Rosquéo, Rozengat et Boutel, hameaux situés sur le territoire de la commune de Lanvénégen, où une trentaine de résistants furent exécutés en juin et juillet 1944, font partie des nombreux lieux d’exécution et de mémoire qui jalonnent le département du Morbihan.

Sur le bord de la D177 à Rosquéo en Lanvénégen
La stèle de Rosquéo et la plaque déposée par les Belges en 1977
Les fusillés belges de Rosquéo
Une stèle d’ accès difficile...
... située à 300 mètres de la route...
... érigée au pied d’un talus en bordure d’un champ
La stèle refaite photographiée en 2017
« Ici furent fusillés par les Allemands le 24-6-1944... »
Les quinze fusillés de Rosquéo, dont deux inconnus
La stèle de Rozengat
« Ici furent fusillés par les Allemands le 24-6-1944... »
Les onze fusillés de Rozengat
La stèle de Boutel
« Morts au combat le 7 juillet 1944... »
Au début du mois de juin 1944, le 2e Régiment de chasseurs parachutistes (RCP) ou 4e SAS (Special air service) des Forces françaises libres (FFL) fut largué dans le secteur de Plumelec-Sérent-Saint-Marcel-Malestroit (Morbihan). Sa mission était de fixer les troupes allemandes stationnées dans le Morbihan, afin d’empêcher ou au moins de retarder l’arrivée des renforts allemands sur le front de Normandie. Plusieurs milliers de résistants appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) furent regroupés et armés dans le camp de Saint-Marcel qui recevait chaque nuit des parachutages d’hommes, d’armes, de munitions et de Jeep. Le commandant Pierre Bourgoin, chef du 4e SAS et le colonel Morice, chef des FFI du Morbihan, établirent leur quartier général à la ferme de La Nouette située sur le territoire de la commune de Sérent. Dans la nuit du 17 au 18 juin 1944, considérant que cette concentration devenait très dangereuse et qu’il fallait plutôt privilégier la guérilla, le commandement interallié donna, mais trop tard, l’ordre de dispersion.
Le 18 juin 1944, le camp de Saint-Marcel où étaient stationnés un peu plus de deux mille FFI encadrés par deux cents SAS, fut attaqué en force par la Wehrmacht. Après avoir livré combat durant toute la journée en infligeant de lourdes pertes aux troupes allemandes, parachutistes SAS et FFI se replièrent en bon ordre et se dispersèrent.
Après cette dispersion, la Feldgendarmerie, la Wehrmacht appuyée par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », les agents de l’Abwher (service de renseignements de la Wehrmacht) et du SD (Sicherheitsdienst), service de sûreté et de renseignements de la Gestapo, ainsi que leurs auxiliaires français, les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton, se lancèrent dans une traque implacable des parachutistes SAS, des FFI-FTPF, de leurs dépôts d’armes, et de tous ceux qui les hébergeaient et les ravitaillaient. Rafles, arrestations, tortures, et exécutions sans jugement de SAS et de résistants, incendies de fermes, pillages et massacres de civils se multiplièrent dans tout le département du Morbihan.

De nombreux résistants furent arrêtés et conduits dans l’école Sainte-Barbe du Faouët (Morbihan) réquisitionnée par les Allemands qui y avaient installé une prison et une cour martiale.

Rosquéo
Le 20 juin 1944, vingt-sept réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), qui avaient rejoint un maquis FTP, furent arrêtés à Plouray (Morbihan). Ils furent conduits à Guémené (Morbihan) puis au Faouët (Morbihan) pour y être interrogés. Seize d’entre eux, dont six Belges venus de Blankenberge près d’Ostende, furent condamnés à mort par la cour martiale du Faouët et transportés dans un camion à Rosquéo en Lanvénégen (Morbihan), où ils furent exécutés le 24 juin vers 22 heures
Les Allemands firent aligner les six Belges les mains sur la nuque devant une fosse qui venait d’être creusée au coin d’un champ et un soldat les abattit dans le dos à la mitraillette. Les six corps tombèrent l’un après l’autre dans la fosse. Un autre soldat tira une seconde rafale dans la fosse, pour achever les blessés. Pendant que les Allemands allèrent chercher les dix Français, pour les aligner à leur tour devant la fosse et les abattre, l’un des fusillés belges Jean De CONINCK, qui n’était que blessé aux bras, réussit à s’extraire de la fosse et à s’enfuir. Il fut recueilli et caché dans la ferme de la famille Evenou de Lanvénégen. Les Allemands camouflèrent ensuite la fosse en la recouvrant des plaques de gazon. Cette fosse ne fut découverte qu’en août 1944 par un membre de la Croix-Rouge du Faouët qui assista à l’exhumation des corps. On constata alors qu’ils avaient été atrocement torturés.

