Quatorze civils habitants du hameau des Crottes (commune de Labastide-de-Virac, Ardèche) âgés de quinze à soixante-treize ans, ont été exécutés par des éléments de la 9e Panzerdivision Hohenstaufen, un autre âgé de trente-trois ans a été abattu, probablement lorsqu’il tentait de fuir. Le cadavre d’un inconnu a aussi été retrouvé à peu de distance. Une formation du maquis AS Bir Hakeim avait séjourné pendant deux jours au hameau ; la population qui l’avait accueilli et hébergé avait refusé de fuir.

Le maquis Bir Hakeim jusqu’à son installation dans la vallée de la Cèze (Gard) :
Bir Hakeim, formation militaire atypique affiliée à l’AS était devenu, au début de 1944, le maquis le plus puissant de la R3. Il avait été créé à Toulouse et dans sa région autour d’un noyau de militants résolus et déterminés. Jean Capel, le « commandant Barot » de l’AS, un Languedocien protestant et communiste, en fut, à partir de l’automne 1942, le concepteur et en devint le chef charismatique. Bir Hakeim d’abord intégré comme maquis AS de la R4 s’installa en juin 1943 d’abord au hameau de l’Estibie (Aveyron) avec un premier noyau formé de jeunes résidents de Toulouse et de sa région. Bir Hakeim fut ensuite transféré, à partir du 25 août, sur plateau de Douch (Rosis, Hérault) dans le massif de l’Espinouse. Il y affronta, le 10 septembre, un assaut allemand et eut, ce jour-là, deux morts et quatre prisonniers (Voir Hameau de Douch (commune de Rosis, Hérault), 10 septembre 1943. Victimes du combat du maquis Bir Hakeim contre les Allemands.) De là, après s’être dispersé, il se transporta sur le plateau de Benou, près d’Eaux-Bonnes (Basses-Pyrénées/Pyrénées-Atlantiques), position difficile à tenir dans la zone interdite frontalière pyrénéenne. Aussi après avoir négocié, le « commandant Barot » obtint son transfert officiel dans la R3 (Montpellier). Il eut l’appui du chef régional maquis de cette région, Pavelet, alias « Villars » qui lui confia de regrouper et d’unifier l’ensemble des maquis AS de la R3. Ayant établi son quartier général à Montpellier, il absorba plusieurs formations héraultaises de l’AS : groupes de l’AS autour de Clermont-l’Hérault animés par la capitaine Paul Demarne* qui devint bientôt l’un des principaux lieutenants de Capel ; groupe franc montpelliérain d’Eugène Donati ; maquis AS de la Vacquerie (au-dessus de Lodève) commandé par Maurice Allion. Le groupe de Benou fut pour sa part transféré dans le Gard rhodanien dans la vallée de la Cèze, autour de Pont-Saint-Esprit et de Bagnols-sur-Cèze : d’abord au mas Terris dès le 3 décembre 1943, puis au mas de la Sivardière (5 janvier 1944) et enfin au mas de Serret (26 janvier 1944), ce dernier en Ardèche tout près de la limite avec le Gard. Les maquisards eurent l’appui sans failles des résistants de l’AS de Pont-Saint-Esprit et bénéficièrent de nombreuses sympathies dans les populations rurales (renseignements, hébergements, ravitaillement). Bir Hakeim acquit un grand prestige après avoir multiplié des coups de main audacieux et des opérations spectaculaires contre les dépôts de Vichy, dans le Gard et l’Hérault, acquérant de grands stocks d’armement et de ravitaillement et se procurant un parc automobile important qui accrut da mobilité. De l’Hérault et du Gard, affluèrent des volontaires, souvent des réfractaires au STO, attirés par son prestige grandissant, .
L’embuscade du 25 février 1944 et se conséquences :
Ce jour-là, une patrouille de maquisards du mas du Serret attaqua, près de Saint-Julien-de-Peyrolas (Gard), une colonne de sept véhicules allemands. Ils tuèrent quatre officiers. Cette action provoqua aussitôt une réaction de la 9e Panzer Hohenstaufen dont un contingent était stationné à Pont-Saint-Esprit. Le 26 février, une colonne accompagnée de miliciens et de gendarmes français, fit mouvement vers Labastide-de-Virac (Ardèche) commune sur le territoire de laquelle était situé le mas du Serret. Lorsque les Allemands arrivèrent à proximité du mas, les maquisards ripostèrent puis, sur l’ordre de Christian de Roquemaurel (alias « RM », un des seconds de Barot) qui commandait le détachement de Bir Hakeim cantonné au Serret) décrocha. Repliés à la Sivardière, ils furent à nouveau, le 29 février, accrochés par les Allemands et durent à nouveau se replier. Après avoir franchi l’Ardèche, commandés maintenant par Barot ils s’installèrent au hameau des Crottes, à deux kilomètres du mas du Serret.
Sachant que la présence de Bir Hakeim pourrait provoquer des représailles sur les habitants du hameau, Barot leur suggéra de partir. Il réitéra sa proposition au moment du départ de Bir Hakeim du hameau, le 2 mars à 23 heures. Les habitants des Crottes refusèrent.
Pour sa part, Bir Hakeim réussit son regroupement dans les Cévennes lozériennes, à la Picharlarié (commune de Saint-Étienne-Vallée-Française).
Les exécutions du 3 mars 1944 :
