L’ancienne école publique de Guémené-sur-Scorff
« À la mémoire des anciens élèves »
Le collège Émile Mazé
Plaque commémorative à l’entrée du collège Sainte-Anne
Au début du mois de juin 1944, le 2e Régiment de chasseurs parachutistes (RCP) ou 4e SAS (Special air service) des Forces françaises libres (FFL) fut largué dans le secteur de Plumelec-Sérent-Saint-Marcel-Malestroit (Morbihan). Sa mission était de fixer les troupes allemandes stationnées dans le Morbihan, afin d’empêcher ou au moins de retarder l’arrivée des renforts allemands sur le front de Normandie. Plusieurs milliers de résistants appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) furent regroupés et armés dans le camp de Saint-Marcelqui recevait chaque nuit des parachutages d’hommes, d’armes, de munitions et de Jeep. Le commandant Pierre Bourgoin, chef du 4e SAS et le colonel Morice, chef des FFI du Morbihan, établirent leur quartier général à la ferme de La Nouette située sur le territoire de la commune de Sérent. Dans la nuit du 17 au 18 juin 1944, considérant que cette concentration devenait très dangereuse et qu’il fallait plutôt privilégier la guérilla, le commandement interallié donna, mais trop tard, l’ordre de dispersion.
Le 18 juin 1944, le camp de Saint-Marcel où étaient stationnés un peu plus de deux mille FFI encadrés par deux cents SAS, fut attaqué en force par la Wehrmacht. Après avoir livré combat durant toute la journée en infligeant de lourdes pertes aux troupes allemandes, parachutistes SAS et FFI se replièrent en bon ordre et se dispersèrent.
Après cette dispersion, la Feldgendarmerie, la Wehrmacht appuyée par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », les agents de l’Abwher (service de renseignements de la Wehrmacht) et du SD (Sicherheitsdienst), service de sûreté et de renseignements de la Gestapo, ainsi que leurs auxiliaires français, les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton, se lancèrent dans une traque implacable des parachutistes SAS, des FFI-FTPF, de leurs dépôts d’armes, et de tous ceux qui les hébergeaient et les ravitaillaient. Rafles, arrestations, tortures, et exécutions sans jugement de SAS et de résistants, incendies de fermes, pillages et massacres de civils se multiplièrent dans tout le département du Morbihan.

À Guémené-sur-Scorff (Morbihan) où les Allemands avaient installé dans les locaux de l’école Saint-Anne une prison et un centre d’interrogatoire et de torture, une plaque commémorative a été érigée après la guerre dans la cour de l’école publique, devenue Cours complémentaire puis collège Bisson.
Aujourd’hui désaffecté, ce collège a été remplacé par un nouveau collège construit à proximité et baptisé collège Émile Mazé. Professeur de mathématiques au lycée Dupuy de Lôme à Lorient, replié à Guémené-sur-Scorff pendant la 2e guerre mondiale, Émile Mazé a été fusillé le 10 juin 1944 à Port-Louis en même temps que trois de ses élèves dont les noms figurent sur cette plaque.

Sous la mention « 1939-1945 - À la mémoire des anciens élèves de l’école Fusillés-Morts en déportation-Tués au maquis », y est inscrite la liste de vingt élèves :

- LE BOURLAIS (en réalité LE BOURLAY Paul, fusillé à Port-Louis)
- LE DILY Jean (exécuté sans jugement le 27 juillet 1944 à Kelautre en Lignol, Morbihan)
- FEUILLET Jean (fusillé à Port-Louis)
- FORTUNE Honoré (ou FORTUNÉ, mort en déportation, présumé décédé lors du naufrage du Cap Arcona en Baie de Lübeck le 3 mai 1945)
- FRABOULET Jérôme (fusillé à Port-Louis)
- GUÉGUEN Louis (mort en déportation le 4 mai 1945 à Gusen, kommando de Mauthausen en Autriche)
- LANQUETIL François (fusillé le 23 mars 1944 au polygone de tir de Vannes sur le territoire de la commune de Saint-Avé)
- LE LARDIC Joseph (FFI mort au combat le 27 juin 1944 à Treffléan, Morbihan)
- LE BAIL Louis (exécuté le 22 juillet à Colpo)
- LE STRAT Émile (FFI mort au combat le 28 août 1944 à La Bâtie-Rolland dans la Drôme)
- LE NESTOUR Maurice (FFI mort au combat le 14 août 1944 à Saint-Caradec-Trégomel, Morbihan)
- LUCAS Roger (fusillé le 21 février 1944 au polygone de tir de Vannes sur le territoire de la commune de Saint-Avé)
- PÉRÈS Joseph (exécuté sans jugement le 27 juin 1944 à Treffléan (Morbihan)
- ROUILLE André (fusillé à Port-Louis)
- TREBUIL Francis (fusillé à Port-Louis le 10 juin 1944)
- TREBUIL Aimé (fusillé à Port-Louis le 10 juin 1944)
- VOISIN Raymond (disparu en juin 1944 à Pontivy, Morbihan)
- HÉMONET Joseph (tué le 21 août 1944 à Chartres, Eure-et-Loir)
- LE CALVÉ Joseph (décédé des suites de ses blessures le 22 août 1944 à l’hôpital américain de Villelaure dans le Vaucluse)
- MORVAN Maurice (FFI décédé accidentellement en service commandé le 30 juillet 1944 à Séglien, Morbihan)

En 1992, un monument a été inauguré à l’entrée de l’école Sainte-Anne de Guémené-sur-Scorff devenue aujourd’hui collège Saint-Anne. Il s’agit d’une pierre dressée en forme de menhir, sur laquelle est scellée une plaque commémorative portant l’inscription :

« À la mémoire des résistants qui furent ici torturés par la Gestapo, fusillés ou déportés - 1944 - N’oublions pas »
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 41 J 9. — Ami entends-tu… Bulletin de liaison et d’information de l’ANACR, numéros 6 (avril 1968), 62 (2e demestre 1986) et 82 (3e trimestre 1992). — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — " Lieux mémoriels en Morbihan-Guémené ", dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56, sans date.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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