Né le 2 décembre 1917 à Paris (XIIIe arr.), fusillé le 21 août 1944 à Heilbronn (Bade-Wurtemberg, Allemagne) ; officier aviateur ; résistant du réseau SR Alliance.

Lucien Poulard était le fils de François Marie, employé de chemin de fer, âgé de 31 ans et de Cécile Marie Bernadette Tual, couturière, âgée de 27 ans. Il était célibataire.
Après l’école primaire à Redon (Ille-et-Vilaine), il apprit le métier de mécanicien automobile. En 1937, il s’engagea dans l’aviation et participa à la campagne de 1939-1940 comme lieutenant pilote chargé des observations sous les ordres du commandant Faye*. Démobilisé en septembre 1940, il fut engagé au service des télégraphes, à Nice.
En février 1942, il fut contacté à Marseille par son ancien chef, le commandant Faye* pour entrer dans le réseau de renseignements militaires Alliance, où il reçut le pseudonyme "Mathurin", et fut chargé de la rédaction de rapports d’observation, de codification de données puis de missions d’observation et de transport de courriers vers Grenoble, Vichy et Nice.
En juillet et août 1942, Il se rendit à Paris, Rennes, Brest et Toulouse. En Bretagne, il recruta le lieutenant Pierre Dallas, une ancienne connaissance et créa sur la région la zone "Chapelle" du réseau, dont il fut l’agent principal de renseignements, c’est-à-dire le responsable. A Redon, il fit entrer dans l’organisation les frères Le Bastard de Villeneuve* et à Toulouse il rencontra le commissaire Jean Philippe alias "Basset"*, avec lequel il travailla quelque temps. Après une vague d’arrestation il dut changer son pseudonyme pour prendre celui de "Nandou".
En juillet 1943, il fut chargé par le commandant Faye* d’accompagner Marie-Madeleine Méric en Angleterre et il reçut une initiation à l’organisation des atterrissages de nuit puis revint en France le 16 août comme adjoint du commandant Faye*, à Paris. Ce dernier ayant été arrêté à Aulnay-sous-Bois (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis), suite à l’infiltration du réseau par l’Abwehr, Lucien Poulard fut à son tour pris dans la nasse et arrêté le 24 septembre 1943. Incarcéré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) il fut déporté vers l’Allemagne le 16 décembre 1943 et incarcéré à la prison de Kehl-am-Rhein (Bade-Wurtemberg) en janvier 1944. Le 28 février la Gestapo de Strasbourg transmit un dossier d’accusation comprenant également les noms d’Alain Le Bastard de Villeneuve*, Marc Bernard* et Philippe Lefèbvre*, au Tribunal de guerre du Reich qui y appliqua les tampons « secret » et « affaire concernant des détenus » ainsi que la mention « NN » (Nacht und Nebel-Nuit et Brouillard).
Les accusés seront cependant dissociés et jugés deux par deux. Lucien Poulard fut transféré le 5 mai 1944 à la prison de Freiburg-im-Breisgau (Bade-Wurtemberg) et jugé le 6 juin par le 3e Senat ou Chambre du Tribunal de guerre présidé par le juge Karl Schmauser, qui le condamna à mort pour espionnage au profit d’une puissance ennemie. Le 15 juin il fut transféré à la prison de Schwäbisch-Hall (Bade-Wurtemberg) en attente de la confirmation du jugement par l’amiral Max Bastian, président du Tribunal de guerre, le 26 juin à Torgau. Le 17 juillet il fut informé que la grâce du Führer lui était refusée.
Le 18 août, le directeur de la prison fit le tour des cellules pour prévenir les détenus qu’ils allaient être transférés dans la nuit du 20 au 21 août et que leurs affaires personnelles devaient rester sur place. Ils durent remplir une étiquette indiquant leur adresse en France pour les y envoyer. Dès lors ils comprirent le sort qui les attendait.
Lucien Poulard et 23 autres codétenus furent conduits en camionnette par groupes de huit, le 21 août à l’aube à la caserne Schlieffen, à Heilbronn (Bade-Wurtemberg). Ils furent fusillés au champ de tir d’Heilbronn après avoir reçu l’assistance d’un prêtre, mais en refusant d’avoir les yeux bandés. Ils moururent courageusement en criant "Vive la France". Ils furent inhumés dans le cimetière de Sonthein-Neckar et le dernier vœu des 24 condamnés étant « d’être enterrés en France » fut exaucé par le réseau "Alliance" qui rapatriera les corps en juin 1947, à Strasbourg. Il repose maintenant au carré militaire du cimetière de Redon (Ille-et-Vilaine).
Il fut homologué comme agent P2 des FFC (Forces françaises combattantes) et chargé de mission de 1ère classe de la DGER (Direction générale des études et recherches) avec le grade de capitaine et décoré à titre posthume de la Médaille de la Résistance avec Rosette le 13 octobre 1946 et de la Croix de guerre et Légion d’honneur, le 17 février 1948.
Il obtint la mention "Mort pour la France" le 11 avril 1946 et "Mort en déportation" par arrêté du 26 février 2013 ainsi que le titre de "Déporté résistant" le 19 août 1952.
Son nom figure sur le monument aux morts de Redon (Ille-et-Vilaine).
Sources

SOURCES : Dossier DAVCC AC 21 P 135711 communiqué par Delphine Leneveu. — Auguste Gerhards "Tribunal de guerre du 3e Reich", archives historiques de l’armée tchèque, à Prague, éd. du Cherche-Midi, Paris 2014. — "Livre Mémorial des Déportés de France" de la F.M.D. tome 1. — Mémorial de l’Alliance, 1948. — Sites internet Wikipédia "Réseau Alliance", "Résistances Morbihan". — Mémorial GenWeb. — État civil.

Jean-Louis Ponnavoy

Version imprimable de cet article Version imprimable