En représailles de la réussite du débarquement allié sur les côtes provençales, le responsable de la section exécutive du kommando Sipo-SD Nizza sélectionna, au début de l’après-midi, vingt-et-un patriotes encore détenus dans le quartier allemand de la Maison d’Arrêt de Nice (dix-huit hommes : Victor Bocchiardo, Joseph Bodo, [René Borghini-177117], Hubert Chabaud, Robert de Lattre, Edmond Dunan, Maurice Flandin, Paul Guillevin, Victor Harang, Victorin Hugues, André Kraemer, Laurent Luquet, Louis Maccagno, Jean-Baptiste Malausséna, Jacques Renard, André Robineau, Auguste Roux, Gaston Tardieu et trois femmes : Esther Poggio, Maria Reschkonski et Hélène Vagliano) qui furent transportés en camion jusqu’à un terrain vague de L’Ariane proche du cantonnement d’une compagnie du 8e régiment de grenadiers (qui avait participé aux opérations de représailles contre le village de Gattières le 3 juillet comme à l’exécution du patriote Roland Bensoussan* le 9 août), en compagnie de deux membres des GAPPF qui n’avaient pas partagé le fruit de leurs rapines avec les SS.
Parvenus sur le lieu bordant le lit du fleuve Paillon, à la limite de Nice et de La Trinité-Victor, les détenus furent abattus par une dizaine de grenadiers tirant des rafales de mitraillette au fur et à mesure de leur descente du camion, ce qui explique le caractère horrible des photos prises un peu plus tard par l’Identité judiciaire.
Au début du mois de novembre 1944, la nouvelle municipalité niçoise fit planter vingt-et-un cyprès sur le site, symboles d’éternité et, pour la cérémonie du 15 août 1945, une croix de Lorraine en bois fut placée au milieu des cyprès, devant lesquels des écriteaux de bois portant le nom des vingt-trois martyrs (on ajouta le nom des deux FTP Charles Alunni, et Claude Mendrjisezki->177624] fusillés derrière l’école de L’Ariane le 22 juillet 1944, les deux GAPPF étant exclus de la mémoire collective) furent fichés sur le sol ; un grand mât portant le drapeau tricolore fut installé derrière la croix de Lorraine. Ultérieurement, le site fut gravillonné et l’on accéda à la large terrasse dominant le lit du Paillon par une descente goudronnée munie de plusieurs marches d’escalier. Le lieu fut dès 1945 appelé « Carré des Fusillés » et la route vicinale le desservant fut baptisée « Chemin des Fusillés ». Une barrière était fermée la nuit mais les visites étaient possibles dans la journée mais, à la suite de tags et de déprédations constatés en 2005, le site fut fermé en dehors du jour de la commémoration. Les écriteaux en bois ont été remplacés par des écriteaux en marbre depuis 2012. Le nombre des cyprès s’est réduit de moitié depuis 1945 mais les plus centraux sont énormes et couvrent plusieurs écriteaux chacun.
C’est au Carré des Fusillés de L’Ariane que se déroule chaque année la plus importante cérémonie patriotique des Alpes-Maritimes concernant la Deuxième guerre mondiale avec un public variant de cent-vingt à deux cents personnes, parmi lesquelles quelques parents de fusillés, le préfet ou son représentant, le président du conseil général ou son représentant, le représentant du président du conseil régional, le maire de Nice ou son représentant, plusieurs élus municipaux et cantonaux, le délégué militaire départemental, le président du Souvenir français, des présidents d’associations d’anciens combattants et une trentaine de porte-drapeau, La Marseillaise et Le chant des partisans étant joués par la musique des sapeurs-pompiers de la Ville de Nice.
Sources

SOURCES : Robert Girod, Les fusillés de L’Ariane. 15 août 1944. L’Ariane champ d’honneur, Le Cannet, Artephis, 1994 — Jean-Louis Panicacci, Les lieux de mémoire de la Deuxième guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes, Nice, Serre, 1997 — ONAC des Alpes-Maritimes, Les fusillés de L’Ariane, 15 août 1944, Service départemental de l’ONAC, 2002.

Jean-Louis Panicacci

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