Le territoire de la commune de Plumelec, où plusieurs sticks de parachutistes SAS avaient été largués au début du mois de juin 1944, et où plusieurs groupes de parachutistes SAS étaient revenus se cacher après la chute du maquis de Saint-Marcel le 18 juin 1944, fait partie des nombreux lieux d’exécution et de mémoire qui jalonnent le département du Morbihan.

Monument du Hallinguen
« Premier mort des troupes débarquées pour la Libération »
Le parcours du caporal Bouëtard
La plaque apposée dans la Poste du bourg
Monument de Remungol-de-Bas
Monument de Kérihuel
Listes des fusillés
« Unis dans la mort pour la même cause »
« Parachutistes »
« Patriotes »
« FFI »
Ex-votos déposés par les familles
Bouquet de coquelicots déposé par des britanniques (Poppy Appea, équivalent du Bleuet français)
Les sépultures de capitaine Marienne et du lieutenant Martin près du monument aux morts de Plumelec
Au début du mois de juin 1944, le 2e Régiment de chasseurs parachutistes (RCP) ou 4e SAS (Special Air Service) du commandant Bourgoin, appartenant aux Forces françaises libres (FFL), fut largué dans le secteur de Plumelec-Sérent-Saint-Marcel-Malestroit (Morbihan).

Le 5 juin 1944, le caporal SAS Émile BOUËTARD appartenant au stick du lieutenant Pierre MARIENNE, qui venait d’être largué dans le secteur de Plumelec, fut tué au combat. Blessé à l’épaule, il fut abattu par un soldat géorgien au village du Halliguen où un monument honore sa mémoire.
Ce monument est constitué d’une croix de pierre sur laquelle ont été scellées sa photographie et une plaque commémorative portant la mention :

« Le 5 juin 1944 ici est tombé au combat le caporal Émile Bouëtard du 2e RCP né à Pleudihen (C. du N.) le 4 septembre 1915, premier mort des troupes débarquées pour la Libération ».
Il est encadré par deux panneaux signalétiques illustrés, qui retracent le parcours de ce parachutiste SAS.

Dans les jours qui ont suivi, les SAS du commandant Bourgoin se regroupèrent à Saint-Marcel où un important maquis se constitua. Plusieurs milliers de résistants morbihannais, appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) furent regroupés et armés. Leur mission était de fixer les troupes allemandes stationnées dans le Morbihan, afin d’empêcher ou au moins de retarder l’arrivée des renforts sur le front de Normandie.

Après l’attaque allemande lancée contre le maquis de Saint-Marcel le 18 juin 1944, qui contraignit SAS et FFI à décrocher et à se disperser, la Feldgendarmerie, la Wehrmacht appuyée par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », les agents de l’Abwher (service de renseignements de la Wehrmacht) et du SD (Sicherheitsdienst), service de sûreté et de renseignements de la Gestapo, ainsi que leurs auxiliaires français, les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton français, se lancèrent dans une traque implacable des parachutistes SAS, des FFI-FTPF et de tous ceux qui les hébergeaient et les ravitaillaient. Rafles, arrestations, interrogatoires, tortures, et exécutions sans jugement de SAS et de résistants, incendies de fermes, pillages et massacres de civils se multiplièrent dans tout le département du Morbihan.</br
Le 27 juin 1944, les Allemands encerclèrent le bourg de Plumelec et arrêtèrent une vingtaine d’habitants qui furent conduits à Saint-Jean-Brévelay pour y être interrogés. Parmi eux, se trouvait la postière de Plumelec, Armande MORIZUR qui indiquait aux SAS venus des (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), où trouver le camp du capitaine MARIENNE. Atrocement torturée, elle ne parla pas. Son corps fut retrouvé dans une lande, enfoui sous un peu de terre et de détritus.
Une plaque commémorative apposée dans le bureau de poste de Plumelec honore sa mémoire avec la mention :
« Armande Morizur postière arrêtée le 27 juin 1944 torturée pour participation à la résistance morte pour la France le 28 juin à l’âge de 35 nans ».
Le 3 janvier 1946, Armande MORIZUR a reçu la Médaille de la Résistance à titre posthume.

Le 29 juin 1944, dans le village de Remungol-de-Bas, le sous-lieutenant SAS Auguste CHILOU et le FFI Albert LE BLANC furent surpris et abattus par une patrouille allemande. La ferme de la famille Mounier qui les hébergeait fut incendiée. Le fils du cultivateur qui exploitait la ferme, Henri MOUNIER, et le FFI Robert PICHOT furent arrêtés. Ils ont été fusillés au fort de Penthièvre sur le territoire de la commune de Saint-Pierre Quiberon (Morbihan). Le 30 juin 1944, un autre fermier, Mathurin JÉGO, fut arrêté à son tour. Il a été lui aussi fusillé au fort de Penthièvre.

À Remungol-le-Bas, un monument honore leur mémoire. Il est constitué d’une pierre levée entourée d’un muret et surmontée d’une croix latine, sur laquelle est gravée une Croix de Lorraine avec l’inscription :

« Ici le 29 juin 1944 – Morts au combat, A. Chilou 29 ans s/lt parachutiste A. LE BLANC 26 ans FFI - Arrêtés et fusillés à Penthièvre H. Mounier 23 ans résistant R. Pichot 19 ans FFI – Le 30 juin M. Jégo 48 ans résistant ».

