17 personnes, résistants et civils, furent exécutés sommairement et massacrés par un détachement de la SS-Panzerdivision Das Reich épaulé par des agents français et allemands de la Sipo-SD d’Agen (Lot-et-Garonne).

Le château de Laclotte
Crédit : François Frimaudeau, Michel Sercan.
L’épicerie Mainguet
Crédit : François Frimaudeau, Michel Sercan.
Saint-Pierre-de-Clairac, monument commémoratif du massacre du 7 juin 1944.
MémorialGenWeb
Ce massacre se produisit au lendemain du débarquement, alors que des résistants du Corps franc Pommiès se mobilisaient, à l’appel de Londres et à l’instar de nombreux groupes de résistants sur tout le territoire, afin de soutenir les forces alliées en entravant le déplacement des troupes allemandes vers la Normandie. Dans le Lot-et-Garonne, l’enjeu était particulièrement important puisqu’y stationnait des éléments de la SS-Panzerdivision Das Reich qui s’apprêtait à faire mouvement vers les plages de Normandie. Ces éléments étaient jusqu’alors utilisés pour prêter main-forte à la Sipo-SD d’Agen qui luttait en étroite collaboration avec la Milice contre les foyers de résistance du département.
Contrairement à la version communément répandue et toujours reprise, ce ne sont pas des indiscrétions venues d’un restaurant de la commune de Bon-Encontre qui ont conduit les Allemands au château de Laclotte à Castelculier et à Saint Pierre de Clairac.
La chronologie des faits a été parfaitement établie par la Police Judiciaire de Bordeaux, au printemps 1946, à la suite d’une enquête réalisée à la demande du Préfet du Lot-et-Garonne. Mais il aura fallu attendre 60 ans, que les archives de la préfecture d’Agen tombent dans le domaine public, pour enfin découvrir et connaître la vérité.
C’est le Collectif d’orphelins de Saint-Pierre-de-Clairac qui est parvenu, au titre de son « devoir de mémoire », par ses recherches, à réunir les documents déterminants et irrécusables quant à la véritable histoire de cette tragédie. Travail d’autant plus nécessaire, que bien des controverses subsistaient quant à ce qui s’était réellement passé dans leur village, comme à Castelculier.