Au petit matin du 3 mars, le village de Labastide-de-Virac fut investi par des Allemands de la 9e SS Panzer dont un groupe, partit à pied vers les Crottes afin d’isoler le hameau situé à trois kilomètres. Vers midi, les habitants de Labastide entendirent des coups de feu et des explosions mêlés aux cris des victimes. On aperçut des lueurs d’incendie. Vers 14 heures, les Allemands, de retour des Crottes traversèrent Labastide. Les habitants pensèrent qu’ils avaient complètement évacué les lieux. Le maire fit sonner le tocsin afin d’éteindre l’incendie des Crottes. Neuf hommes qui s’y rendaient furent accueillis par des tirs puis furent faits prisonniers. L’un d’entre eux, blessé, put être ramené au village. Les huit autres furent libérés, tard dans la soirée, lorsque fut terminé le pillage des maisons du hameau qui fut ensuite incendié.
Le lendemain, 4 mars, le maire de Labastide accompagné de quelques administrés et de gendarmes put enfin se rendre aux Crottes. Il découvrit et reconnut quatorze cadavres de personnes fusillées à quinze mètres d’une ligne tracée au sol. Les corps étaient criblés de balles au niveau des poitrines et des visages ainsi que le consigna le médecin légiste envoyé sur les lieux, le même jour, par le juge d’instruction de Largentière. On a retrouvé une centaine de douilles de projectiles à proximité de la ligne de tir du peloton.
Le 5 mars, le corps de Georges Boyer, qui avait tenté de fuir, fut retrouvé dans le bois à 400 mètres du hameau. Il était dans un terrier de blaireau, mutilé, le crâne écrasé, percé par des balles. Un berger trouva aussi un seizième corps près du mas du Serret. C’était le cadavre d’un inconnu criblé de balles d’éclats d’obus.
Les victimes furent enterrées au cimetière de Labastide-de-Virac. Un monument commémoratif a été érigé aux Crottes.
Le massacre des Crottes et la brutalisation des répressions :
Le massacre des Crottes met en évidence le désarroi des Allemands qui traquaient un maquis dont le renom allait grandissant et qu’ils n’arrivaient pas à détruire. Aux Crottes, ils exercèrent de terrifiantes représailles contre des civils jugés « complices » des « terroristes ». Dans la foulée, à Pont-Saint-Esprit, ils démantelèrent impitoyablement les soutiens locaux de l’AS qui payèrent un lourd tribut à leur soutien à la logistique de Bir Hakeim.
Les SS de la 9e Panzer Hohenstaufen, théoriquement au repos en Provence, participèrent, forts de leur expérience dans la répression des partisans sur le front de l’Est, au processus de radicalisation des formes de répression et de brutalisation des affrontements. Cette même unité allait à nouveau affronter les hommes de Bir Hakeim rassemblés dans la Vallée Française (Lozère) depuis le mois précédent. Comme dans la région de Pont-Saint-Esprit, l’insaisissable maquis allait, une fois de plus, leur échapper.
Les suites judiciaires :
Le 16 juin 1953, le tribunal militaire de Marseille (Bouches-du-Rhône) jugea les responsables du massacre des Crottes. Le lieutenant Guttman qui commandait le peloton de Feldgendarmesde la 9e Panzer qui exécutèrent les civils des Crottes apporta des précisions : « les suppliciés furent mitraillés dans le dos, en cinq fournées successives de trois, s’abattant les unes sur les autres ». Il ajouta : « C’est mon chef hiérarchique, le lieutenant Peters qui me donna l’ordre de commander le peloton d’exécution. Cela me faisait mal, et je ne regardai pas les condamnés. Pour ne pas les voir, je n’ai pas quitté les yeux de mes gendarmes durant tout le temps de l’exécution ».
Les victimes :
1) Quinze habitants du hameau des Crottes, commune de la Labastide-de-Virac (Ardèche) appartenant à cinq familles d’agriculteurs et de bûcherons :
Des Français (8) :
BOYER Lucien, 73 ans, conseiller municipal de Labastide-de-Virac
BOYER Ernestine, 68 ans, épouse du précédent
BOYER Georges, 36 ans, fils des précédents
MANIFACIER Adrien, 45 ans, gendre de Lucien et Ernestine Boyer
MANIFACIER Madeleine, 43 ans, fille de Lucien et Ernestine Boyer
MANIFACIER Georges, 17 ans, fils des deux précédents
BRUNEL Jules [Louis ?], 47 ans
BRUNEL Joséphine, 44 ans, épouse du précédent
Des Italiens (7) :
GALIZZI Noël, 43 ans
GALIZZI Teresa, 43 ans, épouse du précédent, enceinte
GALIZZI Antoine, 17 ans
GALIZZI Michel, 16 ans
GALIZZI Jacques, 15 ans
ALCAINI Philippe, 45 ans
ALCAINI Jean-Marie, 43 ans
2) Un inconnu
Sources

SOURCES : Harry Roderick Kedward, À la recherche du maquis, la Résistance dans la France du Sud, 1942-1944, Paris, éditions du Cerf, 1999, 473 p. [p. 182, 183, 344]. — René Maruejol, Aimé Vielzeuf, Le maquis Bir Hakeim, nouvelle édition augmentée, préface d’Yves Doumergue, Genève, Éditions de Crémille, 1972, 251 p. [pp. 72-77]. — Aimé Vielzeuf, En Cévennes et en Languedoc. Au temps des longues nuits, préface de Pierre Villeneuve, Nîmes, Lacour Rediviva, 2002, 276 p. [en particulier le chapitre III, « Du massacre des Crottes (3 mars 1944) à la citadelle de la souffrance », pp. 197-234]. — MemorialGenWeb site consulté le 6 novembre 2016.

André Balent

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