Lieu de culte médiéval, puis forteresse militaire au XIXe siècle, le Mont-Valérien a été le principal lieu d’exécution par l’armée allemande de résistants et d’otages en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, le site est choisi pour honorer la mémoire des morts pour la France de 1939 à 1945. Le Mémorial de la France combattante est inauguré par le Général de Gaulle le 18 juin 1960. Lieu d’exécution, le Mont-Valérien est un élément central dans la compréhension de l’organisation répressive allemande sur le territoire français. La multiplicité des parcours des 1008 fusillés, nous permet aujourd’hui d’en décrire la diversité. Ces hommes, assassinés parce qu’ils étaient résistants, otages, Juifs ou communistes sont autant de rappels à notre histoire qui firent naturellement de ce site un Haut lieu de la mémoire nationale. A l’intérieur du site, le Parcours du Souvenir permet de suivre le chemin de ceux qui allaient être fusillés : de la chapelle dont les murs gardent encore la trace des graffitis gravés par des condamnés, à la clairière des fusillés. Désormais, lieu pédagogique et commémoratif, le Mémorial du Mont-Valérien permet de mieux comprendre ce que fut la répression du régime d’occupation nazi, la collaboration française, et quel était le parcours de ceux « qui aimaient la vie à en mourir ».
Du principal lieu des exécutions en France entre 1941 et 1944...
La première exécution en région parisienne a lieu au fort de Vincennes. La Wehrmacht investit le Mont-Valérien dès juin 1940 et considère toutes les opportunités qu’offre le site. La proximité immédiate de Paris dans un endroit suffisamment isolé, en fait dès le mois d’août 1941 le lieu central des exécutions en France. Notons que de Juillet 1942 à septembre 1943 le stand de tir de Ballard a lui aussi été utilisé pour des exécutions, notamment de représailles, ainsi qu’au mois de juillet 1944. Au Mont-Valérien, 1008 hommes ont été exécutés du mois de mars 1941 au mois d’août 1944. Parmi eux, 33% relèvent du code des otages et 67% sont des résistants condamnés à mort par des juridictions militaires. Des droits communs y ont aussi été exécutés. Sur la totalité des fusillés, 80% sont affiliés à des organisations communistes et 17% sont juifs. Ces chiffres s’expliquent notamment par le code des otages qui fonctionne jusqu’au mois d’octobre 1943, et qui puise dans les camps parisiens (principalement Romainville et Drancy) les victimes des politiques de représailles. Cette évolution est notamment provoquée par l’évolution du rôle de la SS au sein de l’état nazi et le développement des politiques de déportation. Les otages sont pour moitié Juifs et beaucoup sont affiliés à un groupe de résistance. Les résistants condamnés à mort qui y sont exécutés proviennent essentiellement des prisons de la région parisienne et les otages des camps de Drancy et de Romainville. En France, près d’un quart des condamnations à mort prononcées par une juridiction dépendant du commandement militaire allemand, ainsi qu’un otage sur deux ont été fusillés au Mont-Valérien.
A travers les parcours et les identités des résistants condamnés à mort par les tribunaux militaires et des otages fusillés au Mont-Valérien, c’est toute la diversité de la vie clandestine que ce lieu nous donne à voir. Il suffit pour le mesurer d’invoquer les noms de Missak Manouchian, d’Honoré d’Estiennes d’Orves, de Boris Vildé ou de Gabriel Péri. Au moins dix-sept nationalités sont représentées au Mont Valérien, auxquelles s’ajoutent les parcours des hommes issus des territoires des colonies d’Afrique du Nord. Si la majorité des fusillés proviennent du ressort du "Gross Paris", c’est l’ensemble des territoires français qui y sont aussi représentés puisque seuls 6 départements ne comptent pas de fusillés au Mont-Valérien.
