Le Croisty, où neuf patriotes furent abattus ou tués au combat au cours de l’été 1944, fait partie des lieux d’exécutions et de mémoire qui jalonnent le département du Morbihan.

La croix de Kerbig-er-Motenneg
Sur la stèle érigée en 2007
Plaque commémorative apposée dans le Bourg
Le monument des Rochers de Kermaquer
.
La stèle inaugurée en 1994 sur le bord de la D 31
Au début du mois de juin 1944, le 2e Régiment de chasseurs parachutistes (RCP) ou 4e SAS (Special air service) du commandant Bourgoin, appartenant aux Forces françaises libres (FFL), fut largué en Bretagne, pour y implanter deux bases, Samwest dans les Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor), et Dingson dans le Morbihan. Sa mission était d’y organiser des parachutages massifs d’armes, de constituer des dépôts d’armes et de munitions, de rassembler les combattants bretons appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF), de les armer et de les former au combat, avec l’objectif de fixer les troupes allemandes stationnées en Bretagne, afin d’empêcher ou au moins de retarder l’arrivée des renforts sur le front de Normandie. Après la dispersion le 12 juin 1944 de la base Samwest attaquée en force par la Wehrmacht, Bourgoin organisa le repli des SAS des Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor) dans le Morbihan où un maquis se constituait dans la forêt de Lochrist, sur le territoire de la commune de Ploërdut.

Kerbig-er-Moteneg
Le 14 juin 1944, une camionnette chargée d’armes et de munitions destinées à ce maquis fut interceptée à l’entrée du bourg du Croisty par des Allemands. Leurs occupants parvinrent à se dégager et à s’enfuir, pris en chasse par les soldats allemands. Jean Le Capitaine et Xavier Foucault, FFI appartenant au 10e Bataillon du Morbihan, qui devaient guider la camionnette et la conduire jusqu’à la forêt de Lochrist, furent rattrapés et abattus dans un fossé où ils s’étaient blottis, se croyant hors de danger, au village de Kerbig-er-Moteneg en Croisty.

Après la guerre, à l’initiative de Joseph Le Bail de Kerbig-er-Moteneg, une croix de pierre taillée par Victorien Lucas, a été érigée sur le lieu -même où ils furent abattus, au pied de laquelle fut déposée une plaque commémorative portant l’inscription :

« À la mémoire
de Xavier FOUCAULT
et de Jean LE CAPITAINE
Morts pour la France
Le 14 juin 1944
Offert par Joseph LE BAIL »

En raison de la difficulté d’accéder à ce lieu, le 8 mai 2007, une stèle a été inaugurée en bordure de la route. Elle est constituée d’une pierre dressée sur laquelle est scellée une plaque commémorative portant l’inscription :

« A la mémoire de
- Xavier FOUCAULT
- Jean LE CAPITAINE
Morts pour la France
14 juin 1944 »

Le bourg
Le 15 juin 1944, une camionnette transportant des FTP fut interceptée dans le bourg du Croisty par un détachement de soldats allemands et de miliciens bretons. Quelques-uns parvinrent à s’échapper en se faufilant dans un troupeau de vaches qui rentraient d’une pâture. Quatre d’entre eux furent abattus : Jean Le Douaron, âgé de 24 ans, de Saint-Tugdual (Morbihan), Philippe Janin, 20 ans, de Quéven, Lucien Le Vaillant, 20 ans, de Saint-Caradec (Morbihan) et Raymond Belpeer, 22 ans, d’Armentières (Nord).

Une plaque commémorative a été apposée sur un mur du bourg du Croisty, dans la rue où ils ont été abattus, baptisée « Rue de la Résistance ». À leur mémoire a été associée celle de deux autres résistants du Croisty, Maurice Morvant, FFI tué accidentellement en service commandé à Séglien (Morbihan) le 30 juillet 1944, et Pierre-Louis Rouillé, mort en déportation le 14 février 1945 au camp de Bergen-Belsen :

« Morts pour la France
- Le DOUARON Jean
- JANIN Philippe
- LE VAILLANT Lucien
- BELPEER Raymond
Le 15 juin 1944 ici
- MORVAN (en réalité MORVANT Maurice)
Le 30 juillet 1944
- ROUILLÉ Pierre-Louis
Déporté »

Les Rochers de Kermaquer
Le 14 août 1944, sur les Rochers de Kermaquer, un accrochage opposa Jean Hellec, 20 ans, de Noguel en Berné (Morbihan), Maurice Le Nestour, 24 ans, et son oncle Maurice Le Nestour, 47 ans, de Croisty, à un groupe de soldats allemands battant en retraite, qui tentaient de rejoindre la Poche de Lorient. À l’issue de cet accrochage, Jean Hellec et Maurice Le Nestour furent tués. Son oncle, Maurice Le Nestour, fut grièvement blessé et évacué vers l’hôpital américain de Kerhouant en Plouay (Morbihan), où il est décédé.

Après la guerre, une plaque commémorative a été scellée sur les Rochers de Kermaquer, surmontée d’une Croix de Lorraine en pierre et portant l’inscription :

« Aux défenseurs de la Liberté
- LE NESTOUR, 24 ans, Le Croisty
- LE NESTOUR(47 ans), Le Croisty
- HELLEC Jean, 22 ans, Berné »
Offert par Joseph Le Bail »

Ce lieu étant très difficile d’accès, un nouveau monument a été érigé sur le bord de la D131, près du village de Guernodic. Inauguré le 25 septembre 1994 par l’ANACR, la municipalité du Croisty et les Amis de la Résistance du Morbihan, il est constitué d’une stèle de marbre noir sur laquelle est gravée l’inscription :

« Maurice LE NESTOUR
- Maurice LE NESTOUR
- Jean HELLEC
Mort pour la France
Août 1944 »
Sources

SOURCES : Ami entends-tu…, ANACR-56, numéros 91 (4e trimestre 1994), 114 (3e trimestre 2000) et 115 (4etrimestre 2000). — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — René Le Guénic, Les Maquisards chez nous en 1944 et Morbihan, Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse Bretagne, Quéven, 2013. — " Lieux mémoriels en Morbihan-Le Croisty", dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56, sans date. — État-civil, Le Croisty (actes de décès).

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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