Rosquéo, Rozengat et Boutel, hameaux situés sur le territoire de la commune de Lanvénégen, où une trentaine de résistants furent exécutés en juin et juillet 1944, font partie des nombreux lieux d’exécution et de mémoire qui jalonnent le département du Morbihan.

Sur le bord de la D177 à Rosquéo en Lanvénégen
Le monument de la Fosse de Rosquéo en Lanvénégen
Les fusillés belges de Rosquéo
La Fosse de Rozengat
Le monument de la Fosse de Rozengat
« Ici furent fusillés par les Allemands le 24-6-1944 »
Le monument du Boutel
« Morts au combat le 7 juillet »
Au début du mois de juin 1944, le 2e Régiment de chasseurs parachutistes du commandant Bourgoin, appartenant aux Forces françaises libres (FFL) et rattaché au SAS (Special Air Service), fut largué dans le secteur de Plumelec-Sérent-Saint-Marcel-Malestroit (Morbihan), où un important maquis se constitua. Plusieurs milliers de résistants morbihannais, appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) furent regroupés et armés. Leur mission était de fixer les troupes allemandes stationnées dans le Morbihan, afin d’empêcher ou au moins de retarder l’arrivée des renforts sur le front de Normandie.

Après l’attaque allemande lancée contre le maquis de Saint-Marcel le 18 juin 1944, qui contraignit SAS et FFI à décrocher et à se disperser, la Feldgendarmerie, la Wehrmacht appuyée par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », les agents de l’Abwher (service de renseignements de la Wehrmacht) et du SD (Sicherheitsdienst), service de sûreté et de renseignements de la Gestapo, ainsi que leurs auxiliaires français, les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton français, se lancèrent dans une traque implacable des parachutistes SAS, des FFI-FTPF et de tous ceux qui les hébergeaient et les ravitaillaient. Rafles, arrestations, interrogatoires, tortures, et exécutions sans jugement de SAS et de résistants, incendies de fermes, pillages et massacres de civils se multiplièrent dans tout le département du Morbihan.

De nombreux résistants furent arrêtés et conduits dans l’école Sainte-Barbe du Faouët (Morbihan) réquisitionnée par les Allemands qui y avaient installé une prison et une cour martiale.

Rosquéo
Le 20 juin 1944, vingt-sept réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), qui avaient rejoint un maquis FTP, furent arrêtés à Plouray (Morbihan). Ils furent conduits à Guémené (Morbihan) puis au Faouët (Morbihan) pour y être interrogés. Seize d’entre eux, dont six Belges venus de Blankenberge près d’Ostende, furent condamnés à mort par la cour martiale du Faouët et transportés dans un camion à Rosquéo en Lanvénégen (Morbihan), où ils furent exécutés le 24 juin vers 22 heures
Les Allemands firent aligner les six Belges les mains sur la nuque devant une fosse qui venait d’être creusée au coin d’un champ et un soldat les abattit dans le dos à la mitraillette. Les six corps tombèrent l’un après l’autre dans la fosse. Un autre soldat tira une seconde rafale dans la fosse, pour achever les blessés. Pendant que les Allemands allèrent chercher les dix Français, pour les aligner à leur tour devant la fosse et les abattre, l’un des fusillés belges Jean De CONINCK, qui n’était que blessé aux bras, réussit à s’extraire de la fosse et à s’enfuir. Il fut recueilli et caché dans la ferme de la famille Evenou de Lanvénégen. Les Allemands camouflèrent ensuite la fosse en la recouvrant des plaques de gazon. Cette fosse ne fut découverte qu’en août 1944 par un membre de la Croix-Rouge du Faouët qui assista à l’exhumation des corps. On constata alors qu’ils avaient été atrocement torturés.