Le 12 juillet 1944 à l’aube, dans la ferme de la famille Gicquello située dans le village de Kérihuel en Plumelec, un groupe de parachutistes SAS et de FFI fut surpris dans son sommeil par un détachement appartenant au FAT 354 (Front Aufklärung Truppe), renseigné par les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton. Le FAT 354 était une unité d’agents allemands et français de l’Abwher et du SD, commandée par le capitaine Herr, qui traquait les parachutistes et les résistants. Dans ses rangs sévissaient les Français Maurice Zeller, Alfred Gross et François Munoz, qui ont participé aux exécutions perpétrées à Kerihuel, et qui ont été après la guerre jugés, condamnés à mort et fusillés en 1946. Maurice Zeller était un ancien officier de carrière français originaire de Menton, qui avait été radié des cadres pour indiscipline. Il s’était engagé avec le grade de capitaine dans la Légion des volontaires français (LVF) sur le front de l’Est en 1941, mais avait été jugé inapte au service. Nommé délégué départemental du Parti populaire français (PPF) de Doriot en 1942 dans les Côtes du Nord (Côtes d’Armor), il avait été démis de ses fonctions. Recruté par le SD (Sicherheitsdient) de Saint-Brieuc, il avait reçu pour mission d’y infiltrer la résistance dans ce secteur. En février 1944, il avait rejoint l’Abwher et fourni des renseignements qui avaient abouti à plusieurs arrestations à Quimper dans le Finistère. Au début du mois de juillet 1944, Zeller avait été envoyé à Pontivy, pour participer dans tout le Nord-Ouest du Morbihan à la traque des résistants et des SAS.

Au cours de cette opération, dix-huit patriotes furent immédiatement exécutés sur l’aire de battage de la ferme : sept parachutistes SAS, huit FFI et trois agriculteurs qui les hébergeaient et les ravitaillaient.
L’officier SAS qui commandait ce groupe de résistants était le capitaine Pierre MARIENNE. Lieutenant parachutiste largué dans le secteur de Plumelec au cours de la nuit du 5 au 6 juin 1944, il avait participé à l’organisation et à l’armement du maquis de Saint-Marcel et avait promu à cette occasion au grade de capitaine. Après l’attaque allemande du 18 juin 1944 contre ce maquis, il s’était replié dans le secteur de Plumelec.
Les agents du FAT s’emparèrent d’une carte et du cahier sur lequel MARIENNE avait noté les emplacements des dépôts d’armes, les noms et les adresses des personnes sûres, et les lieux où se cachaient les parachutistes SAS.

Les noms des résistants exécutés dans le hameau de Kérihuel sont gravés sur trois plaques scellées côte à côte sur le mur de la Ferme où ils ont été arrêtés, en-dessous de l’inscription : « 12 juillet 1944 - Unis dans la mort pour la même cause ».

La première plaque est dédiée aux « Parachutistes » :
- Capitaine MARIENNE (Pierre)
- Lieutenant MARTIN (François)
- Caldas MENDÈS (en réalité Jacques CALDAS-MENDÈS)
- Fernand BEAUJEAN
- Albert BLETTERIE
- Jean MARTY
- Louis HANICQ

La seconde plaque est dédiée aux « Patriotes » (les agriculteurs qui hébergeaient SAS et FFI) :
- Ferdinand DANET
- Alexandre GICQUELLO
- Remy GICQUELLO

La troisième plaque est dédiée aux « FFI » :
- Eugène MORIZUR
- Henri LOUAIL
- Emmanuel LE BRETON
- André GONDET
- Henri DENOUAL
- Georges GRIGNON
- Pierre LE BOMIN
- Raymond GARAUD

Au milieu de l’ancienne aire de battage où ils ont été exécutés et qui a été entièrement clôturée par une grille de fer forgé, se dresse une grande croix constituée de six blocs de granits assemblés, au pied de la quelle ont été déposées par les familles des plaques commémoratives :
- « À Pierre Marienne et à ses compagnons. Famille Marienne »
- « Souvenez-vous dans vos prières de l’âme de Ferdinand DANET, Alexandre GICQUELLO, Remy GICQUELLO et de leurs cinq compagnons fusillés par les Allemands à Kérihuel le 12 juillet 1944. Regrets »
- « Sur cette triste terre qui a bu ton sang Papa nous ne t’oublierons pas. Tes fils »
- « À notre cher Papa et cher Frère regrettés Votre souvenir restera à jamais gravé dans nos cœurs »
- « À mon frère »

Le capitaine Marienne et le lieutenant Martin sont inhumés dans le bourg de Plumelec, à côté du monument aux morts.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 41 J 46 et 47. — Ami entends-tu… Bulletin de liaison et d’information de l’ANACR, numéro 30, 2e semestre 1975. , — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — Joseph Jégo, 1939-1945 Rage Action Tourmente au Pays de Lanvaux, Imprimerie La Limitrophe, 1991. — Françoise Morvan, Miliciens contre maquisards-Enquête sur un épisode de la Résistance en Centre-Bretagne, Éditions Ouest-France, 2010.— Kristian Hamon, Le Bezen Perrot : 944, des nationalistes bretons sou l’uniforme allemand, Yoran Embanner, 2005 et Agents du Reich en Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2011. — René Le Guénic, Les Maquisards chez nous en 1944 et Morbihan, Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse Bretagne, Quéven, 2013. —" Lieux mémoriels en Morbihan-Plumelec, dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56, sans date — " Le drame de Kérihuel ", dossier mis en ligne par François Souquet sur le site Internet du Souvenir français-Comité de Ploubazlanec (Côtes du Nord, Côtes d’Armor), sans date. — " Juin 1944, les SAS français sautent en Bretagne ", dossier mis en ligne le 30 septembre 2012 sur le site Internet Normandie 1944, l’été de la Liberté.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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