Trente-quatre combattants (Français, Espagnols, Allemands, Autrichien, Belge) du maquis (AS) Bir Hakeim furent tués lors de l’assaut des forces allemandes de Mende contre le cantonnement de La Parade (actuelle commune de Hures-La Parade, Lozère). Huit d’entre eux, prisonniers capturés dans la nuit du 28 au 29 furent fusillés sommairement le 29 mai à l’aube à La Parade. Vingt-sept autres prisonniers capturés dans la journée du 28 mai furent amenés le jour même à Mende et exécutés le lendemain (29 mai) à Badaroux (Lozère)

Paysage du causse Méjean, commune de Hures-La Parade
Photo André Balent, 14 mars 2016
Le monument commémoratif de Bir Hakeim à La Parade, vue d’ensemble
Cliché André Balent, 14 mars 2016
La Parade (Lozère) monument commémoratif des morts du maquis Bir Hakeim tués les 28 et 29 mai 1944
Cliché André Balent, 14 mars 2016
La Parade (Lozère) monument commémoratif des morts du maquis Bir Hakeim tués les 28 et 29 mai 1944, détail
Cliché André Balent, 14 mars 2016
Monument du maquis Bir Hakeim à La Parade, Lozère), liste des tués du 29 mai 1944 à Badaroux (Lozère)
Cliché André Balent, 1’ mars 1944
Monument du maquis Bir Hakeim à La Parade (Lozère), liste des tués du 28 mai 1944 à La Parade (Lozère)
Cliché André Balent, 14 mars 2016
La Borie, "château" de Lapeyre, professeur de médecine à Montpelllier, quartier général du maquis Bir Hakeim à La Parade
Cliché : André Balent, 21 mai 2017
Le "château" Lapeyre de la Borie, quartier général du maquis Bir Hakeim à La Parade, lieu de violents combats
Cliché : André Balent, 21 mai 2017
On ne peut dissocier ces deux sites, liés à un même événement, le combat que livra le maquis Bir Hakeim (AS) contre les forces allemandes le 28 mai 1944 et qui se solda par l’anéantissement de la plus grande partie de cette formation armée qui, d’avril 1943 à août 1944, se déploya sur tout le sud du Massif Central et même parfois au-delà.
La commune de La Parade fusionna en 1971 avec celle de Hures pour donner naissance à une vaste entité, la seule qui soit entièrement située sur le Causse Méjean, lui-même englobé dans sa totalité dans le département de la Lozère. Le Causse Méjean qui s’étend sur environ plus de 400 km2 est le plus élevé en altitude (de 900 à 1204 m) des Grands Causses, ensemble géographique défini et étudié par le géographe universitaire montpelliérain Paul Marres. C’est celui qui est le plus isolé des autres ensembles de relief par les profonds cañons du Tarn, du Tarnon et de la Jonte et n’est relié au massif du Mont Aigoual que par un « isthme étroit », le col de Perjuret. Seules, six étroites et tortueuses routes vraiment carrossables le relient aux localités les plus proches des vallées qui l’entourent : Florac à l’est ; les Vignes à l’ouest ; Sainte-Énimie et La Malène au nord ; Meyrueis et Le Rozier au sud. L’habitat est dispersé en fermes isolées, petits hameaux ou villages. La densité est très faible. Le relief du plateau n’est pas uniformément tabulaire. Des ondulations donnent la sensation d’un ensemble de collines et de vallons où l’on distingue des dépressions fermées caractéristiques d’un relief karstique.
Terre pastorale et agricole, le causse est en partie doté, du fait de l’action des hommes d’une végétation steppique, résultat des grandes transhumances ovines et favorable à leur maintien. Mais des parcelles boisées subsistent, surtout sur les pentes des ondulations les plus occidentales du plateau. Du fait de la déprise pastorale et agricole des terres caussenardes, un reboisement spontané s’opèrait déjà au milieu du XXe siècle.