Après la guerre un monument a été érigé sur le lieu de leur exécution, aujourd’hui très difficile d’accès parce que situé à trois cents mètres de la route au bout d’un chemin inondé et embourbé en toutes saisons. Il est constitué d’une stèle scellée sur un mur de pierre, sur laquelle sont gravés une Croix de Lorraine encadrée par un drapeau français et un drapeau belge, les noms, les prénoms et les communes d’origine des treize fusillés dont les corps ont pu être identifiés.
En 1977, une plaque commémorative frappée des couleurs nationales belges a été déposée au pied du monument, qui portait l’inscription en flamand :

« Aandenken Van Vrienden uit blankenberg Belgie 1944-1977 »,
« Souvenir des amis de Blankenberge Belgique 1944-1977 ».

Cette plaque avait disparu du monument photographié en 2017, dont la stèle blanche initiale a été remplacée par une nouvelle stèle en ardoise sur laquelle les noms des fusillés sont gravés en lettres d’or, dans une autre police plus lisible et dans un ordre différent :

« Ici furent fusillés par les Allemands le 24-6-1944
- BERNARD François de Gourin
- DAOUPHARS Félix de Gourin
- LESSARD Samuel de Gourin (Morbihan)
- CHALMÉ Claude d’Inguiniel (Morbihan)
- LE PEN François d’Inguiniel
- JAFFRÉ Marcel d’Inguiniel
- ROBIC Pierre d’Inguiniel
- ROUSSEAU Alban de Lanvaudan (Morbihan)
- DE CORTE Camille, Belgique
- DEHENAUW Louis, Belgique
- MARMENOUT Raymond, Belgique
- MESDACK René, Belgique (en réalité MESTDAGH)
- SANDELÉ Georges, Belgique
- 2 inconnus »

Rozengat
Le 21 juin 1944 à l’aube, vingt-et-un résistants FTPF furent arrêtés à Spézet (Finistère) sur dénonciation du garde-forestier d’une châtelaine de cette commune, et conduits au Faouët (Morbihan) pour y être interrogés. Dix d’entre eux furent condamnés à mort par la Cour martiale du Faouët et exécutés au bord d’une fosse à l’aube du 24 juin 1944 à Rozengat en Lanvénégen. Leurs cadavres furent découverts et exhumés le 5 août 1944 en présence d’un médecin qui constata qu’ils avaient été torturés. Ils furent ramenés à Spézet (Finistère) pour y être inhumés dans le cimetière communal.

Une stèle accolée à un mur se dresse sur le lieu de leur exécution à l’écart de la route, dans un champ à l’orée d’un bois, au bout d’un chemin plus praticable que celui conduisant à la stèle de Rosquéo. En-dessous d’une Croix de Lorraine encadrée par deux drapeaux français, sont gravés en lettres d’or les noms, prénoms et communes d’origine des onze fusillés :

« Ici furent fusillés par les Allemands le 24-6-1944
- BLOAS Yves de Spézet (Finistère)
- CLECH Pierre de Spézet (Finistère)
- CLECH Michel de Spézet (Finistère)
- CLECH François de Spézet (Finistère)
- CLECH Jean-Marie de Spézet (Finistère)
- GUÉGUEN Jacques de Spézet (Finistère)
- GUILLOU Jean de Spézet (Finistère)
- JAOUEN Jean de Spézet (Finistère)
- LOLLIER Louis de Spézet (Finistère)
- LE ROUX Jean de Spézet (Finistère)
- LE GOFF Jean de Saint-Goazec (Finistère) »

Boutel
Le 7 juillet 1944, trois résistants FTPF furent abattus par une patrouille allemande dans le hameau de Boutel en Lanvénégen. Après la guerre, une stèle de pierre a été érigée sur le lieu de leur exécution qui porte l’inscription :

« Morts au combat le 7 juillet 1944
- Jean Marie LE BLOAS, Lanvénégen
- Raymond Noël DENISE, Brétigny (Seine-et-Oise, Essonne)
- Robert KESSLER, Charenton (Seine, Val de Marne) »
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 1526 W 226, 1256 W 229 et 41 J 9. — Ami entends-tu… Bulletin de liaison et d’information de l’ANACR, numéros 59 (1er semestre 1985), 109 (2e semestre 1999) et 125 (2e trimestre 2003). –– Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — Françoise Morvan, Miliciens contre maquisards-Enquête sur un épisode de la Résistance en Centre-Bretagne/i>, Éditions Ouest-France, 2010. – Kristian Hamon, Agents du Reich en Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2011 – René Le Guénic, Les Maquisards chez nous en 1944. Gourin-Le Faouët-Guéméné et Morbihan-Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse-Bretagne-Quéven-Morbihan, 2013. –" Lieux mémoriels en Morbihan-Lanvénégen ", dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56, sans date.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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