Le 10 septembre 1943 eut lieu, dans le massif du Caroux (Hérault) le premier affrontement armé (ou l’un des premiers) entre un maquis et les forces armées allemandes. Le maquis Bir Hakeim (AS) perdit deux hommes. Quatre autres furent faits prisonniers et furent fusillés à Toulouse (Haute-Garonne)

Rosis (Hérault), église Sainte-Marie de Douch et présbytère désaffecté, cantonnement du maquis Bir Hakeim (25 août-10 septembre 1943)
Cliché André Balent, 21 mai 2016
Hameau de Douch, Rosis (Hérault), monumenet en l’honneur du maquis Bir Hakeim
Cliché André Balent, 21 mai 2016
Monument érigé près du presbytère de Douch (Rosis, Hérault) à la mémoire des deux tués de Bir Hakeim lors du combat du 10 septembre 2016, Jean-Marie Allex et Alphonse Landrieux
Cliché André Balent, 21 mai 2016
Monument en l’honneur de Jean-Marie Allex et d’Alphonse Landrieux, maquisards de Bir Hakeim tués pendant le combat du septembre 1943. Détail.
Cliché André Balent, 21 mai 2016
Monument en l’honneur de Jean-Marie Allex et d’Alphonse Landrieux, maquisards de Bir Hakeim tués pendant le combat du septembre 1943. Détail : citation de Charles de Gaulle évoquant le combat de Douch.
Cliché André Balent, 21 mai 2016
Le maquis Bir Hakeim (AS) d’avril à septembre 1943 :
Bir Hakeim, formation militaire atypique affiliée à l’AS était devenu, au début de 1944, le maquis le plus puissant de la R3. Il avait été créé à Toulouse et dans sa région autour d’un noyau de militants résolus et déterminés. Jean Capel, le « commandant Barot » de l’AS, un Languedocien protestant et communiste, en fut, à partir de l’automne 1942, le concepteur et en devint le chef charismatique. Bir Hakeim d’abord intégré comme maquis AS de la R4 s’installa en juin 1943 initialement au hameau de l’Estibie (Aveyron) avec un premier noyau formé de jeunes résidents de Toulouse et de sa région. Capel préféra le déplacer lorsque Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), ville située à proximité de l’Estibie — fut doté d’une importante garnison de l’armée allemande composée de Croates. Bir Hakeim fut ensuite transféré, à partir du 25 août, sur plateau de Douch (Rosis, Hérault) dans le massif de l’Espinouse. Signalons que la commune de Rosis est proche de Lamalou-les-Bains (Hérault) ville où Jean Capel avait passé son enfance et d’où était originaire une partie de sa famille. C’était aussi la ville natale, de Georges Couci, instituteur à Montpellier, ami d’enfance de Capel, et un des premiers membres et animateurs du maquis Bir Hakeim .
Bir Hakeim à Douch (25 août-10 septembre 1943) :
Les maquisards s’installèrent le 25 août 1943 dans le presbytère inoccupé de Douch attenant à l’église Sainte-Marie. Église et presbytère sont isolés dans un vallon, éloignés des villages (Douch, Rosis). Bir Hakeim put sympathiser avec la population.
Le combat de Douch, 10 septembre 1943, les morts du maquis et les prisonniers faits par les Allemands :
Le 10 septembre 1943, le maquis fut attaqué dès sept heures du matin par les Allemands (une colonne motorisée — 400 hommes encadrés par des anciens de l’Afrika Korps munis de mortiers et de trois mitrailleuses ; 200 d’après Combat, 49, 15 octobre 1943 — s’était déplacée depuis Béziers (Hérault) appuyée par un avion d’observation). Ils investirent le plateau de Douch, depuis Rosis à l’est et depuis Mons La Trivalle au sud, en gravissant le relief escarpé du versant nord de la vallée du Jaur. Deux résistants furent tués (Jean-Marie Allex et Alphonse Landrieux) à environ deux-cents mètres de l’église de Douch, trois furent blessés et quatre faits prisonniers (Henri Arlet, Edmond Guyaux, Jacques Sauvegrain et André Vasseur) : Maruéjol et Vielzeuf (p. 32) soulignent qu’Arlet était sorti indemne de l’affrontement. Il fut fait prisonnier car il avait voulu ne pas abandonner l’un de ses camarades, blessé. Dans d’autres versions, Allet fut blessé, de même que les trois autres prisonniers.
