Le lieu-dit La Grande-Métairie situé sur le territoire de la commune de Pluherlin (Morbihan), où plusieurs résistants et civils furent exécutés sommairement le 24 juin 1944, fait partie des nombreux lieux d’exécutions qui jalonnent le département du Morbihan.

Le monument de La Grande-Métairie en Pluherlin
« À la mémoire de huit Français lâchement assassinés ici par les Allemands le 24 juin 1944 »
Dans le bourg
Le monument aux morts
« La commune de Pluherlin à ses enfants morts pour la France »

SOURCE : Photos Husson
Au début du mois de juin 1944, le 2e Régiment de chasseurs parachutistes (2e RCP) ou 4e SAS (Special air service) des Forces françaises libres (FFL) fut largué dans le secteur de Plumelec-Sérent-Saint-Marcel-Malestroit (Morbihan). Sa mission était de fixer les troupes allemandes stationnées dans le Morbihan, afin d’empêcher ou au moins de retarder l’arrivée des renforts allemands sur le front de Normandie. Plusieurs milliers de résistants appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) furent regroupés et armés dans le camp de Saint-Marcel qui recevait chaque nuit des parachutages d’hommes, d’armes, de munitions et de Jeep. Le commandant Pierre Bourgoin, chef du 4e SAS et le colonel Morice, chef des FFI du Morbihan, établirent leur quartier général à la ferme de La Nouette située sur le territoire de la commune de Sérent. Dans la nuit du 17 au 18 juin 1944, considérant que cette concentration devenait très dangereuse et qu’il fallait plutôt privilégier la guérilla, le commandement interallié donna, mais trop tard, l’ordre de dispersion.

Le 18 juin 1944, le camp de Saint-Marcel où étaient stationnés un peu plus de deux mille FFI encadrés par deux cents SAS, fut attaqué en force par la Wehrmacht. Après avoir livré combat durant toute la journée en infligeant de lourdes pertes aux troupes allemandes, parachutistes SAS et FFI se replièrent en bon ordre et se dispersèrent.
Après cette dispersion, la Feldgendarmerie, la Wehrmacht appuyée par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », les agents de l’Abwher (service de renseignements de la Wehrmacht) et du SD (Sicherheitsdienst), service de sûreté et de renseignements de la Gestapo, ainsi que leurs auxiliaires français, les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton, se lancèrent dans une traque implacable des parachutistes SAS, des FFI-FTPF, de leurs dépôts d’armes, et de tous ceux qui les hébergeaient et les ravitaillaient. Rafles, arrestations, tortures, et exécutions sans jugement de SAS et de résistants, incendies de fermes, pillages et massacres de civils se multiplièrent dans tout le département du Morbihan.

Le 24 juin 1944, vers 14 heures 30, un détachement de soldats géorgiens placés sous le commandement d’un sous-officier allemand se dirigea vers Pluherlin en tirant des rafales de mitraillette. Ils arrêtèrent deux jeunes, Albert Peltier et Emmanuel Burban, qui s’enfuyaient à leur approche, et les laissèrent sous la garde d’une sentinelle allemande. Emmanuel Burban tenta de s’échapper en se jetant sur son gardien et fut abattu par un soldat géorgien qui, dans l’action, blessa mortellement le soldat allemand. Albert Peltier, profitant de la confusion, réussit à prendre la fuite. Au même moment, à quelques centaines de mètres de là, sur la route reliant Questembert à Rochefort-en-Terre (Morbihan), des soldats géorgiens ivres tirèrent une rafale de mitraillette sur trois otages arrêtés à Pluherlin et tuèrent le chauffeur allemand du camion dans lequel on les avait fait monter.

