Né le 6 mai 1894 à Puisieux (Pas-de-Calais), guillotiné le 24 septembre 1941 à la prison de la Santé à Paris ; ouvrier bonnetier puis employé des chemins de fer ; syndicaliste et militant communiste de la Somme ; secrétaire du syndicat CGTU des cheminots du Nord ; député communiste d’Amiens (1936-1940) ; élu membre suppléant du comité central du Parti communiste en décembre 1937 ; chargé de la liaison entre la direction du PCF et les combattants des Brigades internationales en Espagne (1937-1939) ; l’un des responsables de l’Humanité clandestine et du Parti communiste clandestin dans la région parisienne ; co-négociateur de la reparution légale de l’Humanité.

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]
Jean Catelas, fillm documentaire de Jean-Pierre Denne, 2009
Jean Catelas naquit à Puisieux, petit village situé au sud-ouest d’Arras, sur le plateau picard. Ses parents étaient ouvriers bonnetiers ; sa mère mourut en 1918 et son père en 1935. Il était marié et père de quatre efants.
Jean Catelas dut, après avoir obtenu son certificat d’études primaires, s’embaucher à l’âge de douze ou treize ans dans une filature avec un contrat d’apprentissage d’ouvrier bonnetier. Il resta dans la même entreprise jusqu’à la mobilisation de 1914. Versé dans l’infanterie, il fit la quasi-totalité de la guerre au front et participa à la bataille de Verdun. Son courage lui valut d’être décoré de la Croix de guerre avec deux citations. Blessé, il devait par la suite obtenir la Médaille militaire. Aussi, dès sa démobilisation, il entra comme garde-frein à la Compagnie des chemins de fer du Nord en février 1919 et se syndiqua.
L’année suivante, Jean Catelas prit une part active à la grande grève des cheminots, à Amiens où il s’était établi ; il appartenait alors au comité pour l’adhésion à la IIIe Internationale de cette ville et fut l’un des premiers militants de la Somme à adhérer au Parti communiste après le congrès de Tours. C’est cependant sur le terrain syndical qu’il orienta alors son action : créateur du syndicat unitaire des cheminots d’Amiens-Longueau en 1922, il fut appelé la même année aux fonctions de secrétaire du syndicat des cheminots du Nord, affilié à la CGTU, poste qu’il conserva jusqu’en 1932. Malgré son activité politique, les qualités professionnelles de Jean Catelas lui valurent la promotion au grade de chef de train en 1924.
Secrétaire de la cellule d’entreprise des cheminots d’Amiens-Longueau (bastion du PCF en terre picarde), bon orateur, propagandiste infatigable, Jean Catelas était, dans les années 1920, le militant communiste le plus populaire de la région amiénoise. Aussi, au moment où le PCF traversait une grave crise d’effectifs, c’est à lui que les militants firent appel pour mobiliser les énergies lors des élections législatives de mai 1932 : il fut candidat dans la 1re circonscription d’Amiens.
En 1934-1935, il fut l’un des principaux artisans de la réunification syndicale des cheminots du réseau Nord, ce qui renforça son prestige auprès de la classe ouvrière amiénoise, ainsi qu’en témoignèrent les résultats des élections municipales de 1935 à Longueau : tête de liste communiste, il obtint un grand succès personnel en étant élu avec un score remarquable.
Mais, le véritable tournant de la carrière militante de Jean Catelas se situa en 1936 et le vit passer d’un rôle départemental à une stature nationale.
À nouveau candidat dans la 1re circonscription d’Amiens, il fut candidat unique du Front populaire au second tour ; il l’emporta, le 3 mai 1936. Catelas participa activement aux travaux de l’Assemblée nationale. Il fut désigné au congrès d’Arles de décembre 1937 comme membre suppléant du comité central.
Il fut, à partir de janvier 1937, le trait d’union entre le comité central et André Marty dont il aida l’action d’organisation des Brigades internationales ; il effectuait alors un à trois voyages par mois entre Paris et le front espagnol. Le 14 juillet 1938, Catelas était présent sur le front de l’Èbre, encourageant la brigade « La Marseillaise » avant son ultime combat et il fut un des derniers Français à quitter le sol espagnol en compagnie de la Pasionaria.
Malgré l’intensité de son action politique, Jean Catelas ne désertait pas le syndicalisme. Il siégeait encore au bureau de la Fédération CGT des cheminots en 1939.