Le maquis (AS) Bir Hakeim
Une question reste posée, non résolue à ce jour, mais pour laquelle on peut fournir quelques hypothèses. Pourquoi Jean Capel (alias « commandant Barot ») créateur et âme, jusqu’au 28 mai 1944, du maquis Bir Hakeim a-t-il choisi de s’installer sur le Causse Méjean après que les chefs des maquis AS et ORA des Cévennes gardoises et lozériennes eurent refusé de venir grossir les rangs de sa formation et lui intimèrent — lors d’un « conseil » réuni le 3 mai à la ferme de la Glanière (commune de Thoiras) entre Thoiras et Lassalle (Gard) — l’ordre de quitter un territoire où l’expérience des combats d’avril autour de la Picharlerié (en Vallée-Française) les avaient convaincus des dangers de sa stratégie qu’ils considéraient trop audacieuse et de ce fait imprudente ? De fait la critique était formulée aussi bien par les chefs des maquis (AS) des Cévennes gardoises et lozériennes que par les FTPF, les guerrilleros espagnols de l’AGE ou les leaders aguerris des Allemands antinazis présents, depuis au moins 1943, dans la résistance cévenole (avec Veylet, puis Rouan* alias « Montaigne* »). Pourtant Espagnols et Allemands, en dépit de leurs critiques, collaborèrent avec Capel alias Barot et Bir Hakeim au point, pour les premiers, que le chef de la 3e division (regroupant les brigades du Gard, de la Lozère et de l’Ardèche) et de la 21e brigade des GE (Gard), Cristino Garcia Grandas détacha à Bir Hakeim, le 18 mai 1944, des éléments de la 15e brigade (Lozère) commandés par Miguel López. Bir Hakeim jouissait aussi — ses faits d’armes étaient un argument de tout premier plan — d’un grand prestige auprès de nombreux jeunes Languedociens, souvent réfractaires du STO, désireux d’intégrer un maquis. Il attira même des jeunes qui appartenaient aussi à d’autres maquis de l’AS, « débauchage » que reprochèrent à Barot les chefs des autres maquis cévenols. Ce fut le cas à la Picharlarié, dans la Vallée Française (Lozère), en mars et avril 1944 (Voir Sauvebois Aimé). Bir Hakeim ayant mis la main sur un grand nombre d’uniformes, tous ses hommes en étaient revêtus. Tous les morts de La Parade (28 mai) et de Badaroux (29 mai) en portaient, quelle que fût leur origine nationale ou politique : sur leurs calots figurait une croix de Lorraine.
Capel pensait que le Causse Méjean était une forteresse naturelle facilement défendable pourvu d’un terrain d’atterrissage qui, dans la perspective d’un débarquement sur le littoral méditerranéen, permettrait d’acheminer, troupes, matériel et munitions. Comme il avait des liens avec les chefs de la Résistance et Alger, il était possible que, dans son esprit, l’installation de Bir Hakeim sur le Causse Méjean fût la première étape de la mise en œuvre de ce projet. Quand, deux jours après le drame de la Parade des avions alliés (on a parlé de « forteresses volantes ») tournèrent longuement et en vain au-dessus du causse, certains (y compris des survivants du combat de la Parade, René Fages, de Meyrueis, et Pierre Damiani alias « Popeye ») pensèrent qu’il s’agissait de la réalisation d’un projet qui attendit vainement des signaux d’un maquis prématurément anéanti. Rien, toutefois, — ni les témoignages de responsables militaires d’Alger, ni ceux de membres des services de renseignements américains ou britanniques ; aucun document d’archives, non plus — n’est venu, depuis, étayer ces supputations.
