Le 23 août 1944, à Anse (Rhône), au lieu-dit la Fontaine, des soldats allemands exécutèrent sommairement cinq maquisards FTP du camp de Lamure-sur-Azergues (Rhône).

Le 22 août 1944, le commandant Desroches, responsable du maquis FTP de Lamure-sur-Azergues (Rhône), donna l’ordre à Hugues Percet et Maurice Rey d’aller chercher une camionnette, de l’outillage, des grenades, un chargeur de batterie et de l’essence à Trévoux (Ain) afin de les ramener au camp. Les deux résistants partirent en moto avec deux camarades, Jean Clavaron et Marius Gay. De retour avec la camionnette, ils s’arrêtèrent vers 15 heures, aux Chères (Rhône), pour déjeuner chez les beaux-parents d’Hugues Percet. La femme d’Hugues Percet qui était présente précisa après-guerre que la camionnette contenait des armes. Les quatre maquisards firent ensuite route vers Charnay (Rhône). Hugues Percet et Maurice Rey roulèrent dans la camionnette. Jean Clavaron et Marius Gay les suivirent en moto. Ils arrivèrent à Charnay vers 16h30. Un dernier résistant, Louis Jay, monta sur la moto avec Jean Clavaron. Marius Gay passa dans la camionnette avec Maurice Rey et Hugues Percet. La camionnette repartit vers Lamure-sur-Azergues suivie de la moto.
Ce 22 août 1944, les Allemands établirent plusieurs barrages dans la région de Villefranche-sur-Saône (Rhône) afin d’arrêter des maquisards. Vers 16 heures, un détachement d’une cinquantaine de militaires allemands arriva à Bagnols (Rhône) et se plaça en embuscade au bord de la route, au lieu-dit de Longchamp. Les soldats contrôlèrent systématiquement les personnes de passage. Les civils interceptés furent gardés temporairement « comme otages en cas d’attaque du maquis ». Vers 17h15, Maurice Rey, Hugues Percet et Marius Gay furent stoppés au barrage de Bagnols. Les soldats cernèrent la camionnette, firent descendre les résistants. Ils les fouillèrent et leur attachèrent les mains dans le dos. Maurice Rey fut conduit derrière une haie et interrogé avec brutalité pendant une vingtaine de minutes. A quelques kilomètres de là, Louis Jay et Jean Clavaron croisèrent un résistant d’Alix (Rhône) qui les prévint du danger. Ils continuèrent malgré tout leur route et, vers 17h30, leur moto fut également interceptée à Bagnols. Ils furent fouillés, ligotés et interrogés par les soldats. Les cinq résistants furent maintenus prisonniers dans des véhicules puis, vers 19 heures, le barrage fut levé et les Allemands les conduisirent à Villefranche-sur-Saône.
Le 23 août 1944, vers midi, deux automobiles noires provenant de Villefranche-sur-Saône et d’Anse (Rhône), sortirent de la route nationale 6 et tournèrent au lieu-dit la Fontaine (Anse). Les deux véhicules descendirent le petit chemin en terre bordant les habitations d’Émile Sartre et d’André Galichet en direction des prés. Émile Sartre vit passer les voitures devant sa ferme. Il aperçut deux militaires allemands et un civil qui tourna la tête « comme pour cacher son visage ». Au même moment, Marie-Louise Galichet, qui marchait sur le chemin en direction de sa demeure, fut croisée par les véhicules et vit trois soldats allemands coiffés de casquettes plates et quatre civils. Elle reconnut parmi eux Maurice Rey. Les voitures s’arrêtèrent à environ 400 mètres de l’habitation des Sartre. Intrigués, monsieur et madame Sartre montèrent dans leur grenier pour observer la scène. Les Allemands firent descendre de voiture trois hommes dont les mains étaient liées dans le dos. Ils exécutèrent d’abord deux d’entre eux puis, quelques instants après, le troisième. Ils laissèrent les cadavres sur place et repartirent avec le quatrième civil dans la direction de Villefranche-sur-Saône. Émile Sartre et son voisin André Galichet se rendirent immédiatement sur les lieux après le départ des Allemands. Ils trouvèrent