Le point de départ aura été l’imprudence doublée de propos malvenus du résistant Eugène Jacques, réfugié lorrain demeurant à Sainte-Radegonde (commune de Bon-Enccontre), auprès du père du jeune milicien Jean Lange (condamné à mort par contumace le 16 octobre 1945, jamais retrouvé... et pourtant décédé en 2001 en région parisienne). Jean Lange dénonça Jacques à la Sipo-SD d’Agen dans la soirée du 6 juin. La première arrestation fut donc celle de Jacques, à son domicile à Sainte-Radegonde, aux premières heures du 7 juin. C’est le gestapiste Prosper Delpuch alias « Bouboule » assisté de membres de la Gestapo et des miliciens dénonciateurs qui procéda à l’arrestation. Elle conduisit à plusieurs arrestations en cascade.
Rentré à Agen, « Bouboule » avisa Henri Hanack, dit « Le Balafré », agent français dela Sipo-SD, qui obtint de Jacques, adjoint de Raymond Guichard alias « Jura », des informations sur ce dernier, puis organisa et participa aux arrestations suivantes.
Notamment, quelques deux heures plus tard, celle de Raymond Guichard et sa famille à son domicile de Bon Encontre. Il était le chef de section, chargé des armes au sein de la compagnie Alfred Streiff. Guichard, durement torturé, parla.
Au petit matin, ce fut au tour du lieutenant Alfred Streiff, alias « Fred », chef d’une des trois compagnies du bataillon d’Agen du « Corps Franc Pommiès » sous le commandement de Michel Ribourt alias « Riche », d’être arrêté, vers 8 h, en compagnie de Paul Esch son chargé de logistique en venant récupérer leur véhicule garé au domicile de Guichard.
Reprenant les tortures, Hanack obtint de Guichard l’organisation de la compagnie et apprit son installation au PC provisoire au château de Laclotte. Il pouvait donc organiser l’expédition punitive.
Comme à l’accoutumée, la Sipo-SD fit appel au 1er bataillon du régiment Der Führer de la division Das Reich stationné à Valence-d’Agen. C’était déjà ce même scénario qui avait été suivi pour l’opération à Lacapelle-Biron, le 21 mai 1944.
En fin de matinée, la colonne conduite par Hanack qui a amené avec lui Raymond Guichard s’approcha de Laclotte. Les Allemands donnèrent l’assaut. Les résistants présents n’étaient alors que huit : l’abbé lorrain Pierre Frischmann (adjoint de Streiff), l’agenais André Mazeau, les alsaciens Charles Goerig et Joseph Jaeger, le girondin Jacques Lévy et les lorrains Paul Denis, Robert Venturelli et André Fougerousse.
Mazeau et Goerig résistèrent à l’attaque ; ils couvrirent la fuite de leurs six autres camarades. Mazeau abattit un soldat allemand avant d’être tué et Goerig fut blessé. Furieux les S.S, qui n’ont pu trouver d’autres résistants, incendièrent le château, exécutèrent quatre otages qui n’ont aucun lien avec la Résistance et dont le seul crime aura été leur présence dans l’environnement du château. Seront ainsi assassinés, Charles Goerig, 24 ans, Jean Clovis Boé, 43 ans, Marcel Boé, 17 ans, Émile Jean Afflatet, 56 ans et Raymond Roger Afflatet,15 ans.
Avant de quitter les lieux, les Waffen S.S pillèrent, puis incendièrent la ferme Afflatet, proche du château.
Marie Afflatet, épouse d’Émile Jean Afflatet, et Marcelle Boé, épouse de Jean Clovis Boé, furent les témoins indirects de la tragédie. Elles seront entendues par des inspecteurs de la 7e Brigade de recherche de Police Judiciaire de Bordeaux le 18 mars 1946.