Bir Hakeim sur le causse Méjean à La Parade :
Après avoir décroché en ordre dispersé, le 12 avril, à l’issue des combats de la Vallée-Française, les éléments de provenances diverses qui formaient Bir Hakeim, finirent par se regrouper. Certains se séparèrent de Bir-Hakeim : une minorité du groupe Lapierre du maquis école de la Picharlarié qui reprit son autonomie ; une partie des Allemands de la brigade Montaigne qui, autour de Otto Kühne, intégrèrent bientôt les rangs des FTPF-MOI du Gard. La grande majorité du maquis école de la Picharlarié et des membres de la brigade Montaigne, y compris beaucoup d’étrangers (Allemands, Autrichiens, Belges, Tchèques) demeurèrent avec Capel. Les Allemands et Autrichiens avaient été mis à disposition de Bir Hakeim par Otto Kühne qui estimait que, en dépit des critiques qu’il formulait, la formation de Barot bénéficiait quand même d’un armement abondant qui faisait défaut aux FTPF. De la même façon, un groupe de la 15e brigade de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles, Lozère) commandé par Miguel López (lui-même chef de cette brigade) avait été mis à la disposition de Bir Hakeim. Mais nous savons qu’une partie de cet effectif provenaient antérieurement de la 21e brigade de l’AGE, Gard (Voir Gabriel Ascencio). Ces guérilleros avaient rejoint Bir Hakeim après les combats de la Vallée-Française, le 18 mai, au château des Fons, près du Mont Aigoual [Voir Manuel Garrido). Ces Espagnols se trouvaient à La Parade avec les autres hommes du détachement de Bir Hakeim qui avaient réussi à rejoindre le cantonnement établi au hameau de la Borie, point de regroupement indiqué par Capel.
Un autre groupe de Bir Hakeim ayant participé aux combats de la Vallée Française (avec le capitaine Paul Demarne* et François Rouan* alias Montaigne) se dirigea vers son autre base, près de Clermont-l’Hérault sur les contreforts du Larzac méridional.
Au total, environ 80 hommes, y compris le gros des retardataires arrivés seulement le soir du 27 mai, du fait d’incidents divers qui émaillèrent leur retour mouvementé depuis l’hôtel du Fangas, leur dernier cantonnement dans les Cévennes, près du mont Aigoual. Ce contretemps amena Capel à retarder l’ordre de blocage de l’accès des routes carrossables sur le causse nécessaire à la sécurisation du cantonnement. Or, entretemps, depuis 1 heure 30 du matin les Allemands se dirigeaient depuis Mende vers le Causse Méjean, prévoyant, après s’être divisés en deux colonnes, de prendre en tenailles le cantonnement de La Borie par le nord (par Sainte-Énimie et Carnac) et le sud (par Meyrueis). Dans cette localité, le groupe du sud se divisa en deux afin de mieux encercler La Parade et la Borie.
Les préparatifs de l’attaque allemande contre le maquis Bir Hakeim :
La présence de Bir Hakeim sur le causse Méjean avait été connue dès le 27 mai. Irénée Bretou, un gendarme zélé de Meyrueis, précédemment désarmé par le maquis, avait communiqué la nouvelle à son chef, le lieutenant Charles Sorrant à Florac, lequel avait informé son supérieur, le commandant Pierre Bruguière à Mende. Mis au courant, le préfet de la Lozère, Roger Dutruch avisa à son tour les autorités allemandes de Mende. Celles-ci décidèrent de monter une expédition afin d’anéantir un maquis redouté. Mais, sans doute, les Allemands de Mende étaient déjà informés de la présence de Bir Hakeim à La Parade.
Le 28 mai, à 1 heure 30 du matin, des forces allemandes placées sous le commandement du capitaine Lange (dont deux compagnies de fusiliers la Légion arménienne (Öst Legion) renforcées par groupes de mitrailleuses, de mortiers de canons antichars et de pionniers). Arrivées au nord du causse, dans la vallée du Tarn, elles se scindèrent en deux colonnes. L’une contourna le causse par le Sud jusqu’à Meyrueis où elle se divisa en deux sous-groupes afin de mieux encercler et surprendre le cantonnement de Bir Hakeim à La Parade. L’autre sous-groupe commandé par le capitaine Lange pénétra sur le causse au Nord par Carnac sur la route de Sainte-Énimie à Meyrueis.
Les combats de La Parade (28 mai 1944 :
Le 28 au matin, Barot envoya un motocycliste en reconnaissance sur la route de Meyrueis. Mais celui-ci tomba en panne et, surpris par l’arrivée de l’un des deux groupes allemands fut fait prisonnier. À 8 heures 40, les Espagnols, des mitrailleurs que Barot avait postés à la côte 966, sur la route nationale 586 (aujourd’hui route départementale 986), surpris une manœuvre d’enveloppement des assaillants venus de Meyrueis, se retirèrent sans tirer leur laissant la voie libre vers La Parade. Ils furent abattus.
