À la suite de l’embuscade du col de Fontjun (commune de Cébazan, Hérault) le 6 juin 1944, où furent tués cinq maquisards, dix-huit volontaires capturés au cours du combat furent fusillés le lendemain sur le Champ de Mars (Place du 14 juillet) à Béziers.

Béziers Libre, 21 octobre 1944
Relation des faits peu après la Libération
Monument du mur des fusillés au Champ de mars (place du 14 juillet) à Béziers (carte postale)
Le monument en 2010, surmonté de la statue de Jean Moulin avant que la place ne soit remaniée.
Inauguration du monument commémoratif au col de Fontjun, juin 1945
Le monument du col de Fontjun, carte postale non datée.
Le carré du cimetière de Capestang
Plaque du MLN dans le cimetière de Capestang
Le jardin de Fontjun à Montady
Inauguration d’une stèle devant la mairie de Montady le 7 juin 2015. (Midi Libre)
Stèle de Montady
Nissan-lès-Ensérune, Square René Dez
cliché Richard Vassakos
Nissan-lès-Ensérune, square René Dez, installation de Memorandum" de lartiste Pierrre Marquès
Cliché Richard Vassakos
L’embuscade de Fontjun :
Le débarquement du 6 juin sonna pour la résistance armée comme le point de départ des actions de soutien aux forces alliées. Le plan Vert fut exécuté à partir de cette date alors que dans la périphérie montagneuse les maquis se préparaient à entraver la marche des occupants. C’était notamment le cas du maquis Latourette commandé par Jean Girvès qui lui a donné son pseudonyme et qui était localisé aux environs de Ferrières-Poussarou entre Saint-Pons et Olargues. Le maquis Latourette était affilié à l’Armée secrète, sous la coupe du MLN, pour autant qu’en témoignent les plaques commémoratives du cimetière de Capestang. Les hommes de la plaine biterroise qui s’assemblèrent le 6 juin, après avoir entendu un message codé les y invitant la veille, devaient le rejoindre après être entrés en contact avec des agents de liaison à Combejean. Deux itinéraires avaient été prévus, soit par Maraussan, Cazouls-lès-Béziers pour les Biterrois, soit par l’axe Quarante-Cruzy pour ceux du canton de Capestang. Or, les consignes ne furent pas respectées et les départs se firent dans l’exaltation et sans précautions. Qui plus est, les Allemands furent avertis du mouvement par ce manque de discrétion et probablement par des informateurs. La montée au maquis débuta par la réquisition de deux camions à Puisserguier qui s’engagèrent précédés d’une voiture en direction de Saint-Chinian. Parvenus au col de Fontjun qui surplombe ce village, ils découvrirent un barrage constitué par les occupants. La voiture de tête parvint à se faufiler mais les deux camions furent arrêtés et la bataille s’engagea. Les résistants ripostèrent aux tirs allemands avec leurs pistolets mitrailleurs et quelques grenades mais ils manquèrent rapidement de munitions. Cinq des maquisards furent tués durant le combat dont Danton Cabrol* de Capestang. Dix-huit autres furent capturés par les Allemands qui les emmenèrent à la caserne Du Guesclin de Béziers où ils furent interrogés et probablement torturés par l’antenne de la Gestapo de la ville sous la direction de Josef Roleff.
La répression :
Le 7 juin 1944, le chef de la Gestapo biterroise, Roleff, avertit les autorités françaises de l’exécution prochaine des résistants. Il dit au commissaire de police que dix-huit français dont une femme, qui avaient été pris les armes à la main à Saint-Chinian, où ils avaient attaqué des soldats allemands, allaient être fusillés publiquement sur la place du 14 juillet. Les Allemands redoutant la réaction de la population imposèrent une inhumation séparée et dispersée pour éviter des manifestations. À 14 heures, l’exécution débuta par groupes de six sous la balustrade du Champ de Mars. Juliette Cauquil*, refusa la grâce obtenue sur intervention de la Croix-Rouge et des autorités locales. Elle cria « Vive la France » avant d’être abattue et aurait même craché au visage de l’officier commandant le peloton, selon certains récits. Tombèrent sous les balles : Amouroux Elie*, Albert Marc*, Dez René*, Cros Pierre*, Cauquil Roger*, Taixe Juliette épouse Cauquil*, Huc Louis, Bousquet Marcel*, Villeneuve Henri*, Montagne Salvador*, Loscos Emile*, Baïsse Louis*, Massat Henri*, Combet André*, Caux Louis*, Quixalos Joseph*, Bourdel Guy*, Malet Ignace*.
