Le village de Poulmein, situé sur le territoire de la commune de Baud, où quatre patriotes ont été abattus le 10 février 1944, fait partie de ces nombreux lieux d’exécution et de mémoire qui jalonnent le département du Morbihan.

Le monument de Poulmein en Baud
« Ici le 10 février 1944 ont été tués par les Allemands... »
« Georges Lestréhan 20 ans, Mathurin Henrio 14 ans »
« Émile Le Labourer 42 ans, Alphonse Bouler 41 ans »
« Charles Ihuello, Louis Avry, tués à Lanvaudan
Pierre Ferrand, Guy Moysan, tués à Pluvigner le 28 avril 1944 »
Sur le monument aux morts de Baud
SOURCE : Photos Husson
En novembre-décembre 1943, Henri Bouret [pseudonyme dans la Résistance : Jean-François], chef du Service National Maquis en Bretagne et Maurice Dervieux, responsable de ce mouvement dans le Morbihan, entreprirent d’implanter un maquis dans le village de Poulmein, situé sur le territoire de la commune de Baud (Morbihan). Composé de jeunes réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) originaires pour la plupart de la région d’Hennebont et de Lorient, ce maquis fut armé avec l’aide des résistants de la Gendarmerie de Vannes sous les ordres du chef de l’Armée secrète (AS) du Morbihan, Maurice Guillaudot. Placé sous le commandement de Pierre Ferrand [pseudonyms dans la Résistance : Émile, Gaby], qui travaillait à l’arsenal de Lorient, ce maquis était hébergé dans la ferme d’Émile Le Labourer à Poulmein en Baud.

Le 10 février 1944, à la Croix de Cranne, sur la route conduisant du village de Poulmein au bourg, quatre membres du maquis de Poulmein, armés de revolvers, Robert Couric, François Guyonvarc’h, Jules Le Sauce et Albert Rousseau, se trouvèrent face à un détachement allemand guidé par le dénonciateur Le Gallo. Ils réussirent à se dégager en abattant l’officier qui commandait ce détachement, le dénonciateur et plusieurs soldats, puis ils coururent donner l’alerte à Poulmein. Dans sa hâte, François Guyonvarc’h perdit ses papiers. À Poulmein, Raymond Couric, en l’absence de Pierre Ferrand, donna l’ordre de quitter la ferme. Plusieurs maquisards décidèrent de rester et de charger les vêtements et les armes stockés dans la ferme sur une charrette pour les évacuer. C’est alors que la ferme fut encerclée par des soldats géorgiens appartenant à une « unité de l’Est » armés par la Wehrmacht. Le jeune Mathurin Henrio, âgé de 14 ans, qui arrivait à la ferme pour rapporter à Raymond Guyonvarc’h les papiers qu’il avait perdus à la Croix de Cranne, fut abattu. Le fermier Émile Le Labourer fut attaché à un arbre et torturé à mort, sa ferme pillée et incendiée. Le maquisard Georges Lestréhan fut torturé et abattu. Ses camarades Eugène Thomas et Pierre Lantil, qui étaient parvenus à se débarrasser de leurs armes, furent faits prisonniers. Un peu plus tard, Alphonse Bouler qui arrivait à la ferme pour livrer du bois au maquis fut abattu à son tour.
Le 13 février 1944 à Baud, trois mille personnes assistèrent aux obsèques de Mathurin Henrio, Émile Le Labourer et Bouler.
Âgé de 14 ans, Mathurin Henrio a été fait Compagnon de la Libération et a reçu à titre posthume la Croix de guerre 1939-1945, le 20 novembre 1944.


Après l’attaque de la ferme d’Émile Le Labourer le 10 février 1944, des maquisards du maquis de Poulmein qui étaient parvenus à échapper à l’encerclement et avaient rejoints le maquis de Pluvigner (Morbihan), reçurent pour mission de retourner à Poulmein pour y récupérer des armes. Dans la nuit du 2 au 3 mars 1944, ils furent surpris par une patrouille allemande à Sébrevet en Lanvaudan (Morbihan). Louis Avry fut tué sur le coup. Charles Ihuello fut grièvement blessé et transporté dans la cour du couvent de Plouay (Morbihan), où il est décédé le même jour des suites de ses blessures.

