur en uniforme s’était hissé à demi sur un siège et avait été abattu : son visage avait un rictus effroyable. Nous avons compris que la théorie de l’officier allemand – théorie selon laquelle ces personnes avaient été abattues en état de rébellion – ne pouvait se soutenir, étant donné la position des cadavres… j’ai compté dans le couloir 180 et quelques douilles de mitraillettes qui avaient servi à l’exécution… […] ».
Dans une lettre du 22 janvier 1944, le préfet régional Angeli écrivit : « les chefs de la Police allemande […] m’ont fait connaître que les détenus auraient essayé de s’enfuir par une porte laissée ouverte après avoir tenté de désarmer le gardien. Celui-ci aurait appelé au secours. D’autres seraient venus qui auraient fauché les vingt-deux victimes à coup de mitraillettes ». Le préfet ne fut pas dupe. Il ajouta : « L’opinion considère que les autorités d’occupation ont usé en la circonstance de représailles à la suite d’un attentat qui la veille avait coûté la mort dans les rues de Lyon à deux soldats allemands. Quoi qu’il en soit, cette affaire a provoqué une émotion profonde. L’Officier de la police allemande qui m’a reçu ainsi que le Maire de Lyon m’a exprimé ses regrets en disant c’est la guerre ».


Liste des victimes :
BAILLY Pierre
BASTIDE Marcel, Jean, Benoît
BERARD Pierre
BILGER René, Antoine
BLANCHIN Albert
BONNEVANT Georges
CÉSARD Jean
DUPONT Ivan Albert Paul
EIBENSCHUTZ Raphaël
GAREL Léon
GAUCHON Louis
GAUDARD Jean
JACQUESSON André, Émilien
JEANNIN Aimé, Maxime
LE MAGUER Jules, Victor
LAMBERT Raymond
PAGEZY Marc, Paulin, Philippe
PERRIN Pierre, Marius
POUGET Pierre
POULY Léon, Paul
TERRIER Marcel
TESTA Raymond
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 182W269, 31J157.— Bruno Permezel, Victimes de l’Occupation à Lyon et alentour, 81 monuments 11 parcours, 2001.— Onac du Rhône, Les Fusillés de l’avenue Berthelot, 24 novembre 1943, 2008.— Raymond Léculier, Alice Joly, A Montluc, prisonnier de la Gestapo, souvenirs de Raymond Léculier, 25 novembre 1943 – 25 août 1944, 2006.— Paul Garcin, Interdit par la censure : 1942-1944, 1944.— Marcel Ruby, La vie quotidienne dans le Rhône pendant la seconde guerre mondiale, illustrée par 500 documents photographiques de l’époque, 1996.— Notes de Jacques Chauvet.

Jean-Sébastien Chorin

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