Les morts du Champ de mars se caractérisent par plusieurs traits. C’était majoritairement des hommes, seule Juliette Cauquil faisant exception. Ils étaient plutôt jeunes : plus de la moitié était née après la Grande Guerre. Le benjamin avait 18 ans, cinq avaient 19 ans, un avait 24 ans, trois avaient 25 ans. Les plus âgés étaient nés entre 1899 (2) et 1916. Deux étaient nés à l’étranger, en Espagne et en Andorre. La jeunesse du groupe explique qu’une majorité d’entre eux fût célibataire. Sur le plan, socio-professionnel, les cultivateurs ou petits viticulteurs dominaient en représentant près d’un tiers des victimes. D’autres occupaient des emplois de service : chauffeur, épicier, limonadier. L’un d’entre eux travaillait dans le bâtiment en tant qu’électricien. Deux étaient sans profession attestée et l’on peut supposer que, parmi les plus jeunes d’autres étaient dans ce cas.
Remis aux autorités françaises quinze suppliciés furent identifiés mais trois ne le furent que dans les semaines qui suivirent. L’évènement produisit une impression très forte sur la ville de Béziers. La fusillade a été publique et tout au long de la journée des Biterrois se rendirent au Champ de Mars manifestant leur émotion. D’ailleurs la nouvelle toucha rapidement les villages alentours, d’autant que dix victimes étaient originaires de Capestang, les autres venants de Nissan-lès-Ensérune, Colombiers et Montady. Cela poussa les Allemands à s’en prendre à ce gros bourg viticole situé à l’ouest de Béziers, deux jours après. Les troupes nazies encerclèrent le village pendant plusieurs jours et forcèrent les habitants à dormir portes et fenêtres ouvertes. Toutes les maisons furent fouillées et les hommes de 18 à 45 ans furent rassemblés, emmenés à pied à Béziers puis déportés en Allemagne comme travailleurs forcés au nombre de 143. Ces évènements marquèrent durablement et profondément les esprits biterrois et s’inscrivirent progressivement dans la mémoire locale.
La mémoire du drame depuis 1944, un traumatisme biterrois :
Dès le mois de juin, un récit des évènements se mit en place. C’est ainsi que l’organe communiste Le Travailleur du Languedoc daté du mois de juin 1944 publia un article intitulé « L’assassinat du Champ de Mars ». Lors de la Libération de Béziers la rumeur courut qu’un chef FFI voulait se saisir de 18 miliciens internés pour les exécuter sur le Champ de mars. L’allusion au massacre du 7 juin était évidente et il fallut toute l’habileté et l’autorité du président du CLL, Malafosse*, pour éviter que la menace ne fût effectivement réalisée. Même si un certain flou demeura sur les conditions du combat de Fontjun, la presse n’hésita pas à le relater, ce qui contribua à ancrer les premières représentations de cette affaire. Les résistants qui dirigeaient la presse et la ville évoquèrent les héros de Fontjun et du Champ de Mars comme par exemple Joseph Lanet* en octobre 1944 (Béziers libre. Organe officiel du comité provisoire de Libération, 21 octobre 1920).
Cette mémoire s’enracina également de façon très rapide par la constitution d’un réseau de lieux symboliques. Le monument du col de Fontjun, non loin de Saint-Chinian, le mur des fusillés du Champ de mars à Béziers ainsi que les tombes, plaques et noms de rues qui s’imposent dans les villages dont étaient originaires les victimes. On trouve ainsi à Capestang, une place des Martyrs qui remplace la place Pétain dès le 8 novembre 1944. On trouve également une place Danton Cabrol, un quai Elie Amouroux ou bien encore une rue Maurice Sol dans la même commune où tous les fusillés et tués de juin 1944 sont honorés. Montady a procédé de même dans des quartiers récents et possède aussi un jardin de Fontjun. A Nissan, René Dez est commémoré par un square.
Les victimes :
Tués au combat à Fontjun, 6 juin 1944 :
BOUSQUET Maurice,
CABROL Danton
CABROL Paul,
SÉGURET André,
SOL Maurice.
Exécutées au Champ de Mars, à Béziers, 7 juin 1944 :
ALBERT Marc,
AMOUROUX Élie,
BAÏSSE Louis,
BOURDEL Guy,
BOUSQUET Marcel,
CAUQUIL Roger,
CAUX Louis,
COMBET André,
CROS Pierre,
DEZ René,
HUC Louis
LOSCOS Émile,
MALET Ignace,
MASSAT Henri,
MONTAGNE Salvador,
QUIXALOS Joseph,
TAIXE Juliette née CAUQUIL, VILLENEUVE Henri.
Sources

SOURCES : Arch. dép. Hérault 2147 W 169 Enquête sur l’exécution de Français à Béziers, le 7 juin 1944 par les autorités militaires allemandes. Liste Nominative et signalétique, notice individuelle d’identification CR, PV, instructions messages. — Fontjun. Récit d’Antoine Colombié et de Pierre Sonnier Alias Pierre Noël, Édition Puisserguier raconte ses mémoires, 2010. 36 p. — Joseph Mazeran, La Tragédie de Fontjun, 6 juin 1944 : Une glorieuse et douloureuse page de la Résistance Française, (Archives Jean Colombié). — Patrick Néolas, La Résistance dans les hauts-cantons de l’Hérault (1940-1945), préface de Jules Maurin, Montpellier, Odyssée, 1995, 112 p. — Classe de 3e B du collège La Devèze de Béziers, Pour se souvenir de Fontjun, concours national de la Résistance et de la Déportation (Archives Jean Colombié).

Richard Vassakos

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