Furieux les soldats se rendirent à la ferme de la Grande Métairie où s’étaient réfugiés des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO). Ils firent sortir tous ceux qui s’y trouvaient ainsi que le bétail, et ils incendièrent les bâtiments. Un neveu du fermier, Alexis Guézo, fut immédiatement abattu. Son frère Clément Guézo essuya lui aussi une rafale de mitraillette alors qu’il cherchait à s’enfuir, mais il parvint à s’échapper et survécut à ses blessures.
Tous les autres, une quinzaine de personnes, furent conduits à coups de crosse jusqu’à la RD 777 où étaient stationnés des camions allemands. Dans l’un de ces camions se trouvaient les deux soldats allemands tués. Le sous-officier allemand qui commandait ce détachement annonça qu’il allait procéder en représailles à des exécutions. Deux réfractaires originaires d’Elven (Morbihan), Yves Daniel et Jean Le Ny, se proposèrent pour prendre la place du fermier. Trois autres jeunes furent désignés : Jean Chevré de Rochefort-en-Terre (Morbihan), Édouard Guézo et René Guidoux de Pluherlin. Selon Roger Leroux, ils furent exécutés devant les cadavres de deux jeunes FFI, Pierre Le Corre dit Cyr et Georges Tigier qui venaient d’être raflés respectivement à Molac (Morbihan) et à Questembert (Morbihan). Apprenant que les deux soldats allemands n’avaient pas été tués par des Français, le sous-officier allemand renonça à exécuter les autres personnes qui avaient été arrêtées à la ferme de la Grande Métairie.
Jean Chevré sortit indemne de la fusillade, fit le mort et attendit le départ des soldats pour s’extraire des cadavres de ses camarades.

Les actes de décès d’Alexis Guézo et Édouard Guézo, de René Guidoux et de Jean Le Ny, enregistrés en mairie de Pluherlin, les déclarent décédés le 24 juin 1944 à 15 heures à La Grande Métairie.
L’acte de décès de Pierre Le Corre, enregistré en mairie de Molac, le déclare décédé le 24 juin 1944 à 14 heures au Favre en Molac.
L’acte de décès de Georges Tigier, enregistré en mairie de Questembert, le déclare décédé le 24 juin 1944 à 16 heures (?) au Mounouff en Questembert.
Tous figurent sur le monument qui a été érigé en 1946 à Pluherlin au bord de la RD 777. Ce monument est constitué d’une stèle de pierre surmontée d’un croix et d’une feuille de palmier en métal, sur laquelle est scellée une plaque commémorative portant l’inscription :

« À la mémoire de huit Français lâchement assassinés ici par les Allemands le 24 juin 1944 :
- GUÉZO Alexis, 26 ans, de Pluherlin
- GUÉZO Édouard, 24 ans de Pluherlin
- GUIDOUX René, 20 ans, de Pluherlin
- BURBAN Emmanuel, 23 ans, de Pluherlin
- DANIEL Yves, 22 ans, d’Elven (Morbihan)
- LE NY Jean, 22 ans, d’Elven
- LE CORRE Cyr, 21 ans, de Molac (Morbihan)
- TIGIER Georges, 21 ans, de Questembert (Morbihan) ».

À sa demande, les cendres de Jean Chevré, qui est décédé le 9 février 2007, ont été dispersées au pied de ce monument.

Dans le bourg de Pluherlin, les noms d’Emmanuel Burban, d’Alexis Guézo et Édouard Guézo, et de René Guidoux sont inscrits sur le monument aux morts, Place du Souvenir.
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 2 W 11308. — Ami entends-tu…, ANACR-56, " 24 juin 1944, la fusillade de Pluherlin ", numéro 77, 1er semestre 1991 ; " Le miraculé de la Grande Métairie ", numéro 141, 2e semestre 2007. — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. – Joseph Jégo, 1939-1945 Rage Action Tourmente au Pays de Lanvaux, Imprimerie La Limitrophe, 1991. — Kristian Hamon, Le Bezen Perrot : 1944, des nationalistes bretons sous l’uniforme allemand, Yoran Embanner, 2005 et Agents du Reich en Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2011. — Le Morbihan en guerre 1939-1945, Archives départementales du Morbihan, 2009. — Françoise Morvan, Miliciens contre maquisards-Enquête sur un épisode de la Résistance en Centre-Bretagne, Éditions Ouest-France, 2010. — René Le Guénic, Morbihan, Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse Bretagne, Quéven, 2013. — " Lieux mémoriels en Morbihan-Pluherlin " , dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56. — État civil, Pluherlin (actes de décès d’Emmanuel Burban, Yves Daniel, Alexis et Édouard Guézo, René Guidoux et Jean Le Ny ) ; Molac (acte de décès de Pierre Le Corre) ; Questembert (acte de décès de Georges Tigier).

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