Le mémorial des fusillés de Port-Louis a été érigé face à la rade de Lorient, à l’entrée de la citadelle où, au printemps 1944, les Allemands avaient installé un tribunal militaire spécial et où de nombreux résistants bretons ont été détenus et torturés, sur le lieu même où soixante-neuf d’entre eux ont été fusillés. La découverte de ce lieu d’exécution a été tardive. En effet, il était situé à l’intérieur de la poche tenue par la Wehrmacht jusqu’au 7 mai 1945, date de la capitulation de l’Allemagne nazie signée à Reims et de la reddition à Etel des troupes allemandes commandées par le général Fahrmbacher.

Le mémorial des fusillés
de la citadelle de Port-Louis
« Vous qui passez, arrêtez-vous, souvenez-vous que nous avons été soixante-neuf patriotes fusillés en juin 1944 par les nazis »
Sur les mur du mémorial, les plaques au nom des soixante-trois fusillés identifiés et au premier plan les six sépultures des fusillés inconnus
Plaque honorant la mémoire de la fusillée inconnue
Sépulture d’un fusillé inconnu
L’urne scellée dans le mur du Mémorial en mémoire des déportés
Le monument dédié aux déportés implanté devant le monument provisoire érigé en 1946 en mémoire des fusillés
Plaque apposée par l’Amicale de Ravensbrück
Le 18 mai 1945, sur les indications fournies par un soldat tchèque et un soldat polonais incorporés de force dans des unités disciplinaires de la Wehrmacht, un charnier fut découvert sous les décombres du stand de tir installé par les Allemands à l’entrée de la citadelle de Port Louis, qu’ils avaient délibérément dynamité pour faire croire à une destruction causée par une bombe lancée par l’aviation alliée.
Au cours des jours qui ont suivi, soixante-neuf corps furent exhumés par des prisonniers de guerre allemands.

« Les corps étaient recouverts de chaux, certains mutilés, avec des patates à la place des yeux. Ils étaient déjà dans un état de décomposition qui rendait les identifications difficiles. Certains avaient les mains attachées derrière avec du fil de fer. Ils ont été alignés le long du muret de la citadelle ».
Témoignage de Jean Tisserand, ingénieur principal de la marine qui a assisté à l’exhumation.

Le 19 mai, contraint par les autorités militaires françaises et américaines à regarder en face ce charnier, le général allemand Fharmbacher, commandant de la place forte de Lorient, simula un haut-le-cœur de dégoût et osa prétendre qu’il ignorait tout du sort de ces fusillés. Commandant du 25e corps d’armée dont l’état-major était installé à Pontivy, ce général avait donné l’ordre le 27 avril 1944 d’incarcérer les résistants dans la citadelle de Port-Louis et dans le fort de Penthièvre.

Depuis février 1944, dans le Morbihan, le tribunal militaire allemand de Vannes (FK 750), avait à nouveau prononcé des condamnations à mort, ce qu’il n’avait plus fait depuis 1942. Devant le nombre important des jugements à prononcer, deux tribunaux militaires spéciaux avaient été créés, qui siégèrent dans la citadelle de Port-Louis et dans le fort de Penthièvre à Saint-Pierre Quiberon (Morbihan). Parmi les résistants exécutés à Port-Louis, un certain nombre d’entre eux ont été fusillés après condamnation à mort par un tribunal militaire ou une cour martiale allemands. mais il semble bien que la plupart d’entre eux ont été exécutés sans jugement. Cela est avéré par exemple pour les quatre élèves du lycée de Guéméné (Morbihan) et leur professeur Émile MAZÉ, pour les quels on dispose du témoignage d’un détenu survivant.

Selon l’historien Jean-Claude Catherine, « Les exécutions se passaient vers 5 heures du matin. Le peloton de soldats était aux ordres du sous-lieutenant Hermann Fuchs, 30 ans, qui commandait la compagnie disciplinaire de la citadelle. Celui-ci était sous l’autorité du général Walter Düvert qui, en tant que chef de la 265e division d’infanterie basée en Bretagne-Sud, s’impliquait directement dans l’activité de la citadelle, interdisant les échanges de lettres et de colis entre les prisonniers et leurs familles ainsi que la présence d’un aumônier pour assister les fusillés. Les victimes, dont beaucoup avaient les pieds et mains entravés de fil de fer et les yeux bandés, étaient abattues au bord de la fosse et recevaient le coup de grâce d’une rafale de mitraillette. »

Les cadavres qui avaient été jetés pêle-mêle dans trois fosses, étaient en état de décomposition avancée. Les corps furent déposés dans des cercueils et alignés le long du rempart de la citadelle où familles et proches de disparus sont venus identifier, un époux, un fils, un frère, un ami. Dès le 14 juin 1945, quarante-quatre cadavres purent être identifiés par leurs familles, par les vêtements et les chaussures, par les initiales d’un mouchoir, par les dents. Six corps, dont celui d’une femme, n’ont pas pu être identifiés, parmi lesquels se trouve peut-être celui de Joseph LE MESTE, domicilié au Faouët (Morbihan).

