La Carrière de Houssac, lieu-dit situé sur le territoire de la commune de Saint-Vincent-sur-Oust, où six patriotes ont été exécutés sans jugement le 22 juin 1944, fait partie de ces nombreux lieux d’exécutions et de mémoire qui jalonnent le territoire du département du Morbihan.

Sur le sentier conduisant au monument
Le monument de la carrière de Houssac et le fossé où furent retrouvés les corps
« Ici le 22 juin 1944 sont tombés pour la France victimes de la barbarie nazie... »
Au début du mois de juin 1944, le 2e Régiment de chasseurs parachutistes (RCP) ou 4e SAS (Special air service) des Forces françaises libres (FFL) fut largué dans le secteur de Plumelec-Sérent-Saint-Marcel-Malestroit (Morbihan). Sa mission était de fixer les troupes allemandes stationnées dans le Morbihan, afin d’empêcher ou au moins de retarder l’arrivée des renforts allemands sur le front de Normandie. Plusieurs milliers de résistants appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) furent regroupés et armés dans le camp de Saint-Marcel qui recevait chaque nuit des parachutages d’hommes, d’armes, de munitions et de Jeep. Le commandant Pierre Bourgoin, chef du 4e SAS et le colonel Morice, chef des FFI du Morbihan, établirent leur quartier général à la ferme de La Nouette située sur le territoire de la commune de Sérent. Dans la nuit du 17 au 18 juin 1944, considérant que cette concentration devenait très dangereuse et qu’il fallait plutôt privilégier la guérilla, le commandement interallié donna, mais trop tard, l’ordre de dispersion.
Le 18 juin 1944, le camp de Saint-Marcel où étaient stationnés un peu plus de deux mille FFI encadrés par deux cents SAS, fut attaqué en force par la Wehrmacht. Après avoir livré combat durant toute la journée en infligeant de lourdes pertes aux troupes allemandes, parachutistes SAS et FFI se replièrent en bon ordre et se dispersèrent.
Après cette dispersion, la Feldgendarmerie, la Wehrmacht appuyée par de nombreux détachements de soldats russes, géorgiens et ukrainiens rassemblés dans les « unités de l’Est », les agents de l’Abwher (service de renseignements de la Wehrmacht) et du SD (Sicherheitsdienst), service de sûreté et de renseignements de la Gestapo, ainsi que leurs auxiliaires français, les miliciens du Bezen Perrot et du Parti national breton, se lancèrent dans une traque implacable des parachutistes SAS, des FFI-FTPF, de leurs dépôts d’armes, et de tous ceux qui les hébergeaient et les ravitaillaient. Rafles, arrestations, tortures, et exécutions sans jugement de SAS et de résistants, incendies de fermes, pillages et massacres de civils se multiplièrent dans tout le département du Morbihan.

Le 19 juin 1944, six patriotes furent arrêtés ou faits prisonniers dans le secteur de Malestroit, puis conduits au château du Boro à Saint-Vincent-sur-Oust. Ce château avait servi de lieu d’accueil pour des aviateurs alliés pris en charge par des membres du réseau F2, en attente de leur exfiltration par mer vers la Grande-Bretagne. Il avait été investi le 9 juin 1944 par des membres du SD qui avaient arrêté des résistants de ce réseau, dont le propriétaire du château Pierre de Villeneuve. Des miliciens bretons s’y étaient ensuite installés. Le 22 juin 1944, après les avoir torturés, les miliciens amenèrent les six patriotes à La Carrière de Houssac dans le bois de la Grée, où ils furent exécutés sans jugement. On découvrit plusieurs jours plus tard leurs corps défigurés et mutilés par les tortures. Cinq d’entre eux purent être identifiés : Jacques BENOIST DE LOSTENDE, Julien LELIÈVRE, Yves MOSTADE, Marcel SENÉ et Albert TRÉGARO.

Après la guerre, un monument a été érigé sur le lieu de leur exécution, qui surplombe le fossé où ont été retrouvés les corps. Il est constitué d’une grande croix celtique en pierre blanche sur laquelle est gravée l’inscription :

« Ici le 22 juin 1944 sont tombés pour la France victimes de la barbarie nazie
- TRÉGANO Albert, 17 ans
- LELIÈVRE Julien, 40 ans
- de LOSTENDE Jacques, 19 ans
- MOSTADE Yves, 21 ans
- SÉNÉ Marcel, 40 ans
Passant n’oublie pas leur sacrifice »
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 2 W 11308. — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — Joseph Jégo, 1939-1945 Rage Action Tourmente au Pays de Lanvaux, Imprimerie La Limitrophe, 1991. — " Lieux mémoriels en Morbihan ", dossier en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56, sans date. — " Saint-Vincent-sur-Oust, Histoire et patrimoine ", site Internet.

Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

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