Les condamnés, amenés depuis les prisons et les camps parisiens, sont exécutés dans la clairière, parfois cinq par cinq. Les fusillades d’otages ont tué jusqu’à 88 hommes (le 11 août 1942) en une journée au Mont Valérien. Un officier leur lit l’acte de condamnation, le peloton d’exécution procède au tir puis le médecin militaire vient constater le décès. Lorsque certains hommes devaient attendre avant d’être fusillés, ils étaient enfermés dans une ancienne chapelle à proximité de la clairière. C’est sur les murs de celle-ci que nous trouvons aujourd’hui encore leurs dernières inscriptions, c’est aussi dans cette chapelle que l’aumônier allemand des prisons, Franz Stock, a pu les assister dans leurs derniers moments et permit souvent d’apporter aux familles une ultime lettre et des objets personnels. Les seuls photographies d’une exécution au Mont-Valérien, ont été prises clandestinement par un soldat allemand, Clemens Ruthers, lors de l’exécution des membres du groupe FTP-MOI de Missak Manouchian. Mis en bière, les corps sont transportés vers différents cimetières de la région parisienne : Suresnes, Puteaux, Bois-Colombes, Ivry-sur-Seine, Thiais… où ils sont inhumés dans des fosses communes ou des tombes individuelles, ou encore au Père-Lachaise à Paris où ils sont incinérés. La dispersion et l’anonymat des corps imposés par les forces d’occupation a pour but d’éviter que ces sépultures ne deviennent des lieux de rassemblement et des symboles des martyrs de la Résistance.
Au premier des Hauts lieux de la mémoire nationale...
Durant la guerre le Mont-Valérien est déjà l’objet de nombreux textes de la Résistance, et les parcours des "martyrs" sont relayés dans la presse et les tracts clandestins. Dès son retour à Paris, le général de Gaulle projette d’y établir un Mémorial. Dès novembre 1945, 15 dépouilles de "Morts pour la France" sont emmenées dans une casemate de la forteresse pour représenter l’ensemble de la France combattante. Un seizième corps les rejoint en 1952. Parmi eux, deux compagnons de l’Ordre de la Libération, une déportée, deux femmes engagées dans la Résistance, des combattant issue de l’armée régulière et de l’empire colonial, un tirailleur Sénégalais, un soldat Marocain, un soldat Tchadien, un soldat Tunisien. Ils sont transférés au Mont-Valérien le 11 novembre 1945 dans un cortège qui part de l’Arc de Triomphe. Face à cette crypte en arc de cercle une sculpture en acier représentant une flamme fait écho à la flamme de la Résistance qui brûle en permanence à l’extérieur et qui évoque le souvenir des martyrs de la déportation. Dans son socle une urne renferme des cendres recueillies dans 9 camps de concentration. De retour au pouvoir, le général de Gaulle inaugure le Mémorial de la France combattante en 1960. Dans la nuit du 17 au 18 juin 1960, date anniversaire de l’Appel, les corps sont amenés dans la crypte. A chaque inhumation d’une dépouille, un haut-relief est dévoilé. Ces hauts reliefs, qui ornent l’extérieur du monument, donnent à voir ce que la France du début des années 1960 souhaite montrer de ce conflit. Seize allégories, réalisées par seize sculpteurs différents célèbrent des libérations de villes françaises : Paris, Colmar, Strasbourg, Alençon. Des libérations de villes étrangères où la France s’est illustrée : Sienne. Des actes de bravoure, des batailles mémorables : Casabianca, Saumur, Cassino, Le Fezzan, Bir-Hakeïm, Narvik. Des allégories du sacrifice : Maquis, déportation, Action, FAFL, Fusillés. Un dix-septième caveau est vide, il renfermera un jour la dépouille du dernier compagnon de l’Ordre de la Libération. Chaque année, la flamme de la Résistance y est ravivée par le chancelier de l’Ordre de la Libération, en présence du président de la République.
En 1997 Robert Badinter, alors sénateur des Hauts-de-Seine, fait une proposition de loi pour qu’un monument aux morts rendant hommage à l’ensemble des victimes fusillés soit inauguré. Pendant trois ans des chercheurs, notamment Serge Klarsfeld, travaillent sur les archives pour établir une liste de victimes. En 2003 le monument, en forme de cloche réalisée par l’artiste Pascal Convert, est inauguré en présence de Mr le Premier Jean-Pierre Raffarin, de Mr Robert Badinter et des familles de fusillés. Une dédicace au bas du monument rend hommage à tous ces hommes fusillés au Mont-Valérien « et à tous ceux qui n’ont pas été identifiés ». Aujourd’hui encore les recherches continuent pour retrouver les quelques fusillés encore non-identifiés.
Sources

Antoine Grande, Directeur des Hauts lieux de mémoire de l’ïle-de-France. Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre

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