De son côté, le groupe allemand venu du Nord, attaqua directement le « château » Lapeyre à la Borie où se trouvait l’état-major de Bir Hakeim (Barot, Marcel de Roquemaurel*, Georges Valézi alias « capitaine Brun »*, Jean Rousseau*). Les occupants du manoir ripostèrent par un feu nourri. Vingt minutes après le début des combats, Barot estima qu’il fallait briser l’encerclement par une sortie. Il s’élança le premier, mitraillette à la main, suivi par Marcel de Roquemaurel*, l’Allemand Anton Lindner et l’Autrichien Karl Trinka alias « Wildschütz » [le braconnier]. Barot fut le premier mortellement atteint suivi peu de temps après par Lindner. Ces morts intervenus très rapidement empêchèrent la poursuite de la sortie. Les assiégés continuèrent de résister. L’Allemand Max Dankner qui échappa à la tuerie et livra son témoignage à l’Institut für Marxismus-Leninismus de l’ancienne RDA (Berlin) expliqua que les projectiles tirés par les petits canons antichars des assaillants étaient inefficaces contre les épaisses murailles de pierre des bâtisses caussenardes. Une tentative de mettre le feu au château échoua.
Entre-temps, un groupe commandé par « Pierre », posté vers Carnac, plus au nord, avait, tenu en échec des Arméniens pendant vingt minutes. Un maquisard, « Mickey », fut mortellement blessé. André John alias « Pince » (de Nîmes) tint, seul, tête aux assaillants jusqu’à épuisement des munitions. Il réussit à se cacher sous un fagot de bois dans une grange.
Vers 11 heures, les occupants du château de la Borie tentèrent une nouvelle sortie commandée par Marcel de Roquemaurel* et Georges Valézi alias « capitaine Brun »*. De Roquemaurel* fut mortellement atteint. René Fages (de Meyrueis, fraîche recrue de Bir Hakeim), blessé fut épargné par des Arméniens qui le laissèrent fuir. Il fut l’un des rescapés de la tuerie.
À 15 heures, cinq des maquisards qui occupaient encore le « château » Lapeyre, parmi lesquels Claude Noguès * (de Meyrueis) et Jean Bardet (d’Avèze, Gard) qui avaient participé à la tentative de sortie conduite par de Roquemaurel*, hissèrent un drapeau blanc. Ils furent accueillis par les huées et les coups de sifflet des soldats des TO. Ils étaient, selon toute vraisemblance, les cinq derniers défenseurs du « château ».
Les habitants de La Parade et les paroissiens des environs venus assister à la messe de la Pentecôte avaient été enfermés dans le café Arnal. On sait par des témoins que les Allemands auraient décidé d’enterrer vivants les villageois captifs, de fusiller le curé, l’abbé Maury et de raser le « château » nid de résistance particulièrement coriace. L’abbé Maury germanophone, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, plaida auprès de Lange la cause de ses paroissiens. Vers 17 heures, Lange dépêcha au « château » l’un des maquisards prisonniers. Il ne découvrit personne dans l’édifice.
Arrivèrent ensuite des forces de la Wehrmacht en provenance de Millau (Aveyron, cent-vingt hommes dont cinquante du SR de la Luftwaffe). Ils venaient en renfort afin d’en terminer avec Bir Hakeim. Ils relevèrent les troupes venues de Mende, épuisées. Ils poursuivirent le pillage de La Parade et du hameau de la Borie, commencé plut tôt dans l’après-midi. Pendant la soirée et la nuit, ils ratissèrent la Borie et ses environs et retrouvèrent onze maquisards qui se cachaient encore. Ces derniers résistèrent.Trois furent tués en combattant. Les huit autres furent faits prisonniers et furent fusillés à l’aube (donc le 29) par un peloton de la Luftwaffe. Parmi eux, Camille Sallan reconnu par un berger de La Parade, Robert Grousset. Sallan qui avait pu s’entretenir brièvement avec lui pendant le combat du 28, au nord de la Borie, lui avait confié sa chevalière et lui demanda de la faire parvenir à sa famille, à Montpeyroux (Hérault), dans le cas où il serait tué.