La guerre et l’Occupation donnèrent une inflexion nouvelle au destin de Jean Catelas : il y franchit le pas séparant sa fonction de responsable politique de la gloire posthume du « héros prolétarien ». Selon le témoignage de Michel Couillet, le jour où fut connue la signature du Pacte germano-soviétique, Catelas vint au siège de la section d’Amiens expliquer « la nécessité pour l’Union soviétique devant l’attitude de la France, de l’Angleterre, de la Pologne, qui se refusaient à toute entente pour imposer la paix à Hitler, de ne pas avoir à s’engager dans un conflit qu’elle savait dirigé contre elle et son peuple ». Les « camarades présents, quelque peu désorientés il faut bien le dire, l’assaillirent littéralement de questions » (art. cit.). Le Parti communiste étant interdit, il adhéra avec les autres députés communistes au Groupe ouvrier et paysan français et signa la lettre du 1er octobre au président Herriot. Catelas fut un des rares députés communistes à échapper, par chance, aux arrestations du début octobre 1939 ; il s’était caché dans la niche du chien pendant la perquisition de son domicile amiénois. Sa connaissance des moyens de transports ferroviaires lui permit de gagner clandestinement Paris. Il fut par la suite inculpé de reconstitution de ligue dissoute et condamné par défaut, le 3 avril 1940, à cinq ans de prison et 5 000 francs d’amende par le 3e tribunal militaire de Paris. Le gouvernement prononça sa déchéance de son mandat parlementaire. Gabriel Péri et lui-même furent les principaux membres du comité central présents à Paris pendant la première moitié de l’année 1940. L’activité de Catelas fut intense au plan syndical comme politique. Les syndicats de cheminots dirigés par les communistes ayant été dissous en septembre 1939, il renoua les contacts et, selon le témoignage de Jules Crapier, présida en juillet 1940, à Clichy, une réunion qui reconstitua la direction clandestine et organisa la mise en place de comités populaires à la base. En liaison avec les dirigeants communistes passés dans la clandestinité, il fut l’un des responsables de l’Humanité clandestine. Ce fut à ce titre qu’il participa en juin-juillet 1940, avec Maurice Tréand, aux négociations avec les autorités d’occupation à Paris, pour assurer la reparution légale de l’Humanité.
Sur cet épisode controversé, nous renvoyons au livre de Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète. On connaît les réticences de Catelas. Le 26 juin au matin, dans le bureau de Me Robert Foissin, il commença par refuser une rencontre à l’ambassade allemande. Cependant, quelques heures plus tard, Foissin, Catelas et Maurice Tréand furent reçus par Otto Abetz. La conversation porta sur la libération des prisonniers et la publication d’un journal communiste légal. L’après-midi même, chez Foissin, Catelas et Tréand, membres « du comité central du PCF », signèrent une lettre qui précisait l’esprit de la demande communiste. Ce document, publié pour la première fois par Denis Peschanski et dont l’authenticité n’est pas contestée, fait cependant l’objet d’une discussion : qui l’a inspiré ou même rédigé ? Tous les témoignages confirment les réserves de Catelas. Sa fille aînée, qui lui rendit visite à plusieurs reprises pendant cette période, se souvient de son mécontentement (entretien avec Catherine Arrachart-Catelas). Une nouvelle rencontre avec Abetz eut lieu le 13 juillet 1940.
Resté un des principaux membres de la direction clandestine à Paris, Jean Catelas fut appréhendé à son domicile clandestin le 14 mai 1941, par les policiers du commissariat d’Asnières (Seine, Hauts-de-Seine). Cette arrestation faisait, semble-t-il, suite à l’interpellation d’« Armand », de son vrai nom Edmond Foeglin, un des dirigeants de la commission des cadres, agent de liaison de Catelas et de Gabriel Péri. Catelas vivait sous le faux état civil d’Henri, Félix Benard. Furent également appréhendés dans le cadre de cette enquête : Jules Rouveyrolis, garçon de restaurant, cinquante ans, Lucie Vanhillé, trente-quatre ans – qui lui avaient fourni son logement clandestin –, et Jean Arrachart, entrepreneur de transport à Amiens, gendre de Catelas, interpellé le 15 mai chez son beau-père. En continuant leurs recherches, les policiers appréhendèrent le 15 mai Mounette Dutilleul et le 18 mai Gabriel Péri.
Emprisonné à la Santé, il partagea un temps la cellule de Gabriel Péri, prépara sa défense et celle de ses camarades. Les charges, bien minces, concernaient essentiellement la « lettre aux cheminots d’Amiens » que Catelas avait adressée à ses camarades picards en octobre 1940. Mais le gouvernement de Vichy créa le 9 septembre 1941 le « tribunal d’État » doté de pouvoirs spéciaux.
Le 13 septembre, Jean Catelas écrivit à son épouse : « Depuis trois jours, je suis interrogé par les Allemands : le 11 pendant 4 heures ; le 12 pendant 7 heures ; le 13 pendant 2 heures. Mon dossier est entre leurs mains. La journée d’aujourd’hui est certainement la plus mauvaise de mon existence. Mon procès a été un véritable traquenard. Il faudra plus tard que des explications soient données. Il t’appartiendra de l’exiger d’hommes supérieurs et non d’inférieurs » (communiqué par la famille). Il renouvela ses conseils dans des termes similaires le 22 septembre et précisa dans celle du lendemain : « Une personne en qui j’ai une confiance absolue a la tâche de défendre et de démasquer ceux qui m’ont fait tomber dans le traquenard où je vais laisser ma vie. » Il réaffirmait sa foi dans la classe ouvrière et dans le parti.

