Le bois de Landordu à Berné, où furent exécutés sans jugement seize résistants en juillet 1944, fait partie des nombreux lieux d’exécutions et de mémoire qui jalonnent le département du Morbihan.

Monument érigé en 1947 dans le bois de Landordu sur le lieu de l’exécution
« Ici furent fusillés le 6 juillet 1944 16 patriotes »
Le monument élevé en 1957 sur le bord de la RN 782
« À la mémoire des patriotes morts pour la France - Juillet 1944 »
Bloc de gauche
Bloc de droite
Au début du mois de juin 1944, le 2e Régiment de chasseurs parachutistes (RCP) ou 4e SAS (Special air service) des Forces françaises libres (FFL) fut largué dans le secteur de Plumelec-Sérent-Saint-Marcel-Malestroit (Morbihan). Sa mission était de fixer les troupes allemandes stationnées dans le Morbihan, afin d’empêcher ou au moins de retarder l’arrivée des renforts allemands sur le front de Normandie. Plusieurs milliers de résistants appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) furent regroupés et armés dans le camp de Saint-Marcel qui recevait chaque nuit des parachutages d’hommes, d’armes, de munitions et de Jeep. Le commandant Pierre Bourgoin, chef du 4e SAS et le colonel Morice, chef des FFI du Morbihan, établirent leur quartier général à la ferme de La Nouette située sur le territoire de la commune de Sérent. Dans la nuit du 17 au 18 juin 1944, considérant que cette concentration devenait très dangereuse et qu’il fallait plutôt privilégier la guérilla, le commandement interallié donna, mais trop tard, l’ordre de dispersion.
Le 18 juin 1944, le camp de Saint-Marcel où étaient stationnés un peu plus de deux mille FFI encadrés par deux cents SAS, fut attaqué en force par la Wehrmacht. Après avoir livré combat durant toute la journée en infligeant de lourdes pertes aux troupes allemandes, parachutistes SAS et FFI se replièrent en bon ordre et se dispersèrent.
Après cette dispersion, la Feldgendarmerie, la Wehrmacht appuyée par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », les agents de l’Abwher (service de renseignements de la Wehrmacht) et du SD (Sicherheitsdienst), service de sûreté et de renseignements de la Gestapo, ainsi que leurs auxiliaires français, les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton, se lancèrent dans une traque implacable des parachutistes SAS, des FFI-FTPF, de leurs dépôts d’armes, et de tous ceux qui les hébergeaient et les ravitaillaient. Rafles, arrestations, tortures, et exécutions sans jugement de SAS et de résistants, incendies de fermes, pillages et massacres de civils se multiplièrent dans tout le département du Morbihan.

De nombreux résistants furent arrêtés et conduits dans l’école Sainte-Barbe du Faouët (Morbihan) réquisitionnée par les Allemands qui y avaient installé une prison et une cour martiale.

Le 6 juillet 1944 à l’aube, seize résistants détenus, torturés et condamnés à mort par la cour martiale du Faouët, parmi lesquels se trouvaient de jeunes FTP pris les armes à la main, furent conduits en camion jusqu’au bois de Landordu, situé sur le territoire de la commune de Berné (Morbihan), où ils furent fusillés et jetés dans une fosse, puis recouverte de mottes de terre, d’ajoncs et de fougères.
Lors de la découverte du charnier, quatre d’entre eux n’ont pu être identifiés.

En 1947, une plaque commémorative portant l’inscription « Ici furent fusillés le 6 juillet 1944 16 patriotes » et surmontée d’une croix de pierre a été élevée par la commune de Berné sur le lieu même de leur exécution, aménagé en clairière et délimité par des plots de granit enterrés et reliés par une chaîne.
En 1957, un monument a été érigé sur le bord de la RN 782 près de Kernascléden en direction du Faouët, à quelques 200 mètres du lieu d’exécution.

Il est constitué de trois blocs de granit :
- au centre, un obélisque sur lequel sont gravés de haut en bas, une croix blanche, l’inscription « À la mémoire des patriotes morts pour la France - Juillet 1944 », et un V tracé devant une Croix de Lorraine
- de chaque côté de cet obélisque, les noms et prénoms des fusillés sont inscrits par ordre alphabétique, sur deux blocs dressés surmontés chacun de deux drapeaux entrecroisés gravés dans la pierre ; à la fin de cette liste une petite plaque a été ajoutée qui porte la mention « Passant, souviens-toi ».

- FAUCHEUR Yves
- GARNIER Roger
- HERVIOU Yves
- LE BOURGÈS Joseph
- LE CORRE Joseph
- LE GUYADER François
- LE ROUX François
- MARCHICA Antoine
- MOSTASDE Francis
- PALARIC Joseph
- POHER Jean
- GRENET Robert
- KERVAREC Louis
- ROBIC Louis
- LE SAUCE Jules
- 4 inconnus

Chaque année, le 6 juillet si cette date tombe un dimanche ou le dimanche suivant, une cérémonie commémorative patriotique et religieuse est organisée devant ces deux monuments.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 41 J 46 et 47. — " À Berné, le 14 juillet sur les lieux du supplice ", Ami entends-tu… Bulletin de liaison et d’information de l’ANACR, numéros 32 (1er semestre 1976) et 55 (2e semestre 1983). — " Le 6 juillet 1944, seize résistants étaient fusillés à Landordu ", Ouest-France, 6 juillet 2013. — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — Joseph Jégo, 1939-1945 Rage Action Tourmente au Pays de Lanvaux, Imprimerie La Limitrophe, 1991/ — Le Morbihan en guerre 1939-1945, Archives départementales du Morbihan, 2009. — Kristian Hamon, Le Bezen Perrot : 1944, des nationalistes bretons sou l’uniforme allemand, Yoran Embanner, 2005 et Agents du Reich en Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2011. — René Le Guénic, Les Maquisards chez nous en 1944. Gourin-Le Faouët-Guéméné et Morbihan-Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse-Bretagne-Quéven-Morbihan, 2013 — " Lieux mémoriels en Morbihan-Berné " et " 6 juillet 1944, Landordu ", dossiers en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56, sans date.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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