Né le 8 juin 1907 à Izmaïl (Russie, Roumanie, Ukraine), naturalisé français, exécuté sommairement le 17 août 1944 à Bron (Rhône) ; ingénieur et directeur d’usine ; résistant dans le réseau Brutus et dans les groupes Veny du mouvement La France au combat

BACALEINIC Alexandre 1939
Alexandre Bacaleinic à Laon en avril 1939. Sa femme Zénaïda Noudelmann est à droite. Collection Marianne Delranc Gaudric.
BACALEINIC Alexandre 1942
A Lyon le 19 décembre 1942. Alexandre Bacaleinic est à gauche. Zénaïda Noudelmann est à côté de lui. Collection Marianne Delranc Gaudric.
Alexandre Bacaleinic était le fils d’Israël Bacaleinic et de Marie Fonargi. Il naquit à Ismail, ville située en Bessarabie (Russie) et devenue roumaine entre les deux guerres (aujourd’hui Izmaïl en Ukraine). Il était ingénieur diplômé en 1927 de l’Institut Électrotechnique de Toulouse et de l’École supérieure d’électricité (Supélec). De nationalité roumaine, il fut naturalisé français le 31 octobre 1928. A cette époque il habitait Asnières (Asnières-sur-Seine, Seine, Hauts-de-Seine) et était secrétaire. Il se maria avec Zénaïda Noudelmann le 15 juillet 1930 à Asnières. Il n’eut pas d’enfant. Il demeura avant-guerre à Saint-Quentin. Alexandre Bacaleinic devint directeur d’une usine de voitures électriques. Il était franc-maçon au sein du Grand Orient de France, frère de la loge Clémente Amitié (Paris).
Alexandre et Zénaïda Bacaleinic s’installèrent à Lyon (Rhône) en 1940. Ils demeurèrent 25 cours d’Herbouville (IVe arr.). Alexandre Bacaleinic s’engagea dans la Résistance en juin 1942 (ou en 1940 d’après sa femme). Il devint un agent du réseau Brutus en septembre 1942. Il fit également partie des groupes Veny (mouvement La France au combat) comme chef des groupes Stella et Villeurbanne et en tant qu’adjoint du commandant Denis qui l’avait recruté. Son pseudonyme dans la Résistance était Blanc.
Le 24 mai 1944, Alexandre Bacaleinic fut arrêté à Lyon par la police allemande. Au moment de son arrestation, il se trouvait sur son lieu de travail où était caché un dépôt d’armes destinées à la Résistance. Appréhendé en tant que résistant et en tant que juif, il fut conduit à la prison de Montluc (Lyon) et incarcéré dans la « baraque aux Juifs ».
Le 14 août 1944, eurent lieu des bombardements sur la base aérienne de Bron (Rhône). Devant l’ampleur des dégâts, les Allemands décidèrent de faire travailler sur le camp d’aviation des détenus juifs de la prison de Montluc.
Le 17 août, à 9 heures du matin, 50 prisonniers furent extraits « sans bagage » de la « baraque aux Juifs ». Le gardien Wittmayer fit l’appel et, à la dernière minute, les Allemands remplacèrent deux catholiques par des Juifs. Ils furent embarqués sur trois camions gardés par des soldats allemands armés de mitraillettes, puis amenés sur le champ d’aviation de Bron. A Bron, les prisonniers furent répartis par groupes de trois et contraints de rechercher, d’extraire et de désamorcer des bombes non éclatées. Vers midi, ils furent dirigés près d’un hangar pour déjeuner. L’un des détenus, Jacques Silbermann, profita de cette occasion pour s’évader. Après des menaces de représailles et de vaines recherches, les soldats allemands conduisirent les 49 détenus sur le chantier pour reprendre le travail. A 18h30, alors que les prisonniers remontaient sur un camion pour regagner Montluc, un major allemand donna l’ordre de les amener sur un autre chantier. Les 49 détenus furent conduits près de trois trous d’obus au dessus desquels ils furent exécutés par balles. Leurs corps furent ensuite recouverts de terre et de gravats.
Le lendemain, 18 août, 23 détenus juifs de Montluc, dont au moins 20 de la « baraque aux Juifs », furent également conduits sur le terrain d’aviation de Bron. Ils subirent le même sort que les prisonniers de la veille. Ils furent exécutés au-dessus d’un trou d’obus après avoir recherché, extrait et désamorcé des bombes non éclatées toute la journée.
Le 19 août, le chef de la « baraque aux Juifs », Wladimir Korvin-Piotrowsky, dû remettre « en tas » les bagages des 70 prisonniers juifs de la baraque aux autorités allemandes.
En septembre 1944, cinq charniers furent découverts sur le terrain d’aviation de Bron. Le corps d’Alexandre Bacaleinic fut retrouvé dans le charnier E, situé entre les charniers C et D et contenant 26 cadavres. D’après le rapport du médecin légiste, Alexandre Bacaleinic avait été tué d’une balle dans le cou. Grâce au témoignage du seul rescapé de l’exécution du 17 août, Jacques Silbermann, nous pouvons déduire qu’Alexandre Bacaleinic faisait vraisemblablement partie du groupe des 49 exécutés du 17 août 1944.
Son corps fut décrit comme suit : 1m73, cheveux châtains grisonnants. D’abord enregistré sous le numéro 93, Alexandre Bacaleinic fut identifié le 7 octobre 1944 par sa veuve. Il fut inhumé à Bron.
La mention Mort pour la France fut transcrite en marge de son acte de décès en 1945. On lui attribua le titre d’interné politique en 1964. Il obtint le titre d’interné résistant en 1972 et fut homologué résistant FFC.
Son souvenir est commémoré en quatre lieux : sur le Monument Commémoratif de Montluc (Bron), sur le Mémorial du Grand Orient de France (16 rue Cadet, Paris, IXe arr.), sur la Plaque commémorative MPLF 1939-1945 Supélec (Gif-sur-Yvette) et sur le Livre d’Or de l’Institut Électrotechnique de Toulouse.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, dossier d’Alexandre Bacaleinic.— Arch. Dép. Rhône, 3335W29, 3335W22, 3335W11, 3460W2, 3460W1, 3808W866, 31J66.— Arch. Dép. Paris, acte de naissance de Zénaïda Noudelmann.— SHD, Vincennes, inventaire de la sous-série GR16P.— Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, N°18, mai 1946.— Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, N°23, octobre 1946.— Pierre Mazel, Mémorial de l’oppression, fasc. 1, Région Rhône-Alpes, 1945.— Journal officiel, 11 novembre 1928.— Notes de Dominique Tantin.— Site Internet de Yad Vashem.— Site Internet du Grand Orient de France.— Mémorial Genweb.

Jean-Sébastien Chorin

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