Le procès eut lieu les 20 et 21 septembre 1941. Catelas, l’architecte communiste Jacques Woog et l’ouvrier Adolphe Guyot furent condamnés à la peine de mort. La sentence fut exécutée à l’aube du 24 septembre dans la cour de la prison de la Santé. Les trois militants allèrent à l’échafaud en chantant « La Marseillaise ». Les bourreaux (Henri Desfourneaux et Georges Martin) déclarèrent que Catelas s’était jeté lui-même sous la lame en hurlant « Vive la France ».
Enterré au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), son corps fut exhumé pour être, selon ses vœux, transporté au cimetière d’Amiens dans le caveau de son fils mort en 1940, dans la terre picarde de ses combats. Le souvenir de ce premier cadre important du Parti communiste exécuté pendant l’Occupation demeura très présent et contribua au maintien d’une forte implantation communiste à Amiens.

Sa dernière lettre ne figurait par dans Lettres de fusillés, Éditions France d’Abord, 1946 (185 p.). Une version parut en 1958 dans Lettres de fusillés, préface de Jacques Duclos, 1958 (77 p.,p. 19) et repris dans l’édition de 1970 (126 p., p.. 31)
Quelques heures avant de mourir, il avait écrit à son. frère :
24 septembre 1941.
 
Hier j’ai été condamné. J’attends avec courage le moment de- tomber pour les miens, pour une cause juste et humaine. Je te lègue ma mémoire et le soin de ma famille. Car notre nom est sans tache. Avec honneur, à toi et aux amis, ma pensée dernière.
Je t’embrasse bien fort.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen. – Arch. Nat. F7/13130, rapport du 26 juillet 1932 et F7/13123. – Arch. Dép. Somme, Z 691. – Arch. A. Marty, E III ; copie d’une dizaine de lettres écrites de prison en 1941 à sa famille. – Arch. Tasca, Fondation Feltrinelli (D. Peschanski), rapport de police de synthèse pour le mois de mai 1941. – Papiers de la famille Catelas-Arrachart, lettres de Catelas à sa famille, Notes autobiographiques de la main de Catelas (1941). – Michel Couillet, « Jean Catelas », France nouvelle, no 1093, 28 septembre 1966. – Raoul Calas, « Jean Catelas, patriote communiste, héros prolétarien », Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, no 19, 3e trimestre 1970. – Lettres de fusillés, préface de Jacques Duclos, Éd. Sociales, 1958. – Denis Peschanski, « La demande de parution légale de l’Humanité (17 juin 1940-27 août 1940) », Le Mouvement social, no 113, octobre-décembre 1980. – Maurice Choury, Les Cheminots dans la bataille du rail, Paris, Librairie académique Perrin, 1970. – J.-M. Fossier, Zone interdite, op. cit. – F. Crémieux, J. Estager, Sur le Parti 1939-1940, Paris, Temps actuels, 1983. – Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40. La négociation secrète, Éd. de l’Atelier, 2006. – Témoignage de Jean et Catherine Arrachart, ses gendres et fille. – Jean Catelas, film documentaire de Jean-Pierre Denne, Mine de Rien, 2009 (film et version DVDrom), 54 minutes. – Notice DBMOF par Yves Le Maner, Jean Maitron, Claude Pennetier.

Iconographie
FILMOGRAPHIE : Jean Catelas, film documentaire de Jean-Pierre Denne, Mine de Rien, 2009 (film et version DCD), 54 minutes.

Claude Pennetier

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