De Roquemaurel qui commandait les maquisards cantonnés à Douch ordonna le repli lorsque les munitions étaient dur le point de s’épuiser. Il y avait encore une possibilité par le nord que les Allemands n’avait pas encore bouclé. Les Allemands perquisitionnèrent dans les fermes et les bergeries afin de trouver — en vain — des maquisards cachés. Les maquisards rejoignirent Auriac-sur-Vendinelle (Haute-Garonne), dans le Lauragais, base logistique du maquis, puis Toulouse. La lutte de Bir Hakeim devait continuer ensuite dans les Basses-Pyrénées puis dans le Gard, la Lozère et l’Hérault.
Parmi les morts allemands signalés par de Gaulle (sept au total), on compta en effet un officier tué par une rafale de fusil-mitrailleur depuis le clocher de l’église de Douch. Combat d’octobre 1943 (op. cit. (repris par Maruéjol et Vielzeuf, op. cit., p. 32) mentionna huit morts et douze blessés allemands.
Dans ses Mémoires de guerre (tome 2), le général de Gaulle mentionna le combat de Douch, le considérant comme étant le premier affrontement d’un maquis contre les Allemands : « Le 10 septembre à Douich (sic) dans l’Aveyron (sic), se déroule un combat en règle qui semble une sorte de signal. Une compagnie allemande est mise en fuite (sic) par les nôtres et laisse sur le terrain son capitaine et dix morts ».
Les suites du combat et le sort des prisonniers :
Les Allemands avaient fait défiler les prisonniers blessés devant les habitants de Douch. Les gendarmes appelés par les troupes d’occupation s’occupèrent des corps des deux maquisards tués. L’enterrement de Jacques Allex et d’Alphonse Landrieux., à Saint-Gervais-sur-Mare (Hérault), le 12 septembre 1943, donna lieu à un rassemblement de plusieurs centaines de personnes. Le 11 septembre, le maire de Rosis avait pris la responsabilité de faire descendre les corps à Saint-Gervais-sur-Mare où parmi la foule se retrouvèrent des élus de plusieurs communes, des gendarmes et de chefs locaux de mouvements de résistance. D’après Gérard Bouladou (op. cit.), pendant la messe, le curé prononça un sermon "très osé". Les deux corps des maquisards furent ensuite déposés dans le caveau des morts de la Première Guerre mondiale. Le maire de Rosis évoqua ces obsèques solennelles dans une lettre qu’il adressa le 13 avril 1945 au maire de Sarlat (Dordogne) dont le fils, Henri Arlet, fait prisonnier sur le plateau de Douch (Rosis) fut exécuté à Toulouse (Haute-Garonne) le 9 novembre 1943.
Le chef de la section de la Gendarmerie de Lodève (Hérault) dans un message à l’intention de plusieurs destinataires (dont le préfet régional et le préfet de l’Hérault) ne donna l’identité véritable que de deux des prisonniers (Guyaux et Vasseur). D’après le rapport du chef de la section de gendarmerie de Lodève, les prisonniers furent d’abord transportés dans l’après-midi à l’hôpital de Béziers afin de recevoir les premiers soins. Puis, afin de subir un premier interrogatoire, ils furent transférés à Perpignan (Pyrénées-Orientales), sans doute à la citadelle, où la Sipo-SD avait aménagé une prison. Ils furent conduits ensuite à la prison Saint-Michel de Toulouse et furent condamnés à mort par un tribunal militaire allemand le 24 octobre 1943
Un avis paru le 13 novembre 1943 et signé par le « Kommandant Heeresgebietes sudfrankreich » annonça que « Les ressortissants Hubert Arnaux, étudiant de Toulouse,Edmond Guyaux, étudiant de Toulouse, Jacques Sauvegrain étudiant de Lardenne, André Jaxerre (pseudonyme d’André Vasseur) employé de Toulouse avaient été condamnés à mort le 24 octobre 1943 par un tribunal militaire allemand pour avoir participé à des actes terroristes. Les condamnés s’étaient réunis dans un camp de la montagne pour combattre les troupes allemandes, où on leur donnait des armes et une instruction militaire. Ils se sont opposés à la prise du camp à main armée et ont causé des pertes aux troupes allemandes. Le jugement a été exécuté le 9 novembre par fusillade ».