Après la guerre un monument a été érigé sur le lieu de leur exécution. Il est constitué d’une stèle fixée sur un mur de pierre, sur laquelle sont gravés une Croix de Lorraine encadrée par deux drapeaux français, les noms, les prénoms et les communes d’origine des treize fusillés dont les corps ont pu être identifiés :

« Ici furent fusillés par les Allemands le 24 juin 1944 :
- LESSARD Samuel de Gourin (Morbihan)
- BERNARD François de Gourin
- DAOUPHARS Félix de Gourin
- CHALMÉ Claude, 20 ans, domicilié à Inguiniel (Morbihan)
- JAFFRÉ Marcel d’Inguiniel
- LE PEN François, d’Inguiniel
- ROUSSEAU Alban de Lanvaudan (Morbihan)
- ROBIC Pierre d’Inguiniel
- CHALMÉ Claude d’Inguiliel
- SANDELÉ Georges, Belgique
- DEHENAUW Louis, Belgique
- MARMENOUT Raymond, Belgique
- DE CORTE Camille, Belgique
- MESDACK René, Belgique (en réalité MESTDAGH)
- 2 inconnus »

En 1977, une plaque commémorative frappée des couleurs nationales belges a été déposée au pied du monument, qui porte l’inscription en flamand : « Aandenken Van Vrienden uit blankenberg Belgie 1944-1977 », « Souvenir des amis de Blankenberge Belgique 1944-1977 ».

Rozengat
Le 21 juin 1944 à l’aube, vingt-et-un résistants FTPF furent arrêtés à Spézet (Finistère) sur dénonciation du garde-forestier d’une châtelaine de cette commune, et conduits au Faouët (Morbihan) pour y être interrogés. Dix d’entre eux furent condamnés à mort par la Cour martiale du Faouët et exécutés au bord d’une fosse à l’aube du 24 juin 1944 à Rozengat en Lanvénégen. Leurs cadavres furent découverts et exhumés le 5 août 1944 en présence d’un médecin qui constata qu’ils avaient été torturés. Ils furent ramenés à Spézet pour y être inhumés dans le cimetière communal.

Après la guerre, une stèle de pierre, identique à celle de la Fosse de Rosquéo, a été érigée sur le lieu de leur exécution :

« Ici furent fusillés par les Allemands le 24 juin 1944
- BLOAS Yves de Spézet (Finistère)
- CLECH Pierre de Spézet (Finistère)
- CLECH Michel de Spézet (Finistère)
- CLECH François de Spézet (Finistère)
- CLECH Jean-Marie de Spézet (Finistère)
- GUÉGUEN Jacques de Spézet (Finistère)
- GUILLOU Jean de Spézet (Finistère)
- JAOUEN Jean de Spézet (Finistère)
- LOLLIER Louis de Spézet (Finistère)
- LE ROUX Jean de Spézet (Finistère)
- LE GOFF Jean de Saint-Goazec (Finistère) »

Boutel
Le 7 juillet 1944, trois résistants FTPF furent abattus par une patrouille allemande dans le hameau du Boutel en Lanvénégen. Après la guerre, une stèle de pierre a été érigée sur le lieu de leur exécution qui porte l’inscription :

« Morts au combat le 7 juillet 1944
- Jean Marie LE BLOAS, Lanvénégen
- Raymond Noël DENISE, Brétigny (Seine-et-Oise, Essonne)
- Robert KESSLER, Charenton (Seine, Val de Marne) »
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 1526 W 226, 1256 W 229 et 41 J 9. — Ami entends-tu… Bulletin de liaison et d’information de l’ANACR, numéros 59 (1er semestre 1985), 109 (2e semestre 1999) et 125 (2e trimestre 2003). –– Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — Françoise Morvan, Miliciens contre maquisards-Enquête sur un épisode de la Résistance en Centre-Bretagne/i>, Éditions Ouest-France, 2010. – Kristian Hamon, Agents du Reich en Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2011 – René Le Guénic, Les Maquisards chez nous en 1944. Gourin-Le Faouët-Guéméné et Morbihan-Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse-Bretagne-Quéven-Morbihan, 2013. –" Lieux mémoriels en Morbihan-Lanvénégen ", dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56, sans date.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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