les corps étendus dans l’herbe. Ils furent rejoint par le gendre d’Émile Sartre qui reconnut Maurice Rey parmi les victimes. Vers 13h15, deux autres automobiles venant de Villefranche-sur-Saône se garèrent à une centaine de mètres du premier lieu d’exécution. Marie-Louise Galichet, montée dans son grenier, vit trois Allemands en uniforme et un civil qui, libre de ses mouvements, descendit de voiture et fit quelques pas dans le pré. Deux autre civils sortirent de voiture. Ils avaient les mains liées dans le dos. Les Allemands les firent reculer et les exécutèrent. Ils tirèrent ensuite les corps dans un buisson puis repartirent dans la direction de Villefranche-sur-Saône avec le troisième civil.
Vers 13h30, les gendarmes et le maire d’Anse furent prévenus par les habitants. Ils découvrirent les deux groupes de cadavres et constatèrent que les cinq victimes portaient des blessures par balles à la tête et avaient les mains attachées dans le dos avec des cordes ou des ceintures. Ils ne trouvèrent aucune pièce d’identité sur elles. A 17h30, le maire d’Anse fit transporter les cadavres à la morgue de l’hôpital-hospice d’Anse. Le 24 août, les familles identifièrent les corps de Jean Clavaron, Marius Gay, Louis Jay, Hugues Percet et Maurice Rey.
Après-guerre, plusieurs personnes accusèrent un maquisard du camp de Lamure-sur-Azergues d’avoir dénoncé les cinq fusillés. Deux enquêtes furent menées et aboutirent à un non-lieu. La lecture de ces investigations révèle une explication plausible de l’arrestation des cinq FTP. Le 20 août 1944, deux agents de la Gestapo se firent passer pour des maquisards en difficulté et demandèrent à un cultivateur d’Anse s’il connaissait un endroit où faire dépanner leur voiture. L’agriculteur les conduisit chez les Rey dont le fils, Maurice Rey, était connu pour être mécanicien. De retour à Anse en fin d’après-midi, Maurice Rey et quelques camarades du maquis, notamment le beau-frère d’Hugues Percet, rencontrèrent les faux maquisards. Croyant avoir à faire à des « patriotes », les résistants tentèrent de réparer la voiture et parlèrent un peu trop du camp de Lamure-sur-Azergues. Le lendemain, à 6 heures du matin, les deux agents de la Gestapo perquisitionnèrent la maison de Maurice Rey, celle de ses parents et arrêtèrent son père et son frère. Maurice Rey, se sachant traqué par la Gestapo depuis plusieurs jours, n’avait pas dormi chez lui. Il réussit à leur échapper. Le 22 août, des soldats allemands établirent leurs barrages à Bagnols mais aussi au croisement des routes de Tarare (Rhône) et d’Alix, à la sortie de Villefranche-sur-Saône, à Chambost-Allières (Rhône) et peut-être même dans d’autres lieux, afin d’arrêter des maquisards. Il est possible qu’ils aient choisi de se placer sur des voies donnant accès à Lamure-sur-Azergues après avoir été informés par les deux agents de la Gestapo. Nous pouvons déduire grâce à plusieurs témoignages que le barrage de Bagnols n’était pas un piège spécifiquement tendu aux cinq résistants. Aucun agent en civil n’était présent pour aider les soldats à reconnaître les maquisards. Les Allemands arrêtèrent systématiquement les personnes qui empruntèrent cette route. Les cinq FTP furent vraisemblablement identifiés en tant que tels parce qu’ils détenaient des objets compromettants, notamment des armes.
Une stèle commémorative située à l’entrée du cimetière communal de la ville d’Anse rend hommage aux cinq exécutés du 23 août 1944. Elle fut inaugurée le 26 août 1945.


Liste des victimes :
CLAVARON Jean, René, Pierre
GAY Marius
JAY Louis, Michel
PERCET Hugues, Michel, Jean, Marie
REY Maurice, Pierre-Marie
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3808W848, 394W459. — Mémorial Genweb

Jean-Sébastien Chorin

Version imprimable de cet article Version imprimable