Les quatre furent fusillés à Toulouse le 9 novembre 1943, Arlet sous le nom de Hubert Arnaux.
Le nom de Jacques Allex et d’Alphonse Landrieux sont inscrits sur la stèle de Rosis (hameau de Douch) commémorant le combat livré sur le plateau de Douch par le maquis Bir Hakeim contre les Allemands. Il figure aussi sur le mémorial édifié à Mourèze (Hérault) afin de perpétuer les morts du maquis Bir-Hakeim entre septembre 1943 et août 1944
À Bordelongue (Toulouse), on découvrit en septembre 1944 trois fosses communes dans lesquelles les Allemands avaient enseveli les corps de vingt-sept résistants exécutés entre novembre 1943 et avril 1944. Les corps des quatre du maquis Bir Hakeim gisaient dans l’une d’entre elles. Leur nom est inscrit sur le monument édifié sur le lieu des charniers de Bordelongue, à Toulouse, aujourd’hui au centre d’un rond-point autoroutier.
Les victimes, âges et professions :
La plupart des victimes du combat de Douch étaient représentatifs des Toulousains (ou résidant à Toulouse) qui, les premiers, avaient intégré les rangs du maquis Bir Hakeim. Cinq d’entre eux étaient des étudiants nés en 1921 (Allex, Sauvegrain) en 1922 (Vasseur, Arlet, Guyaux). Seul Landrieux, employé des PTT né en 1911, appartenait à une autre génération et à un autre milieu socio-professionnel.
Morts au combat à Douch (Hérault), 10 septembre 1943 :
Jean-Marie ALLEX
Alphonse LANDRIEUX
Prisonniers à Douch, 10 septembre 1943, fusillés à Toulouse et ensevelis dans un charnier de Bordelongue (Haute-Garonne) le 9 novembre 1943 :
Henri ARLET
Edmond GUYAUX
Jacques SAUVEGRAIN
André VASSEUR
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Hérault (série W), rapport du lieutenant de gendarmerie Mangin, chef de la section de Lodève aux préfets de région et de l’Hérault à Montpellier, au procureur de l’État français à Béziers au sous-préfet de Béziers, au chef du gouvernement à Vichy ..., relatant l’attaque de Douch, s.d. (sans doute le 11 septembre 1943). — Combat, édition clandestine, 49, octobre 1943 ("Un combat dans le maquis", récit du combat de Douch le 10 septembre 1943) ; 57, mai 1944 récit de "RM", ancien chef adjoint du maquis Bir Hakeim concernant les victimes du combat de Douch et plus précisément "Hubert Arnaux"). — La Résistance en Haute-Garonne, AERI et Association Histoire de la Résistance en Haute-Garonne, CDrom, 2009. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour-Rediviva, 2006, 617 p. [pp. 287-291, lettre p. 291]. — Charles de Gaulle, Mémoires, Paris, Plon, 2016, pp. 383-384 [évocation du combat de Douch]. — René Maruéjol, Aimé Vielzeuf, Le maquis Bir Hakeim, 2e édition augmentée, Genève, Éditions de Crémille, 1972, 251 p ; [pp. 31-33]. — Site Memorial GenWeb consulté en mars 2015.

André Balent

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