Le village de Rimaison à Bieuzy-les-Eaux, où seize résistants furent exécutés sans jugement en juillet 1944, fait partie des nombreux lieux d’exécution et de mémoire qui jalonnent le département du Morbihan.

L’accès au site de Rimaison
Le monument des fusillés de Rimaison
« À la mémoire des patriotes et parachutistes fusillés par les Allemands le 18 juillet 1944 »
La liste des fusillés
La sépulture du lieutenant Alain de Kérillis
La sépulture du sous-lieutenant Jean Pessis
Au début du mois de juin 1944, le 2e Régiment de chasseurs parachutistes (RCP) ou 4e SAS (Special air service) des Forces françaises libres (FFL) fut largué dans le secteur de Plumelec-Sérent-Saint-Marcel-Malestroit (Morbihan). Sa mission était de fixer les troupes allemandes stationnées dans le Morbihan, afin d’empêcher ou au moins de retarder l’arrivée des renforts allemands sur le front de Normandie. Plusieurs milliers de résistants appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) furent regroupés et armés dans le camp de Saint-Marcel qui recevait chaque nuit des parachutages d’hommes, d’armes, de munitions et de Jeep. Le commandant Pierre Bourgoin, chef du 4e SAS et le colonel Morice, chef des FFI du Morbihan, établirent leur quartier général à la ferme de La Nouette située sur le territoire de la commune de Sérent. Dans la nuit du 17 au 18 juin 1944, considérant que cette concentration devenait très dangereuse et qu’il fallait plutôt privilégier la guérilla, le commandement interallié donna, mais trop tard, l’ordre de dispersion.
Le 18 juin 1944, le camp de Saint-Marcel où étaient stationnés un peu plus de deux mille FFI encadrés par deux cents SAS, fut attaqué en force par la Wehrmacht. Après avoir livré combat durant toute la journée en infligeant de lourdes pertes aux troupes allemandes, parachutistes SAS et FFI se replièrent en bon ordre et se dispersèrent.
Après cette dispersion, la Feldgendarmerie, la Wehrmacht appuyée par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », les agents de l’Abwher (service de renseignements de la Wehrmacht) et du SD (Sicherheitsdienst), service de sûreté et de renseignements de la Gestapo, ainsi que leurs auxiliaires français, les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton, se lancèrent dans une traque implacable des parachutistes SAS, des FFI-FTPF, de leurs dépôts d’armes, et de tous ceux qui les hébergeaient et les ravitaillaient. Rafles, arrestations, tortures, et exécutions sans jugement de SAS et de résistants, incendies de fermes, pillages et massacres de civils se multiplièrent dans tout le département du Morbihan.

Le 18 juillet 1944, après avoir été torturés pendant plusieurs jours, quatorze SAS et FFI détenus dans l’école supérieure de jeunes filles de Pontivy (Morbihan), où une prison avait été aménagé dans la cave, furent embarqués dans un camion et emmenés près des ruines du château de Rimaison situées à quelques centaines de mètres du village de Bieuzy-les-Eaux (Morbihan). Ils y ont été exécutés au bord d’un ruisseau, à l’écart de la RN 156 reliant Bieuzy-les-Eaux à Pontivy (Morbihan). Leurs cadavres ont été abandonnés sur place. Condamné en 1950 aux travaux forcés à perpétuité, peine commuée en 1952 en 20 ans de prison, le capitaine Holz a bénéficié en 1954 d’une libération conditionnelle.