Inhumation et identification des victimes :
Le 29 mai, les Allemands demandèrent au maire de Meyrueis de faire procéder à l’inhumation des trente-deux cadavres de « Biraquins ». Dans un premier temps, seul celui de Jean Capel, alias « commandant Barot » put être reconnu. Les Allemands avaient prélevé les pièces d’identité des morts et les avaient amenées avec eux à Mende, même temps que les prisonniers. Deux autres cadavres furent retrouvés ultérieurement.
Entre les tués le 28 mai à La Parade au nombre de trente-quatre et les vingt-sept exécutés au ravin de la Tourette à Badaroux le 29 mai, l’attaque allemande contre le maquis Bir Hakeim provoqua au total la mort de soixante-et-un combattants, français, espagnols, allemands, autrichien, belges, tchèque et yougoslave.
Les prisonniers, au nombre de vingt-sept, amenés à Mende furent, pour certains d’entre eux, sauvagement torturés. Tous furent fusillés le 29 mai dans le ravin de la Tourette à Badaroux* (Lozère) : Voir Ravin de la Tourette (Badaroux, Lozère), 29 mai 1944.
Au mois d’octobre 1944, Anna Rousseau — professeur au collège de Mende, résistante, femme de l’une des victimes de la tuerie de La Parade, fut chargée par le CDL de la Lozère dont elle était membre et où elle assurait les fonctions de secrétaire — de procéder à l’identification des morts. Au bout de plusieurs mois, elle réussit dans sa tâche aidée par deux médecins et deux dentistes. Quelques-unes des dépouilles furent reprises par leurs familles et ré-inhumées dans leur localité de résidence ou d’origine. Les autres furent transférées au cimetière national des maquis à Chasseneuil-sur-Bonnieure (Charente).
Plusieurs participants des combats de La Parade purent de cacher (Pierre Damiani alias "Popeye", André John, Max Dankner) ou franchir le dispositif ennemi : Saturnino Gurumeta et Albert Steinwald ont pu franchir indemnes les lignes de la Wehrmacht ;
Le bilan humain des combats et des exécutions de La Parade :
Les trente-deux victimes peuvent être réparties par nationalités :
19 Français, pour la plupart des Languedociens (en majorité du Gard, de la Lozère, de l’Hérault), quelques Provençaux :
Jean Capel, Jean Chabrol, Pierre Dhombres, Emmanuel Dupuy, Jean Farelle, Henri Gebelin, Henri Jourdan, Marcel Liotard, Robert Martin, Jean-Marie Parrier, Louis Pons, Roger Rampal, Jean Rampon, De Roquemaurel Marcel, Rousseau Jean, Roux Jean Marcel, Sallan Camille, Valezi Georges, Viguier Pierre.
3 Allemands : Fred Bucher, Karl Heinz Fulda, Anton Lindner.
1 Autrichien : Karl Trinka.
1 Belge : Liévin Neuhard
10 Espagnols : Carrasco Manuel, Casal Felipe, Cuesta Celestino, Fuentes Augustin, Garcia José, Hous Remigio, Meijas Manuel, Oliva Enrique, Olmos Joaquim, Teruel Gilberto.
On sait, pour certains d’entre eux, où et comment ils périrent ou furent faits prisonniers (ces derniers exécutés le lendemain à Badaroux)
12 maquisards périrent dans les combats de la Borie , autour du « château « Lapeyre : Jean Capel, Anton Lindner, Karl Trinka, Marcel de Roquemaurel, Karl Heinz Fulda, Jean Rousseau, Georges Valézi, Jean-Marie Parrier (d’Avignon), Jean Chabrol, « Spada », Louis Dides, Fernand Pio (de Clermont-l’Hérault)
5 maquisards, sans doute les derniers défenseurs du « château », se rendirent : Claude Noguès, Jean Bardet et trois autres.
10 combattants de Bir Hakeim, au moins, furent faits prisonniers pendant les combats
Parmi les présents à La Parade pendant les combats, plusieurs 8, au moins) purent échapper au massacre : « Cartouche », « Courtois », John, Fages, Pierre Damiani alias « Popeye », Dankner, un Allemand (Saxon) qui put se rendre ensuite à Nîmes, Albert Steinwald, un autre Allemand (Saxon). On mentionne aussi, parfois, un Sarrois : ne le confond-on pas avec un des deux Saxons ?
