Dirigées par les frères Trompette, en liaison avec Gaston Defferre, les Milices socialistes de la région marseillaise, version locale des Groupes Veni, avaient préparé depuis mars 1944 l’installation d’un maquis dans le massif de la Sainte-Baume, à la lisière des Bouches-du-Rhône et du Var. Implanté autour de la ferme de La Coutronne, à l’intersection des routes venant d’Auriol et Gémenos (Bouches-du-Rhône) et conduisant au Plan d’Aups, il avait été approvisionné en armes grâce aux parachutages obtenus par la mission Gardener du Special Operations Executive (SOE) et reçus dans le secteur de Trets (Bouches-du-Rhône). Cette mission était dirigée par Robert Burdett (Robert Boiteux, René Firmin, René Boileau), qui avait déjà accompli une longue mission en France auparavant. Il était assisté d’un officier adjoint (Roger Aptaker Aleric) et d’un officier radio (Gaston Cohen Gaston Collins, Justin). Elle avait été parachutée dans le Sud-Ouest au début mars 1944, spécifiquement pour venir en appui à ces Milices marseillaises. Les premiers éléments du maquis de La Coutronne étaient montés fin mai 1944, mais c’est après le 6 juin, conformément aux ordres de mobilisation reçus, que le maquis s’est véritablement constitué. Il avait pour base la SNCASE (Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Est) dont plusieurs de ses cadres – l’ingénieur Maurice Mouchet qui fut tué le 10 juin en particulier - et de ses éléments habitant Marseille provenaient, de même que les camions qui avaient permis de monter du matériel. D’autres éléments étaient issus des traminots et des marins-pompiers de Marseille. C’est le quartier de Saint-Loup (10e arrondissement de Marseille) qui semble avoir constitué sa principale base territoriale. Le gros des recrues arriva le 9 juin et fut réparti en deux camps, le principal, une soixantaine d’hommes, auprès du dépôt d’armes, et un camp de triage d’une trentaine d’hommes à la ferme, où était aussi l’infirmerie, et à la bergerie. Le maquis fut attaqué au petit matin du 10 juin par deux colonnes allemandes, venant l’une d’Auriol, l’autre de Gémenos. L’attaque commencée vers 6 heures du matin prit à partie les deux camps. Le combat dura plusieurs heures avant que le dépôt d’armes ne soit saboté et que l’ordre de dispersion soit donné aux maquisards vers 9 heures. La lutte était de toute façon inégale. Seule une vingtaine d’hommes était en situation de combattre, la moitié n’avait pas ou peu d’instruction militaire. Le camp de triage put se replier sous le commandement de Louis Deleuil sans grandes pertes. Le camp principal fut sérieusement affecté puisqu’il perdit onze des siens, dont ses deux chefs, le capitaine Dussard et l’enseigne Bouygues, et eut plusieurs blessés (une vingtaine peut-être) dont Roger Burdett. Grâce aux complicités locales, ces blessés purent être soignés et convoyés, si nécessaire, dans les localités voisines. Les rescapés échappèrent au ratissage du secteur par les Allemands. La population du Plan d’Aups fut rassemblée et le village perquisitionné, tandis que l’hôtellerie de la Sainte-Baume, lieu de pèlerinage important, mais aussi lieu de refuge abritant en particulier de jeunes juives, était menacée. Les Allemands auraient eu des pertes, dont le chiffrage oscille entre 33 et 47 hommes, ce qui est évidemment exagéré. Les morts – neuf retrouvés dans un premier temps - furent inhumés au cimetière du Plan d’Aups. Les rescapés reformèrent un maquis sur la commune de Trets et participèrent à la libération de Marseille.
Liste des résistants tués
ASTIER Henri
BOUYGUES Paul
BRUNY Léon
DEL BOVE Sauveur
DUSSART Lucien
GERBE Adrien
MOUCHET Maurice
NEGRONI Luc
QUEIREL Jean-Baptiste
QUEIREL Roger
Sources

SOURCES : Archives SOE, sheet 51 mission Gardener.— SHD 13P54, rapport de gendarmerie du 9 août 1958.— Arch. Dép. Var 1W99.— Témoignages.— Adrien Blès, Dictionnaire historique des rues de Marseille, Marseille, Éd. Jeanne Laffitte, rééd. 2001.— Alain Decanis, « La Résistance en pays Sainte-Baume (1940-1944) », Pays Sainte-Baume n°4, 1997.— Evelyn Le Chêne, Watch for me by Moonlight : A British Agent with the French Resistance, Londres Corgi, 1974 (souvenirs de Robert Burdett).

Jean-Marie Guillon

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