Les fusillés-exécutés de Port-Louis étaient très majoritairement des jeunes célibataires : soixante d’entre eux avaient moins de 25 ans, les plus jeunes 18 ans, et le plus âgé 49 ans. Beaucoup étaient des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), dont plusieurs appartenaient au Parti communiste. Parmi eux, il y avait des militaires, des gendarmes, d’anciens marins, des cultivateurs, des ouvriers, des artisans, des employés, des étudiants, des lycéens et leur professeur. La plupart étaient originaires du Nord-Ouest du Morbihan et des confins Est du Finistère.
Il est difficile de déterminer la date précise de leur exécution, qui pour le plus grand nombre se situe au cours du printemps et de l’été 1944, de mai à juillet. La date de décès mentionnée sur leur état-civil correspond à la date de leur identification au printemps-été 1945.

Après la guerre, à l’issue de la procédure judiciaire engagée par les familles de fusillés devant les tribunaux français à Rennes puis à Paris, le lieutenant Fuchs, qui avait commandé le peloton d’exécution, a été condamné à deux ans d’emprisonnement, peine qu’il n’a pas effectuée en raison de la loi d’amnistie du 16 août 1947. Un autre lieutenant qui avait procédé aux interrogatoires a été acquitté. Un adjudant poursuivi pour coups et blessures volontaires a été condamné à cinq ans de prison par contumace. Quant au général Düvert, qui avait réussi à rentrer en Allemagne sans être inquiété, et dont un rapport de la Police judiciaire avait démontré le « rôle clé » en particulier dans la décision de procéder à des exécutions sans jugement, il a échappé à la justice française. En 1951, un jugement définitif n’a pas retenu la qualification de « crime de guerre » pour les exécutions sans jugement de Port-Louis.

Dès 1946, le conseil municipal de Port-Louis proposa d’ériger un monument à la mémoire de ces résistants sur le lieu de leur exécution, le stand de tir de la citadelle, c’est-à-dire sur un terrain militaire du domaine maritime. Le commandement de la Marine nationale accorda à la commune de Port-Louis une autorisation temporaire d’occupation d’une parcelle de ce terrain.
Le 3 mars 1946, un monument provisoire surmonté d’une croix de Lorraine fut inauguré à proximité du lieu d’exécution à l’initiative du Parti communiste. À l’issue de la cérémonie, son représentant, M. Perrotin, exprima le souhait que « plus tard, soit élevé un monument définitif sur le lieu-même du crime ». Un comité d’érection, présidé par le maire de Port-Louis, Monsieur Le Saux, fut constitué.
Ce n’est qu’en 1959, au début de la Ve République, que commença la construction du mémorial proprement-dit, conçu par les architectes Guillou et Lamourec, sur un terrain racheté par la commune de Port-Louis et situé à l’emplacement de l’ancien stand de tir.

Le mémorial des fusillés de la citadelle de Port-Louis a été inauguré le 30 octobre 1960 par Raymond Triboulet, ministre des Anciens combattants. Il est constitué d’une stèle inclinée en pierre, sur laquelle est incrustée une croix de Lorraine en métal avec l’inscription :

« Vous qui passez, arrêtez-vous, souvenez-vous que nous avons été 69 patriotes fusillés ici en juin 1944 par les nazis ».

En contre-bas, sont alignés les six sépultures des fusillés qui n’ont pu être identifiés et sur lesquelles est gravée dans la pierre la mention « Inconnu(e) ».
Sur les murs sont scellées des plaques sur lesquelles sont inscrits les noms des 63 fusillés qui ont pu être identifiés, l’initiale de leurs prénoms et leurs communes de résidence ; 52 d’entre eux étaient domiciliés dans le Morbihan, 8 dans le Finistère, 3 dans les (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor ), 1 à Paris :