André John, blessé, et Max Dankner se sont cachés sous des fagots qui ne furent pas brûlés. Une balle tirée dans l’un d’entre eux épargna John. Fait prisonnier, Dankner faussa compagnie à ses gardiens et put se cacher ; Robert Fages et Pierre Damiani « Popeye » étaient à la Borie. Blessés, ils purent échapper aux assaillants. Recueillis par des paysans, ils furent soignés. « Cartouche » et fut surpris pendant sa toilette matinale. Prisonnier, il réussit rapidement à s’échapper, rejoint par « Courtois ». Gurumeta et Steimwald purent, ensemble, forcer le siège du « château » et se cacher avant de réintégrer les combats de la Résistance. Certains des survivants furent pris en charge par le pasteur Robert, de Meyrueis, animateur de la Résistance dans la localité.
Une dizaine de maquisards venant du Mont Aigoual s’étaient égarés sur le causse Méjean, ils échappèrent aussi au double massacre de La Parade et de Badaroux.
Le bilan d’après les rapports allemands :
Dans son rapport, le commandant allemand Böhme (Mende, 29 mai 1944) remarquait que l’opération avait été un succès total pour les troupes d’occupation. Mais il reconnaissait que le cantonnement de Bir Hakeim avait été parfaitement organisé et que les « terroristes » étaient aux ordres d’un commandant et d’un capitaine, officiers expérimentés. Il rendait ainsi hommage à Capel/Barot qui, dans l’armée, n’avait jamais été qu’un soldat de deuxième classe. Dans son rapport, Böhme chiffrait à neuf les pertes des TO : un sergent-chef allemand, huit légionnaires arméniens. À ces morts se rajoutaient cinq blessés. Enfin, Böhme sous-estimait les morts que Bir Hakeim laissa à La Parade (tués au combat ou fusillés) : vingt-cinq.
Dans les documents produits par l’armée allemande furent reconnus neuf morts (un sergent-chef allemand, huit légionnaires arméniens) et cinq blessés.
Bir Hakeim après La Parade et Badaroux :
Le 28 mai, au pont de Meyrueis (Lozère) quinze maquisards de Bir Hakeim commandés par Paul Demarne* venant de la région de Lodève, et se rendant à La Parade afin de renforcer les effectifs présents sur le causse Méjean, furent informés par une femme du combat meurtrier qui avait décimé leurs camarades. Ils purent rebrousser chemin.
À partir des éléments restés dans l’Hérault, dont la quinzaine dépêchée en renfort sur causse Méjean et qui avait rebroussé chemin, le maquis Bir Hakeim fut reconstitué par Paul Demarne* dans le Lodévois, sur les contreforts méridionaux du causse du Larzac au rocher de Vierges (commune de Saint-Saturnin-de-Lucian, Hérault). Regroupé à Mourèze (Hérault) et commandé par Rouan* qui avait pris sa tête après la mort de Demarne*, Bir Hakeim poursuivit la lutte jusqu’à la Libération de Montpellier.
Le préfet Roger Dutruch, les gendarmes Pierre Bruguière, Charles Sorrant et Irénée Bretou, furent traduits devant la Cour martiale de la Lozère. Les deux premiers condamnés à mort le 25 septembre 1944 et fusillés le 28 septembre dans un pré derrière la maison d’arrêt de Mende. Sorrant et Bretou furent condamnés à mort le 9 octobre 1944. Sorrrant fut fusillé le 16 octobre à Mende. Bretou sollicita une grâce. Il fut condamné à trente ans de travaux forcés.
Le monument de La Parade :
Un imposant monument fut érigé à La Parade afin de perpétuer la mémoire des morts du maquis Bir Hakeim. Il est l’œuvre de Jean Lyonnet, architecte et fut construit par Paulet et Destoumieux, entrepreneurs de travaux publics. C’est une réplique du monument édifié dans l’oasis de Bir-Hakeim (Libye) où les FFL s’illustrèrent en 1942.