Cette exécution, au cours de laquelle on a fait descendre un par un les résistants du camion avant de les abattre dans le dos à la mitraillette, a été perpétrée par un détachement de la 25e compagnie de la Festungs-Stamm, commandé par un officier de la Wehrmacht, le capitaine Holz. Il est vraisemblable que le Français Maurice Zeller ait participé à cette exécution. Il appartenait au FAT 354 (Front Aufklärung Truppe), une unité d’agents allemands et français de l’Abwher et du SD, commandée par le capitaine Herr avec laquelle collaboraient les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton. Maurice Zeller était un ancien officier de carrière français originaire de Menton, qui avait été radié des cadres pour indiscipline. Il s’était engagé avec le grade de capitaine dans la Légion des volontaires français (LVF) sur le front de l’Est en 1941, mais avait été jugé inapte au service. Nommé délégué départemental du Parti populaire français (PPF) de Doriot en 1942 dans les Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor), il avait été démis de ses fonctions. Recruté par le SD (Sicherheitsdient) de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), il avait reçu pour mission d’infiltrer la résistance dans le secteur de Saint-Brieuc. En février 1944, il avait rejoint l’Abwher et fourni des renseignements qui avaient abouti à plusieurs arrestations à Quimper dans le Finistère. Au début du mois de juillet 1944, Zeller avait été envoyé à Pontivy (Morbihan), pour participer à la traque des SAS et des résistants dans tout le Nord-Ouest du Morbihan. Après la guerre, Maurice Zeller a été jugé, condamné à mort et fusillé en 1946.

Le charnier de Rimaison ne fut découvert que le 29 juillet 1944 par un cultivateur qui moissonnait son champ et dont les chevaux se cabrèrent et refusèrent d’avancer en raison de l’odeur pestilentielle des cadavres en voie de décomposition. L’identification des corps mutilés fut difficile. Deux d’entre n’ont pas pu être identifiés, qui pourraient-être Édouard PAYSANT et son radio, René HALLIMBOURG, portés disparus.
Parmi ces résistants exécutés sans jugement, se trouvaient cinq parachutistes SAS des Forces françaises libres (FFL), appartenant au 4e Bataillon SAS, et des maquisards des Forces françaises de l’intérieur (FFI).

Un monument a été élevé à l’emplacement de leur exécution, en retrait de la route, au bout d’une allée de galets balisée par des barrières blanches. À l’entrée de cette allées se dresse un panneau sur lequel on peut lire :

« Passant souviens-toi… Le 18 juillet 1944, quatorze Maquisards et parachutistes Français, faits prisonniers à l’annexe du lycée de Pontivy, servant alors de prison à l’armée Allemande, furent horriblement torturés et mutilés. Conduits en cet endroit choisi par les Nazis comme théâtre de leur barbarie, ils y furent fusillés. Ici s’arrêta leur calvaire ».

Sur ce monument surmonté d’une Croix de Lorraine sont gravés les noms des douze SAS et résistants dont les corps ont pu être identifiés, avec l’inscription :

« À la mémoire des patriotes et parachutistes fusillés par les Allemands le 18 juillet 1944
- MAURISSET Pierre (en réalité MOURISSET)
- JOURDREN Robert
- LE BERRE Émile
- ROUILLÉ Robert
- PENHARD Maurice
- LE PAVEC François
- CLAUSTRE Louis
- Lt DE KÉRILLIS Alain
- Lt FLEURIOT Jean
- Lt PESSIS Jean
- Sr-Chef CAUVIN André
- S-Lt SENDRAL Claude »

Le lieutenant Alain Calloch’ de Kérillis et le sous-lieutenant Jean Pessis sont inhumés dans le cimetière de Bieuzy-les-Eaux.

Chaque année, une cérémonie du souvenir est organisée le dimanche qui suit le 14 juillet devant le monument de Rimaison.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 41 J 46 et 47. — Ami entends-tu… Bulletin de liaison et d’information de l’ANACR, numéros 35 (1er semestre 1977), 72 (2e semestre 1989) et 119 (4e trimestre 2001). — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — Françoise Morvan, Miliciens contre maquisards-Enquête sur un épisode de la Résistance en Centre-Bretagn, Éditions Ouest-France, 2010. — Kristian Hamon, Le Bezen Perrot : 1944, des nationalistes bretons sou l’uniforme allemand, Yoran Embanner, 2005 et Agents du Reich en Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2011. — " Le 70e anniversaire des fusillés de Rimaison ", Ouest-France, 22 juillet 2014. — " Bieuzy-les-Eaux : crimes de guerre du 18 juillet 1944 ", dossier mis en ligne le 30 septembre 2016 sur le Blog de Kristian Hamon. — " Lieux mémoriels en Morbihan-Bieuzy-les-Eaux ", dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56, sans date.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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