- AUDO Alphonse, Silfiac
- BARON Pierre, Groix
- BOGARD Yves, Silfiac
- COGET Michel, Noyal-Pontivy
- COGET Noël, Noyal-Pontivy
- COMMUN Jean, Paris
- CORÉ Jean, Scaer (Finistère)
- COTONNEC Joseph, Plouay
- DELOFFRE Jean, Saint-Thuriau
- DONIAS Henri, Moustoir-Remuncol
- ÉVENNOU Fernand, Lanvenegen
- FEUILLET Jean, Guéméné-sur-Scorff
- FRABOULET Jérôme, Cléguérec
- GAILLARD Henri, Pontivy
- GAINCHE Marcel, Naizin
- GUILLO Mathurin, Cléguérec
- HASCOAT Jean, Quimperlé
- HELLO Raymond, Plouhay
- HENRIOT François, Querrien (Finistère)
- HERVÉ Paul, Lorient
- HOUARNO Rémy, Cléguérec
- JUSTUM Roger, Pluméliau
- KERMABON André, Quimperlé (Finistère)
- LAUNAY Léon, Pontivy
- LAVOLÉ Joseph, Meslan
- LE BAIL Louis, Gouarec (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor)
- LE BOURLAY Paul (orthographié par erreur BOURLAY sur le mur du Mémorial), Silfiac
- LE CHENADEC Alexandre, Hennebont
- LE CORRE Joseph, Lescouet Gouarec (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor)
- LE COZ Jean, Scaër (Finistère)
- LE CUNFF Roger, Pontivy
- LE DUIGOU René, Querrien (Finistère)
- LE GALLIC François, Querrien (Finistère)
- LE GLOANNEC Joseph, Plouay
- LE GOFF Gabriel, Pontivy
- LE GUIFF Jean-Marie, Pontivy
- LE JAN Yves, Quimperlé (Finistère)
- LE MESTE Jean, Lanvenegen
- LE MOENE Georges, Lanvenegen
- LE MOULEC Jean, Gouarec (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor)
- LE SOLLIEC Joseph, Meslan
- LE TRÉQUESSER Joseph, Locmiquelic
- LE TUTOUR Mathurin, Pluméliau
- LESCOAT Albert, Cléguérec
- MAHÉ François, Quimperlé (Finistère)
- MAHOT Louis, Lanvénégen
- MARTIN Jean, Guéméné-sur-Scorff
- MAUBÉ Louis, Cléguéren
- MAUVAIX André, Lanvénégen
- MAZÉ Émile, Guéméné-sur-Scorff
- MORLEC François, Lanvénégen
- MORVAN Eugène, Pluméliau
- MORVAN Pierre, Guiscriff
- NIVOIX Jean, Saint-Thuriau
- PERENNOU Bertrand, Lorient
- PERRON Lucien, Lanvenegen
- POULHALEC Georges, Lanvenegen
- RIOU Joseph, Lanvenegen
- ROUILLÉ André, Naizin
- ROYANT Pierre, Lorient
- TRÉBUIL Aimé, Guéméné-sur-Scorff
- TRÉBUIL Francis, Guéméné-sur-Scorff
- VALY François, Plouhay

Le mémorial de Port-Louis associe la mémoire des déportés à celle des fusillés. Une urne contenant des cendres recueillies dans plusieurs camps de concentration a été scellée au centre du mur de façade, au-dessus d’une plaque sur laquelle est gravée l’inscription : « Ici reposent les cendres des martyrs de la Déportation ».
Un rosier " Résurrection " a été planté par l’Amicale de Ravensbrück au pied du monument provisoire sur lequel a été déposée une plaque de marbre portant l’inscription : « " Résurrection " dédiée à la Déportation et à la Résistance par l’Amicale de Ravensbrück ».

Chaque année le 23 mai, date anniversaire qui correspond à l’achèvement de l’exhumation des corps des fusillés, une commémoration se déroule devant le mémorial de Port-Louis.
Le 8 mai 2011, le président de la République Nicolas Sarkozy y est venu commémorer le 66e anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 2 W 15920, 1526 W 229, 41 J 9. — Signalétique du Mémorial de Port-Louis. — " Les Martyrs de la Citadelle ", Chroniques Port-Louisiennes, Centre d’Animation Historique du Pays du Port-Louis, hors-série n° 3, juillet 1995. — Témoignage de Jean Tisserand, Ouest-France, 18 juin 1988. — Antoine Fouchet, " Les fusillés de Port-Louis, un crime impuni ", entretien avec l’historien Jean-Claude Catherine, La Croix, 6 juin 2011 — Ami entends-tu… Bulletin de liaison et d’information de l’ANACR, numéros 4 (octobre 1967), 13 (4e trimestre 1968), 15 (2e semestre 1971), 19 (2e semestre 1972), 22 (1er semestre 1973), 28 et 29 (1er semestre 1975), 31 (2e semestre 1975), 38 (2 semestre 1977), 99 (4e trimestre 1996), 154 (2e trimestre 2011) et 157 (3e trimestre 2012). — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — Le Morbihan en guerre 1939-1945, Archives départementales du Morbihan, 2009 — René Le Guénic, Morbihan, Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse Bretagne, Quéven, 2013. — " Les massacres de Port-Louis de mai à juillet 1944 ", " Lieux mémoriels en Morbihan-Citadelle de Port-Louis " et " Mémorial de Port-Louis ", dossiers en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, sans date.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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