Au lieu-dit Château-Gaillard, commune de Juicq (Charente-Inférieure, Charente-Maritime), les 14 et 15 août 1944, treize FFI du groupe Jean Bernard (Louis-Eugène Bastard, alias "Alcide" puis "Jean Bernard") trouvèrent la mort au cours du combat qui les opposa aux Allemands ; huit autres victimes furent capturées et exécutées par les Allemands les jours suivants, notamment à Écoyeux et à Dompierre-sur-Mer.

Stèle de Château-Gaillard à la mémoire des treize FFI morts en action les 14 et 15 août 1944
Mémorial GenWeb
Château-Gaillard était un "vieux château, au milieu des bois" (Louis-Eugène Bastard, alias "Alcide" puis "Jean Bernard", dans L’Angérien Libre), située sur la commune de Juicq, non loin du hameau d’Étray et du village de Saint-Hilaire-de-Villefranche. Ce fut le théâtre d’un affrontement entre le maquis et les Allemands qui se solda par la mort de 21 résistants et civils et de plusieurs dizaines d’Allemands.
Le drame se noua dans un contexte d’euphorie. Alors que les Alliés progressaient rapidement depuis la Normandie – des rumeurs les annonçaient aux portes de Niort ! – les maquisards harcelaient partout les Allemands en repli.Le lieutenant André Houillot, de la Direction générale des études et recherches (DGER), agent de liaison du Délégué Militaire Régional, transmit aux FFI de Château-Gaillard un ordre surprenant et irréaliste : envoyer un détachement de 60 hommes à La Rochelle pour s’emparer de la Préfecture.
Mais bien qu’en difficulté, la Wehrmacht demeurait redoutable et disposait du soutien de collaborationnistes, miliciens notamment, sous la direction de Michel Quéré et de François Sidos, qui lui apportaient de précieux renseignements sur les forces de la Résistance, ses moyens et ses positions. Ce fut le cas à Château-Gaillard où l’imprudence – voire l’incompétence – du nouveau chef d’état-major départemental des FFI, Maurice Charlatte (alias Verdier, Guy Renart), jeune et ambitieux résistant rochefortin qui avait succédé le 16 juillet au Commandant Gaston Thibaudeau (pseudo "Marché", OCM, réseau Navarre. Chef de l’AS pour la zone sud-ouest de la Charente Maritime), conduisit au drame des 14-15 août 1944.
Alors que la position était connue des Allemands et avait déjà fait l’objet d’une fouille au début du mois, Maurice Charlatte décida d’installer son PC à Château-Gaillard le 8 août 1944, et d’y concentrer des résistants venus de divers maquis, notamment les hommes de Louis-Eugène Bastard ("Jean Bernard"), malgré les réticences de ce dernier, soit, à la veille de l’attaque allemande, une centaine de résistants mal équipés faute d’avoir bénéficié des parachutages attendus. Les résistants détenaient des prisonniers notamment l’abbé Annereau (curé de Saint-Hilaire-de-Villefranche), G. Vallet (originaire d’Annepont, chauffeur au camp d’aviation de Châteaubernard, travaillant pour le compte des Allemands), ainsi que des soldats d’origine yougoslave combattant sous uniforme allemand dont la libération constituait un des objectifs de l’attaque.
Malgré la présence de 200 soldats allemands le matin du 14 à Saint-Hilaire-de-Villefranche, Charlatte refusa d’ordonner le repli. Vers 21h, les Allemands donnèrent l’assaut. Paraissant pris de panique, Charlatte abandonna ses hommes et prit la fuite. Louis-Eugène Bastard, alias "Jean Bernard", ordonna de décrocher. Cinq hommes furent chargés de couvrir la retraite, rejoints par huit volontaires. 80 hommes purent ainsi s’’échapper.
Le lendemain, Château-Gaillard fut incendié. Si les Allemands subirent des pertes sévères, treize FFI périrent lors des combats du 14 dans la soirée et dans l’incendie de Château-Gaillard le lendemain, cinq furent exécutés sommairement à Écoyeux le 16 août, le lieutenant André Houillot à Dompierre-sur-Mer le 20 août, ainsi que deux sapeurs-pompiers dont Roger Favre.
Une stèle fut élevée à environ un kilomètre de la sortie de Juicq en direction d’Annepont par la RD 230, à la mémoire des treize FFI tués les 14 et 15 août. Elle porte l’inscription "A la mémoire des patriotes martyrs morts pour la France à Château-Gaillard, 14 et 15 août 1944. La patrie reconnaissante".
Notices biographiques des victimes
Sources

SOURCES : AERI, CD-Rom Charente-Maritime, Le combat de Château-Gaillard, Philippe Macault. — Mémorial GenWeb

Dominique Tantin

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