Il fut édifié à l’initiative d’un comité constitué à l’initiative du CDL de la Lozère (président Henri Cordesse, résistant, préfet de la Lozère à la Libération ; secrétaire Anna Rousseau, professeur à Mende, résistante, membre du CDL, épouse de Jean Rousseau, tué lors de l’attaque du 28 mai 1944 ; trésorier Paul-Léo Farelle, employé des PTT à Mende, résistant, père de Jean Farelle*, tué à La Parade le 28 mai 1944).
L’inauguration eut lieu le 20 mai 1948 en présence des autorités civiles (en particulier, Jean Biondi, secrétaire d’État à la Fonction publique et à la Réforme administrative), militaires et religieuses (catholiques et protestantes).
Le monument comporte deux listes distinctes ; les morts de La Parade, le 28 mai ; ceux de Badaroux, el 29 mai. Une inscription a été gravée : « À la mémoire des maquisards du groupement Bir Hacheim [sic] morts pour la France MCMXLIV ».
Ces noms figurent aussi sur le monument célébrant la mémoire de tous les morts du maquis Bir Hakeim érigé à Mourèze (Hérault).
Les commémorations :
Chaque année, le souvenir du combat de la Parade et de ses victimes est commémoré. La célébration du 60e anniversaire en 2004 revêtit une solennité particulière, en présence de Pierre Damiani, le dernier maquisard survivant, à cette date, du combat du 28 mai 1944.
Les trente-quatre morts de La Parade :
BUCHER Alfred
CAPEL Jean
CARRASCO Manuel
CASAL Felipe
CHABROL Jean
CUESTA Celestino
DE ROQUEMAUREL Marcel
DHOMBRES Pierre
DUPUY Emmanuel
FARELLE Jean
FUENTES Augustin
FULDA Karl Heinz
GARCIA José
GEBELIN Henri
HOUS Remigio
JOURDAN Henri
LINDNER Anton
LIOTARD Marcel
MARTIN Robert
MEIJAS Manuel
NEUHARD Liévin
OLIVA Enrique
OLMOS Joaquim
PARRIER Jean-Marie
PONS Louis
RAMPAL Roger
RAMPON Jean
ROUSSEAU Jean-Pierre
ROUX Jean-Marcel
SALLAN Camille
TERRUEL Gilberto
TRINKA Karl
VALEZI Georges
VIGUIER Pierre
Sources

SOURCES : Institut für Marxismus-Leninismus, Berlin, témoignages dactylographiés d’Allemands, résistants en Lozère et dans le Gard, utilisés et cités par Éveline et Yvan Brès, op. cit., 1987. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [En particulier, p.106)]. — Éveline & Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944, Montpellier, les Presses du Languedoc/Max Chaleil éditeur, 1987, 348 p. [pp. 227-256]. — Max Dankner, « Das Massaker von La Parade » in Dora Schaul (rassemblés et arrangés par), Résistance-Erinnerungen deutscher Antifascisten, Berlin, Dietz, 1973, pp. 195-106 [récit souvent cité, comme l’ouvrage suivant, avec ceux d’autres Allemands et celui d’Éveline et Yvan Brès référencé ci-dessus]. — Manfred Drews, Max Stoll, Gefechte in den Cevenen, Berlin, Militärverlag der DDR, 1977, 2e édition, 1982. — Narcís Falguera (éd.), Guerrilleros en terre de France. Les Républicains espagnols dans la Résistance française, Pantin, Le temps des cerises, Amicale des anciens guérilleros, 2004, 316 p. — René Maruéjol, Aimé Vielzeuf, Le maquis « Bir Hakeim », 2e édition, Genève, Éditions de Crémille, 1972, 251 p. — Hervé Mauran, Espagnols rouges. Un maquis de républicains espagnols en Cévennes (1939-1946), Nîmes, Lacour, 1995, 255 p. [pp. 118-119, 121-122, 141n, 196-197 (96, Miguel López)]. — Aimé Vielzeuf, …et la Cévenne s’embrasa … La Résistance au « Pays Raiol », 5e édition, Nîmes, Lacour, 2005, préface de Jean-Pierre Chabrol, 224 p., chapitre 1, « La tragédie de La Parade (28-29 mai 1944), pp. 20-63.

André Balent

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