Né le 20 février 1884 à Constantinople (Empire ottoman, Turquie), de nationalité turque, massacré le 17 ou le 18 août 1944 à Bron (Rhône) ; marchand forain ; victime civile

Fils de Haïm et de Sarah Bonfils, Joseph Abolafia était juif turc. Il était marchand forain et habitait 55 rue Voltaire à Lyon (IIIe arr.). Il était marié à Zimboul Behar et avait trois filles.
Le 10 août 1944, il fut arrêté à Lyon par des hommes du Parti populaire français (PPF). Il aurait fait partie d’un groupe de personnes juives raflées sur la place du Pont (entre IIIe et VIIe arr.) et réquisitionnées « pour enterrer et faire disparaître les corps des prisonniers suppliciés par la Gestapo au fort de Montluc » (Lyon). Joseph Abolafia fut incarcéré dans la « baraque aux Juifs » de la prison de Montluc.
Le 14 août 1944, eurent lieu des bombardements sur la base aérienne de Bron (Rhône). Devant l’ampleur des dégâts, les Allemands décidèrent de faire travailler sur le camp d’aviation des détenus juifs de la prison de Montluc.
Le 17 août, à 9 heures du matin, 50 prisonniers furent extraits « sans bagage » de la « baraque aux Juifs ». Le gardien Wittmayer fit l’appel et, à la dernière minute, les Allemands remplacèrent deux catholiques par des Juifs. Ils furent embarqués sur trois camions gardés par des soldats allemands armés de mitraillettes, puis amenés sur le champ d’aviation de Bron. A Bron, les prisonniers furent répartis par groupes de trois et contraints de rechercher, d’extraire et de désamorcer des bombes non éclatées. Vers midi, ils furent dirigés près d’un hangar pour déjeuner. L’un des détenus, Jacques Silbermann, profita de cette occasion pour s’évader. Après des menaces de représailles et de vaines recherches, les soldats allemands conduisirent les 49 détenus sur le chantier pour reprendre le travail. A 18h30, alors que les prisonniers remontaient sur un camion pour regagner Montluc, un major allemand donna l’ordre de les amener sur un autre chantier. Les 49 détenus furent conduits près de trois trous d’obus au dessus desquels ils furent exécutés par balles. Leurs corps furent ensuite recouverts de terre et de gravats.
Le matin du 18 août, 23 détenus juifs de Montluc, dont au moins 20 de la « baraque aux Juifs », furent extraits « sans bagage » de la prison et conduits dans des camions au camp d’aviation de Bron. Surveillés par des soldats allemands, ils durent reboucher les trous d’obus et déterrer et désamorcer des bombes non éclatées toute la journée. A midi, « on leur donna une portion de soupe claire ». A 18h, l’adjudant-chef Brau demanda à 20 soldats de se porter volontaires pour accompagner les détenus. A 18h30, ils chargèrent « les prisonniers sur un camion en les battant à coups de cravaches et de crosses de fusils ». Les prisonniers furent conduits près d’un grand trou de bombe. On les fit mettre en cercle autour de la fosse qu’ils commencèrent à reboucher. Les soldats portaient des bouts de tuyau en fer entourés de caoutchouc. Les détenus furent vraisemblablement battus (assommés peut-être ?) et ils reçurent chacun une balle dans la tête ou dans le corps. Le lendemain, l’adjudant-chef Brau fit recouvrir de terre et de blocs de maçonnerie la fosse dans laquelle gisaient pêle-mêle les corps des victimes.
Le 19 août, le chef de la « baraque aux Juifs », Wladimir Korvin-Piotrowsky, dû remettre « en tas » les bagages des 70 prisonniers juifs de la baraque aux autorités allemandes.
En septembre 1944, cinq charniers furent découverts sur le terrain d’aviation de Bron. Le corps de Joseph Abolafia fut retrouvé dans le charnier C, situé au nord du hangar numéro 13 et contenant 25 cadavres. Nous pouvons déduire grâce à différents témoignages que la fosse C contenait vraisemblablement les cadavres de 22 victimes du 18 août, les cadavres de 2 victimes du 17 août et le corps d’une femme exécutée probablement le 21 août. Il est donc difficile d’établir clairement quelle fut la date d’exécution de Joseph Abolafia. D’après le rapport du médecin légiste, il avait été tué d’une balle dans « la partie supérieure de la colonne cervicale ». Son corps fut décrit comme suit : 1m65, moustaches grisonnantes, « lunettes d’écaille à verres biconvexes ». Il fut d’abord enregistré sous le numéro 43 puis identifié le 29 septembre 1944 par sa fille Régine Abolafia, épouse Lévy. Son acte de décès fut dressé le 3 octobre 1944, sur la déclaration de Sarah Abolafia, retoucheuse, domiciliée à Lyon, 55 rue Voltaire, fille du défunt. Le corps de Joseph Abolafia fut inhumé au cimetière de Lyon - la Mouche (VIIe arr.).
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen, dossier de Joseph Abolafia.— Arch. Dép. Rhône, 3460W2, 3460W1, 3335W22, 3335W11, 3808W866, 31J66.— Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, N°18, mai 1946.— Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, N°23, octobre 1946.— Pierre Mazel, Mémorial de l’oppression, fasc. 1, Région Rhône-Alpes, 1945.— Mémorial Genweb

Jean-Sébastien Chorin

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