Le 28 mai 1944, à La Parade (Lozère), vingt-sept combattants du maquis (AS) Bir Hakeim ont été faits prisonniers par les Allemands pendant les combats ou après s’être rendus. Transportés à Mende (Lozère), ils y furent sauvagement torturés pour certains d’entre eux. Le lendemain, 29 mai, ils furent exécutés dans un ravin sous le col de Tourette (commune de Badaroux, Lozère) près la voie ferrée reliant La Bastide-Puylaurent à Mende et à Marvejols.

Les morts de La Tourette pris en chage par les villageois de Badaroux (29 mai 1944)
Cliché Martin (M. ou Mme) Publié in Cordesse, op. cit., p. 137)
Afin d’obtenir la reddition des derniers combattants de La Parade (Voir La Parade (commune de Hures-La Parade), 28 mai 1944), le capitaine Lange avait donné sa parole d’ « officier allemand » qu’ils seraient épargnés et bien traités.
Les vingt-sept qui furent amenés à Mende comprenaient le dernier carré des combattants qui se rendirent mais aussi les maquisards qui avaient été faits prisonniers et qui n’avaient pas été encore abattus. Mais, à leur arrivée à Mende, ils furent remis entre les mains de la Sipo-SD qui les « interrogea » à son siège, la villa Lyonnet. Les tortures subies par certains furent terribles : mutilations des parties génitales, arrachage de langues, rupture des tendons des pieds, brûlures et coups divers qui tuméfièrent les visages.
Le 29 mai, dans la matinée, les Allemands firent monter sur des camions les vingt-sept « Biraquins » faits prisonniers la veille. Ils se dirigèrent vers Villefort (Lozère). Après avoir traversé le village de Badaroux, ils s’arrêtèrent au col de la Tourette. Ils descendirent dans un vallon, et passèrent les prisonniers par les armes au pied du talus de la voie ferrée.
L’endroit de l’exécution avait été choisi pour son éloignement des lieux habités. Un jeune berger entendit les coups de feu et alerta les habitants d’un proche hameau. Les vingt-sept cadavres furent découverts par Justin Masson, certains gisant sur la voie ferrée. Un train dut être arrêté. Les personnes présentes purent constater le triste état de fusillés. Des photos purent être prises par M. Martin, professeur au collège de Mende et sa femme, institutrice à Badaroux. D’emblée, une victime fut reconnue : le jeune Louis Dides, un Lozérien de Florac.
Les Allemands informèrent le maire de Badaroux qu’ils venaient de procéder à des exécutions et donnèrent l’ordre de les faire enterrer sur place. Mais le premier magistrat de la commune fit confectionner des cercueils et enterrer les victimes près du cimetière communal.
Plus tard, certains corps furent récupérés par les familles. Les autres furent transférés à la nécropole nationale des maquis à Chasseneuil-sur-Bonnieure (Charente). Un monument commémoratif fut édifié sur le lieu de l’exécution.
Parmi les vingt-sept victimes de Badaroux, on compte :
-  14 Français, 16 si l’on rajoute Ascencio, Français d’origine espagnole, né à Sète (Hérault), ancien FTP passé à la brigade de l’AGE du Gard : (Ascencio), Arnoux, Bardet, Constantinou, Dides, Herbaut, Loriette, Magnaval, Noguès, Picon, Pio, Réa, Rouvière, Samama, Tessier.
-  6 Espagnols issus de l’AGE (guérilleros espagnols), — mais le Sétois Asencio était, semble-t-il, de nationalité française — : (Ascencio), Garrido, López, Montes, Sanchez, Suarez
-  2 Belges : Coolens, Premer.
-  1 Allemand : Frank
-  1 Tchèque : Vorel
-  1 Yougoslave : Micko
-  2 inconnus
Le procès de Montpellier (Hérault), 17 novembre-3 décembre 1953 :
Parmi les quinze inculpés, membres de la Sipo-SD de Mende, responsables des exécutions de Badaroux et d’autres exactions en Lozère, sept étaient incarcérés, cinq en liberté, deux en fuite. Parmi eux Dorstel, qui dirigea les exécutions de la Tourette. Les délibérations permirent de confirmer les terribles tortures que subirent les vingt-sept "Biraquins" prisonniers. Plus de neuf ans après les faits, les inculpés évitèrent la peine de mort, sauf les quatre contumax. Onze accusés furent condamnés à des peines de travaux forcés, dont cinq à perpétuité : Bottger, Dorstel, Kocher, Hoffman, Steup.
Les vingt-sept exécutés de Badaroux :
ARNOUX Sylvain
ASCENCIO Gabriel
BARDET Jean
CONSTANTINOU Georges
COOLENS Jules
DIDES Louis
FRANK Max
GARRIDO Manuel
HERBAUT Georges
LÓPEZ Miguel
LORIETTE Charles
MAGNAVAL Sylvain
MICKO
MONTES Eloi
NOGUES Claude
PICON André
PIO Fernand
PREMER Eric
REA Dominique
ROUVIERE Fernand
SAMAMA Maxime
SANCHEZ Manuel
SUAREZ Manuel
TESSIER Aimé
VOREL Josef
Un inconnu faussement identifié comme étant Lucien BELNOT
Un inconnu
Sources

SOURCES : Éveline & Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944, Montpellier, les Presses du Languedoc/Max Chaleil éditeur, 1987, 348 p. [pp. 227-256].— Henri Cordesse, Histoire de la Résistance en Lozère 1940-1944, Montpellier, Les Presses du Languedoc / Max Chaleil Éditeur, 1999, 285 p. [en particulier, les pp. 271-272]. — Narcís Falguera (éd.), Guerrilleros en terre de France. Les Républicains espagnols dans la Résistance française, Pantin, Le temps des cerises, Amicale des anciens guérilleros, 2004, 316 p. — René Maruéjol, Aimé Vielzeuf, Le maquis « Bir Hakeim », 2e édition, Genève, Éditions de Crémille, 1972, 251 p. [en particulier, pp. 165-166]. — Hervé Mauran, Espagnols rouges. Un maquis de républicains espagnols en Cévennes (1939-1946), Nîmes, Lacour, 1995, 255 p. [pp. 118-119, 121-122, 141n, 196-197]. — Aimé Vielzeuf, …et la Cévenne s’embrasa … La Résistance au « Pays Raiol », 5e édition, Nîmes, Lacour, 2005, préface de Jean-Pierre Chabrol, 224 p., chapitre 1, « La tragédie de La Parade (28-29 mai 1944) », pp. 20-63. — Association pour des études sur la Résistance intérieure (AERI), Association départementale des Anciens de la Résistance de Lozère, ANACR Lozère, La Résistance en Lozère, CDROM , accompagné d’un livret, 27 p., Paris, 2006.

André Balent

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