Au lendemain du débarquement allié en Normandie, les résistants aubussonnais tentèrent une première libération de leur ville. Les 8 et 9 juin 1944 l’intervention de l’armée allemande aboutit à la reprise de la ville, accompagnée de combats et de massacres. Au total au moins 16 résistants et civils trouvèrent la mort dans ces circonstances.

La résistance fut active à Aubusson mais dut subir une répression féroce : entre le 21 février 1943 et le 23 mars 1944 six rafles successives entraînèrent l’arrestation de 68 personnes. Malgré tout la résistance ne fut pas éliminée et au soir du 7 juin 1944, après le départ des Feldgendarmes stationnés à l’Hôtel de France d’Aubusson, un groupe de résistants rejoint par la plupart des gendarmes et policiers d’Aubusson se saisit du contrôle de la ville et s’arma avec des fusils de chasse et des pistolets récupérés à la prison (qui avait servi de dépôt pour les armes confisquées aux particuliers). Un barrage fut établi sur la route de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) pour bloquer un éventuel retour des troupes allemandes. Le 8 juin vers 9 h. un premier convoi allemand arriva par cette route, il fut repoussé. Vers midi, une seconde colonne allemande plus importante se présenta à l’entrée d’Aubusson. Un violent combat s’engagea qui dura près de trois heures, mais la supériorité militaire allemande (en nombre et en armements) vint à bout de la résistance des Aubussonnais. Le chef départemental des FFI, le lieutenant-colonel François appelé au secours dans l’après-midi du 8 juin, répondit qu’il n’avait pas donné l’ordre du soulèvement et que les combats de Guéret n’étant pas terminés il n’avait pas la possibilité d’envoyer des renforts. Le combat fit sept victimes, l’un des prisonniers emmené le soir même par le détachement allemand qui reprit la route de Clermont-Ferrand fut exécuté dans la nuit du 8 au 9 juin, vers 3 heures du matin sur la commune de Condat-en-Combrailles (Puy-de-Dôme).
Le lendemain 9 juin 1944 un nouveau convoi militaire allemand venant à nouveau de la direction de Clermont-Ferrand entra en ville pour en assurer le contrôle définitif prenant momentanément des otages et menaçant la ville de représailles. C’est lors de l’entrée de ce convoi que les rafales de mitrailleuses tirées dans les rues par les troupes allemandes firent trois nouvelles victimes. Les résistants aubussonnais quittèrent la ville au matin du 9 juin, se partageant en deux groupes pour tenter de rejoindre les maquis proches de l’AS. Le premier groupe comprenant deux gendarmes de la brigade d’Aubusson passée à la Résistance se dirigea, après s’être réuni en convoi avec des résistants de Vallières (Creuse), vers Bellesauves (commune de Janaillat) pour rejoindre le maquis de l’AS qui y avait établi son poste de commandement. Arrivant de Pontarion le convoi fut intercepté au carrefour de Combeauvert (commune de Janaillat) par une unité de la division Das Reich postée en embuscade. Presque tous les membres du convoi (il y eut trois rescapés) furent exécutés sommairement. Un second groupe comprenant Robert Muller réfugié alsacien et professeur au collège d’Aubusson, l’un des meneurs de la libération de la ville le 7 juin et une grande partie du commissariat de police d’Aubusson se replia vers un autre maquis de l’AS situé sur la commune de Chard (Creuse), sous les ordres du commandant Jack (Jack William Brodhurst).
Liste des victimes :
Combat du 8 juin 1944 : Billaud Cyriaque ; Bonnet Emile ; Chabaud René ; Dourlen Kléber ; Gatien Jean Ernest ; Objois Charles ; Wantighen Gustave.
Breton Gabriel fait prisonnier à l’issue du combat fut exécuté sommairement la nuit suivante à Condat-en-Combrailles (Puy de Dôme)
Massacres du 9 juin 1944 : Trois personnes furent abattues lors de l’entrée des troupes allemandes, Leblanc Marthe née Vivet ; Ehrhart Alfred ; Lelong Eugène ces deux derniers peut-être fusillés. L’après-midi au lieu-dit Combeauvert plusieurs résistants partis d’Aubusson le matin même furent exécutés par les troupes allemandes ; parmi eux (sans que la liste puisse être considérée comme exhaustive) : Bourdon Georges ; Gibez Guy ; Morel Henri ; Ridoux Henri ; Tourtay Jules.
Une stèle dressée sur le lieu du combat du 8 juin, avenue d’Auvergne reprend les noms des résistants tués en ce lieu (« Aux patriotes tombés en ces lieux le 8 juin 1944 pour la Libération »). Un monument a par ailleurs été dressé à Combeauvert en 1947 à l’initiative du maire de Janaillat, Prosper Coucaud, en mémoire des morts de la Résistance et parmi eux des résistants aubussonnais tués le 9 juin à cet endroit.
Sources

SOURCES : Robert Petit La collaboration, la Résistance et l’épuration à Aubusson (1940 – 1945) Ed. Alice Lyner 2013 — René Castille Préparation et réalisation de la première libération de Guéret in La Creuse pendant la seconde guerre mondiale Ed. Le Puy Fraud 2012 — Marc Parrotin Le temps du Maquis, Histoire de la Résistance en Creuse Ed. Verso 1984 et Mémorial de la Résistance creusoise Ed. Verso 2000 — Mémoire des Hommes — Mémorial genweb.

Michel Thébault

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