Après ce sanglant épisode, les Allemands se dirigèrent, toujours avec Guichard, vers le vieux château de Castelculier. C’était là que Guichard avait constitué le dépôt de la plupart des armes de la compagnie. Le transfert s’était effectué dans l’après-midi du 6 juin vers Laclotte pour préparation et ensuite remise aux membres de la Résistance qui devaient se regrouper au cours de l’après-midi du 7 juin pour engager leurs opérations de sabotages la nuit venue.
Les Allemands, qui prirent le lieu en tenaille, arrivèrent pour partie d’Estieu et pour partie par St Amans. A proximité, ils arrêtèrent Corrado Poloni et M. Poumeyrol et se présentèrent chez Joseph Ribourt qui habitait le lieu. Il était le frère du commandant du bataillon d’Agen Michel Ribourt, parti depuis la veille à son PC à La Croix Blanche. Il logeait depuis mars chez son frère Joseph après avoir dû fuir la région de Fréjus (Var) où il était recherché par la Gestapo. Selon le témoignage de Corrado Poloni, il aura fallu toute la force de persuasion et les qualités de négociateur de Joseph Ribourt pour que les Allemands repartent sans avoir commis un nouveau forfait.
Madame Castagné née Vidal avait connaissance du dépôt d’armes. Elle connaissait des résistants, notamment le lorrain Félix Barbier mais aussi Eugène Jacques qui venait parfois journalier à la ferme de ses parents. Ce dernier ne jouissait pas d’une très bonne image, notamment de ses plus proches voisins à Sainte-Radegonde, M. et Mme Saurin née Simonitti. Ces derniers avaient été les premiers pris à partie, par erreur, par Bouboule et des miliciens venus pour arrêter Jacques.
La colonne allemande quitta Castelculier et se dirigea, toujours avec Guichard, vers Saint- Pierre-de-Clairac où elle arriva vers 15 h et mit le village en état de siège. Ils venaient là pour arrêter Maurice Mainguet et son adjoint Marcel Juteau, seuls connus de Guichard à Saint-Pierre. Ils étaient, avec Eugène-Édouard Balsan, venus chez lui la veille, 6 juin, en milieu d’après-midi, récupérer l’armement destiné à leur groupe. Armes distribuées aux résistants locaux par Marcel Juteau en début de nuit, au lieu-dit Rougères, dans la grange proche de son domicile. Mainguet, lui, était à ce moment en réunion avec les autres chefs des différents groupes pour prendre les instructions du Lieutenant Streiff.
Mainguet et Juteau étaient ensemble dans la cuisine de l’épicerie en train de préparer les futures actions à mener. A l’arrivée des Allemands, dont le premier véhicule s’arrêta précisément devant l’épicerie, Yvette Mainguet les informa de cette arrivée, ce qui leur permit de s’enfuir.
Les Allemands trouvèrent hélas, laissée sur la table, une liste des résistants du groupe local avec leur véritable identité et en regard pour chacun l’arme reçue la veille.
Dès lors, les arrestations se multiplièrent, et avec Pierre Doumic, pris en otage, un officier S.S et quelques soldats partirent vers les domiciles des répertoriés et en premier chez Juteau. Ce dernier qui a déjà regagné son domicile a pu faire fuir la grand-mère avec sa fille. Il essaya de s’échapper, mais fut abattu, comme vient de l’être son beau-père Balsan et leur domicile incendié.
Les rafles terminées, les armes listées en partie restituées, c’est Hanack qui, la liste en main, désigna ceux qui allaient être emmenés. Il y avait là huit des neuf victimes dont six membres effectifs de la résistance locale du Corps Franc Pommiès. Au passage, fut ajouté Marius Bazille venu de Saint- Caprais-de-L’Herm pour informer le chef local des combats de Laclotte. Bazille, lieutenant dans la résistance à Sète (Hérault), avait dû fuir, son frère Léon ayant été arrêté, mais ne s’était pas réinvesti dans la résistance locale. Il convient aussi de préciser que parmi les neuf futures victimes, ni Pierre Doumic, otage et contraint de piloter les Allemands aux divers domiciles des listés et témoin des exécutions de Balsan, 47ans, et Juteau, 26 ans, ni le jeune Marcel Castex, trouvé porteur de grenades, n’appartenaient à la résistance locale.
Les neuf hommes, emmenés à la sortie du village, furent exécutés, vers 17 h, à l’endroit même où se dresse, à leur mémoire, le monument des fusillés, conçu par l’instituteur de l’époque Arthur Ader. Dans le même temps, la bâtisse épicerie et domicile des Mainguet, devant laquelle avaient été regroupées toutes les personnes arrêtées et que les Allemands firent disperser, fut incendiée.
Ont donc été fusillés et massacrés à la sortie du village : Marius Bazille, 27 ans, Marcel Castex,17 ans, Gabriel Dostes, 33 ans, Pierre Doumic, 65 ans, Marcel Fontaine, 30 ans, Raymond Frossard, 23 ans, Georges Gaentzler, 31 ans, Émile Routaboul, 35 ans, Jean Sercan, 35 ans.
Hanack ramena Guichard avec lui à Agen. Fin juin, il fut transféré à la prison Saint-Michel de Toulouse en compagnie d’Eugène Jacques et Paul Esch. Tous trois furent libérés le 19 août 1944 par la Résistance, quand les Allemands partirent définitivement. Les Allemands regagnèrent Valence- d’Agen, que les plus « fiables » quitteront, selon l’ouvrage de Guy Penaud, vers 1h du matin le 8 juin, pour remonter vers la Normandie par Tulle et Oradour-sur-Glane.
Ainsi, la journée du 7 juin se sera soldée par 17 victimes et aura laissé 17 orphelins.


Lien vers les biographies des victimes
Sources

SOURCES : : François Frimaudeau, 7 juin 1944 - Château de Laclotte, Castelculier, Saint-Pierre-de-Clairac, Éditions d’Albret, 2016. — Pour tous ceux ou celles qui souhaiteraient de plus amples précisions, il convient de consulter le site internet du Collectif et essentiellement le rapport de la Police Judiciaire de Bordeaux de mai 1946 et les 38 témoignages qui l’accompagnent.

François Frimaudeau, Michel Sercan

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