Le 28 avril 1944 au matin, Pierre Ferrand et Guy Moisant attaquèrent deux employés de la Banque populaire et s’emparèrent d’une mallette contenant 70 000 francs pour subvenir aux besoins du maquis. Ils furent interpellés alors qu’ils étaient attablés à l’Hôtel de « La Croix blanche » à Pluvigner. Leur signalement avait été donné à la Feldgendarmerie d’Auray (Morbihan). Pierre Ferrand fut immédiatement abattu. Grièvement blessé, Guy Moisant décéda le 30 avril 1944 à l’hôpital de Vannes.

En 1964, un monument a été érigé dans le village de Poulmein, pour honorer leur mémoire. Il est constitué d’une stèle blanche en forme de croix sur laquelle sont gravés leurs noms, prénoms et âges :

« Ici le 10 février 1944 ont été tués par les Allemands :
- Georges LESTRÉHAN, 20 ans
- Mathurin HENRIO, 14ans
- Émile LE LABOURER, 42 ans
- Alphonse BOULER, 41 ans
Priez pour eux »
Une plaque commémorative déposée au pied du monument associe à cet hommage les quatre membres du maquis de Poulmein tués à Lanvaudan et à Pluvigner (Morbihan) :
- « Charles IHUELLO
- Louis AVRY
tués à Lanvaudan le 3 mars 1944
- Pierre FERRAND
- Guy MOYSAN (Guy MOISANT)
tués à Pluvigner le 28 avril 1944 (en réalité décédé des suites de ses blessures le 30 avril 1944 à Vannes) »

Chaque année, le 10 février, une cérémonie est organisée devant ce monument.
En 2004, à l’occasion du 60e anniversaire de l’attaque de Poulmein, la municipalité de Baud a dressé près du monument un panneau d’information qui retrace les événements survenus le 10 février 1944 en ce lieu et qui appelle à se souvenir :

« Souvenez-vous de ces heures tragiques ! Passants, recueillez-vous en pensant au sacrifice de ces patriotes qui ont donné leur vie pour notre Liberté ».

Les noms de Mathurin Henrio, Alphonse Bouler et Émile Le Labourer sont inscrits sur la plaque « Guerre 1939-1945 » du monument aux morts communal, associés à ceux d’Albert Barrau, Joseph Brient, Marcel Doussineau, Joachim Le Gal, Julien Garaud, Alphonse Le Goffet Henri Le Magueresse. :
- « BARRAU Albert (exécuté le 4 août 1944 à Sérent)
- BOULER Alphonse (abattu le 10 février 1944 à Baud)
- BRIENT Joseph (exécuté le 22 juillet 1944 à Colpo)
- DOUSSINEAU Marcel (exécuté le 18 juillet 1944 à Colpo)
- LE GAL Joachim (abattu le 14 juillet 1944 à Pluméliau)
- GARAUD Julien (exécuté le 18 juillet 1944 à Colpo)
- LE GOFF Alphonse (mort au combat le 14 juillet 1944 à Pluméliau)
- HENRIO Mathurin (abattu le 10 février 1944 à Baud)
- LE LABOURER Émile (abattu le 10 février 1944 à Baud
- LE MAGUERESSE Henri (mort au combat le 14 juillet 1944 à Pluméliau) »
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 41 J 9. — Ami entends-tu… Bulletin de liaison et d’information de l’ANACR, numéros 70 (1er semestre 1989), 72 (2e semestre 1989), 108 (1er trimestre 1999), et 132 (1er trimestre 2005) et 144 (1er trimestre 2008). — " Il y a 70 ans, des hommes rejoignaient le maquis de Poulmein ", Ouest-France, 28 décembre 2013. — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — Kristian Hamon, Le Bezen Perrot : 1944, des nationalistes bretons sou l’uniforme allemand, Yoran Embanner, 2005 et Agents du Reich en Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2011. — René Le Guénic, Morbihan, Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse Bretagne, Quéven, 2013. — " Lieux mémoriels en Morbihan-Baud, dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56. — Panneau d’information du site mémoriel de Poulmein. — État civil, Baud (actes de décès).

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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